Conscience L’exploration par l’expérience Tome 1 Pierre Emmanuel Copyright © 20

Conscience L’exploration par l’expérience Tome 1 Pierre Emmanuel Copyright © 2020 Pierre Emmanuel Tous droits réservés. Ouverture 1 La tête hors de l’eau 23 Logique ou presque 39 Mises à jour 63 Et moi ? 89 Merveilleuse complexité 137 Un millier de brins d’herbe 169 Home sweet Home 203 Epilogue 219 A toi, « Toute la philosophie, lui dis-je, n’est fondée que sur deux choses, sur ce qu’on a l’esprit curieux et les yeux mauvais ; car si vous aviez les yeux meilleurs, que vous ne les avez, vous verriez bien si les étoiles sont des soleils qui éclairent autant de mondes, ou si elles n’en sont pas ; et si d’un autre côté vous étiez moins curieuse, vous ne vous soucieriez pas de le savoir, ce qui reviendroit au même ; mais on veut savoir plus qu’on ne voit, c’est là la difficulté. Encore, si ce qu’on voit, on le voyoit bien, ce seroit toujours autant de connu, mais on le voit tout autrement qu’il n’est. Ainsi les vrais philosophes passent leur vie à ne point croire ce qu’ils voient, et à tâcher de deviner ce qu’ils ne voient point, et cette condition n’est pas, ce me semble, trop à envier. Sur cela je me figure toujours que la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’opéra. Du lieu où vous êtes à l’opéra, vous ne voyez pas le théâtre tout à fait comme il est ; on a disposé les décorations et les machines, pour faire de loin un effet agréable, et on cache à votre vue ces roues et ces contrepoids qui font tous les mouvemens. Aussi ne vous embarrassez vous guère de deviner comment tout cela joue. Il n’y a peut-être guère de machiniste caché dans le parterre, qui s’inquiète d’un vol qui lui aura paru extraordinaire et qui veut absolument démêler comment ce vol a été exécuté. Vous voyez bien que ce machiniste-là est assez fait comme les philosophes. Mais ce qui, à l’égard des philosophes, augmente la difficulté, c’est que dans les machines que la nature présente à nos yeux, les cordes sont parfaitement bien cachées, et elles le sont si bien qu’on a été longtemps à deviner ce qui causoit les mouvemens de l’univers. » Bernard Le Bouyer de Fontenelle. Entretien sur la pluralité des mondes, 1686. OUVERTURE Imaginez. Demain, une source d’énergie propre et inépuisable est découverte. L’humanité entière accède aux pleins pouvoirs sur son environnement. La question qui émerge est : est-ce une utopie, ou une dystopie ? Spontanément, notre coeur chavire. Nous avons quelque envie de répondre « utopie », mais notre intuition nous souffle « dystopie ». Pourquoi nous fait-elle pencher de ce côté ? Parce que nous observons. Consciemment ou non, nous savons ce que l’humanité est capable de faire, même quand elle utilise de l’énergie « finie ». Nous savons ce qu’elle fait de l’énergie dont elle dispose. Et il semble que nous ne soyons pas tous d’accord sur son utilisation. Qu’est-ce que l’énergie, en physique ? Des Joules. Une unité qui mesure des changements d’état, donc d’environnement. C’est sa définition. J’ai une tasse à café devant moi. Je veux la déplacer ? Je dois lui transmettre de l’énergie cinétique. Je veux y verser de l’eau chaude ? Je dois transmettre à l’eau de l’énergie thermique. Ainsi, qu’est-ce qu’implique une énergie illimitée ? 1 Des changements d’état illimités. Il n’y a plus aucune limite. Nous pouvons tout faire, tout modifier, tout le temps. Je veux construire une route ? Je la construis. Je veux construire un immeuble ? Je le construis. Je veux chauffer l’intégralité des océans pour pouvoir m’y baigner ? Aucun problème. Je veux créer un avion et voler en permanence dans les airs ? Zéro soucis. Je veux créer des armes les plus puissantes jamais construites pour contrôler qui je veux ? No problemo. En l’état actuel du monde humain pris dans son ensemble, combien de temps pensez-vous qu’il faudrait pour que s’instaure le chaos le plus total ? Pensons-nous qu’une énergie illimitée calmerait immédiatement nos comportements, effacerait notre ardoise, gommerait l’ensemble des rapports de forces, uniformiserait subitement l’humanité dans un effort global vers un monde parfait ? Imaginez. Demain, la preuve scientifique de ce qui est appelé actuellement « magie » est apportée. L’intégralité de l’humanité peut se téléporter, lire dans les pensées, invoquer des créatures magiques, utiliser de la télékinésie pour déplacer ou modifier n’importe quel objet de n’importe quelle taille ou poids, changer son apparence à volonté. J’ai une tasse à café devant moi. Je veux la déplacer ? Je n’ai qu’à y penser. Je veux y verser de l’eau chaude ? Je claque des doigts, un feu miniature merveilleux chauffe ma casserole en lévitation devant moi ; et de l’eau de l’Himalaya se verse automatiquement dans ma tasse devant mes yeux presque blasés d’autant de merveilles. N’importe qui peut lire dans mes pensées et je peux lire dans les pensées de n’importe qui. Je peux influencer des personnes, elles peuvent m’influencer. 