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> Appareil » Articles Articles « Le concept de forme symbolique dans l'iconologie d'E. Panofsky. » Audrey Rieber La présente contribution prend son origine dans l'intérêt qu'a suscité chez nous la notion d'appareil. La définition qui en est donnée dans la présentation du n°1 de la revue du même nom ? « on appellera "appareils", et plus précisément "appareils projectifs", ces dispositifs techniques de la modernité comme la perspective... qui, dans un premier temps, constituent les conditions des arts, époque après époque » - nous a naturellement fait penser aux analyses que consacre Panofsky à la perspective comme forme symbolique. Nous nous proposons ici d'élucider ce mode d'appareillage que sont les "formes symboliques" et de montrer que l'usage que fait Panofsky de ce concept cassirérien est inédit. Définition du concept de forme symbolique Le concept de forme symbolique désigne chez Cassirer : « toute énergie de l'esprit par laquelle une signification spirituelle est attachée à un signe sensible concret et intimement appropriée à ce signe. En ce sens, le langage, le monde mythico-religieux et l'art se présentent à nous comme autant de formes symboliques particulières. » (1) Cassirer veut élargir le champ d'investigation de la philosophie kantienne en l'étendant aux différents aspects de la culture. « Il s'agit de comprendre le monde, et non plus seulement de déterminer les conditions de sa connaissance. A la critique de la raison se substitue donc "une critique de la culture". » (2) Or l'activité de l'esprit à l'oeuvre dans la culture est une activité symbolisante. « Ce en quoi le concept de fonction symbolique est néokantien et non seulement kantien, c'est bien en ce que, selon Cassirer, toutes les fonctions synthétiques a priori de l'esprit opèrent par et dans des symboles, c'est-à-dire des formes sensibles (signes, images) "mettant en scène" le contenu spirituel, en tant que sens représenté. De même que le néokantisme consistait, en un premier moment, à élargir le concept de fonction a priori à l'ensemble des opérations présentes dans les oeuvres de la culture, complémentairement, cet élargissement va de pair avec l'introduction du symbole par lequel d'un côté l'esprit intériorise, en lui donnant sens, la réalité empirique et d'un autre côté s'extériorise par lui-même, dans la matérialité de ce symbole. » (3) Ce concept de forme symbolique est explicitement repris par Panofsky dans l'ouvrage qu'il consacre à la perspective. Le concept apparaît dans le titre même de l'ouvrage - La perspective comme forme symbolique - et, dans le corps du texte, Panofsky se réfère explicitement à Cassirer : > Appareil » Articles « Mais tout cela [l'histoire de l'acquisition de la perspective dite légitime] semble relever d'une problématique purement mathématique et ne concerner en rien l'esthétique. On peut en effet à bon droit soutenir que les erreurs plus ou moins grandes d'une construction perspective ou même son absence complète ne sont en rien des critères artistiques et qu'inversement l'observance rigoureuse des lois de la perspective ne constitue pas davantage un obstacle à la "liberté" artistique. Pourtant, si la perspective n'est pas un facteur de la valeur artistique, du moins est-elle un facteur du style. Mieux encore, on peut la désigner ? pour étendre à l'histoire de l'art l'heureuse et forte terminologie d'Ernst Cassirer ? comme une de ces "formes symboliques" grâce auxquelles "un contenu signifiant d'ordre intelligible s'attache à un signe concret d'ordre sensible pour s'identifier profondément à lui" ; c'est en ce sens qu'une question va prendre, pour les diverses régions de l'art et ses différentes époques, une signification essentielle, la question de savoir, non seulement si les uns et les autres ont une perspective, mais encore quelle perspective elles ont. » (4) C'est sur cette référence explicite que bon nombre de commentateurs s'appuient pour soutenir que l'iconologie est un développement de la philosophie des formes symboliques et que Panofsky poursuit la réflexion sur l'art que Cassirer n'a pas eu le temps de développer (5). Mais Panofsky est-il vraiment ce continuateur de l'oeuvre de Cassirer ? Activité de l'esprit versus signification La première différence majeure entre les deux auteurs consiste en ce que Cassirer qualifie l'art de forme symbolique tandis que Panofsky qualifie la perspective de « forme symbolique ».Bref, tandis que chez le philosophe les formes symboliques désignent un domaine de la culture ou, plus précisément, l'activité spirituelle propre à ce domaine (6), chez l'iconologue elles désignent un mode de signification qui exprime et résulte d'une certaine façon d'appréhender le monde. Cassirer veut comprendre l'activité (symbolisante) de l'esprit qui peut être d'ordre mythique, artistique, linguistique ou encore scientifique. « La philosophie des formes symboliques [qui] est la philosophie de la fonction symbolique de l'homme » (7) se donne pour tâche de comprendre la spécificité de chacune de ces activités. Elle montre ainsi que « ce que nous trouvons dans le mythe est une objectivation imaginative,...[que] l'art est un processus d'objectivation intuitif ou contemplatif,...[que] le langage et la science sont des objectivations conceptuelles. » (8) La spécificité de l'activité artistiques est que « l'art nous apprend à voir les choses et non à simplement les conceptualiser ou les utiliser. » (9) Dans la mesure où Cassirer s'intéresse à l'activité de l'esprit, la question de la création devient centrale ? « dans l'Art, c'est la création qui joue le rôle initial fondateur, non la contemplation. » (10) Elle ne joue en revanche chez Panofsky qu'un rôle secondaire, l'iconologue plaçant au centre de sa réflexion non les « faits de l'esprit comme activité productrice » (11), mais les résultats de cette activité et plus particulièrement leur signification. Cette orientation est conforme à la définition de l'iconologie conçue comme « cette branche de l'histoire de l'art qui se rapporte au sujet ou à la signification des oeuvres d'art, par opposition à leur forme. » (12) Panofsky accomplit donc un double déplacement par rapport à Cassirer. D'une part il réserve l'usage du concept de forme symbolique au domaine de l'art. A propos de la conception de l'espace commune à une époque, Panofsky déclare en effet que tous, artistes, philosophes, scientifiques partagent « une sensation spécifique de la métamorphose de l'espace perceptif, sensation qui, dans un cas, apparaît sous des formes symboliques, dans l'autre, sous une forme logique » (13), déclaration qui semble suggérer une distinction entre les formes symboliques (artistiques) et les formes logiques (scientifiques).D'autre part, Panofsky se consacre de façon prioritaire à l'étude de la signification des oeuvres d'art. Phénoménologie versus histoire La seconde grande opposition entre les deux auteurs est la suivante. Tandis que Cassirer s'interroge sur l'art dans une perspective phénoménologique, l'enquête panofskienne, elle, est résolument historique. On peut illustrer cette différence en comparant la conférence de Cassirer - « Espace mythique, espace esthétique et espace théorique » - à La perspective comme forme symbolique. Cassirer s'interroge sur l'activité de l'esprit à l'oeuvre dans les différentes conceptions spatiales (mythique, artistique, scientifique). > Appareil » Articles « Les qualités des relations, tout en restant valides dans leur abstraction, connaissent des infléchissements selon que leur contexte relationnel soit le mythe, la géométrie ou le sentiment esthétique ; la juxtaposition de l'espace est différente selon que la ligne est perçue comme une courbe mathématique, une frontière entre le sacré et le profane, un ornement artistique, etc. » (14) Dans sa conférence, Cassirer se propose de montrer que le moment de la représentation, rendu possible par l'art, constitue un seuil décisif pour le développement de l'esprit. Reprenons les grandes lignes de son raisonnement. Avec l'art est atteint le moment de la "représentation" ; « c'est cette nouvelle ob-jectivité qui caractérise...l'espace esthétique. » (15) L'espace mythique et l'espace esthétique : « par opposition au schème abstrait projeté par la géométrie, sont des modes parfaitement concrets de la spatialité. L'espace esthétique lui aussi est un authentique "espace vital" édifié non pas comme l'espace théorique, à partir de la force de la pensée pure, mais à partir des forces du sentiment pur et de l'imagination. » (16) Mais ce qui le distingue de l'espace mythique, c'est que : « le sentiment et l'imagination sont ici déjà sur un autre plan et ont en quelque sorte gagné, comparés au monde du mythe, un nouveau degré de liberté...Car comme contenu de la présentation artistique, l'objet s'est porté à une nouvelle distance, il s'est éloigné du Moi et ce n'est que là qu'il a acquis son être propre indépendant, une nouvelle forme de l'"ob-jectivité". » (17) Bref l'espace artistique est analysé dans la mesure où il ponctue de façon décisive le développement de l'esprit, l'art étant en dernière analyse, « un chemin vers la liberté. » (18) Quant à la perspective, elle intéresse Cassirer dans la mesure où elle illustre le moment analogique de l'art. « Toute forme symbolique peut être reconstruite selon un développement qui passe du stade "mimétique" au stade "analogique", pour s'élever finalement à une forme purement symbolique. Ce développement commence par une orientation vers l'objet, puis se tourne vers le sujet et finalement vers le symbole. » (19) Or avec la perspective, l'art prend une forme analogique puisqu'il construit un monde à partir d'une perspective humaine uploads/Philosophie/ le-concept-de-forme-symbolique-dans-l-x27-iconologie-d-x27-e-panofsky-audrey-rieber.pdf

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