2 Je peux tout faire. Tout ce à quoi je pense, je peux le réaliser. Et n’importe qui peut en faire autant. En l’état actuel du monde humain pris dans son ensemble, en combien de temps pensez-vous que l’intégralité de la biosphère s’éteindrait dans le chaos le plus total ? La voici, la raison de notre chavirement. La peur, tout simplement. La crainte légitime de ce que l’humanité peut advenir si elle peut faire plus, sans changer ce qu’elle est. Autorisons nous quelques réflexions chiffrées afin d’effectuer un rapide état des lieux pour mieux cerner d’où nous vient cette réserve. Le genre humain s’est vu doté, en quelques décennies, d’une immense quantité d’énergie, croissante, pour accomplir ce qu’elle voulait accomplir. Une consommation de 567 milliards de milliards de Joules en 2013, en très i grande majorité des énergies fossiles. En d’autres termes, elle tire du sol plus de cent cinquante PWh ii chaque année. Nous sommes en 2019 et le bilan est mitigé quant à l’utilisation de cette énergie. Qu’avons-nous fait de ces milliards de Joules ? Une partie de l’humanité vit confortablement, en échange d’une dette écologique et mentale terrible : si tout le monde vivait comme un français, il nous faudrait trois planètes. Comme un américain, cinq planètes[1,2]. Malgré le confort qu’il apporte à une partie de l’humanité, en l’état, ce mode de vie, tel qu’il est actuellement, n’est donc ni durable ni exportable, ni généralisable sans conséquences. Corollaire immédiat : si nous le voulons durable, exportable ou généralisable, Cela peut s’écrire aussi comme 567 suivi de 18 zéros. Chiffre de i l’A.I.E, l’Agence Internationale de l’Energie. Un PetaWattheure (PWh) vaut mille milliards de kWh. ii 3 il faut le modifier. Il n’est donc pas un aboutissement. Durable est un mot confortable. Il ne nous fait pas peur. On pense « développement durable », « croissance verte », petites fleurs, panneaux solaires et P.D.G souriants pris en photo à côté des arbres. En pratique, il veut dire : si nous ne voulons pas que nous nous éteignons dans des souffrances terribles liés à des effets de systèmes qui ne seront que des conséquences directes des choix passés et actuels, il va falloir réfléchir « outside the box », puisque réfléchir « inside the box » nous a amené ces résultats. Et réfléchir assez vite, si possible. Qu’avons nous fait de cette énergie ? Des progrès en santé incroyables. Des progrès scientifiques fascinants. Des avancées sociales et culturelles significatives, dont une partie du monde bénéficie actuellement. Nous avons aussi créé des armes abominables. Des hangars terribles dans lesquels nous tuons soixante milliards d’animaux terrestres dans des souffrances atroces pour se nourrir de leur chair[3], par simple plaisir gustatif. En France, c’est un milliard d’animaux terrestres tués par an ; soit deux millions sept cent mille par jour, pour le plaisir[4,5]. En estimation basse, nous sortons chaque année mille milliards d’animaux marins des océans[5] pendant que huit cent millions d’humains sont « en insécurité alimentaire » [6] (traduire : crèvent la dalle, littéralement). Des chiffres en face desquels il faut en mettre un autre, celui du gaspillage alimentaire : dans le monde, quarante et une tonnes de nourriture jetées par… seconde. En France, dix millions de tonnes par an[7]. Et puis, il y a les réalités qu’on ne veut pas regarder : la charcuterie a été classée cancérigène par l’Organisation Mondiale de la Santé, la viande rouge probablement cancérigène[8], les animaux vivent une 4 fraction dérisoire de leur espérance de vie normale[9] dans des conditions miséreuses pour finir tués brutalement dans l’angoisse, souvent encore conscients. Sans oublier, bien sûr, un détail : l’élevage par ses émissions en gaz à effet de serre participe grandement au réchauffement climatique[10]. Mais rassurons-nous : ce sont des sensibleries… Non ? Ah, d’ailleurs, concernant le climat, bonne nouvelle : début 2015, nous avons fièrement dépassé les 400 ppm de CO2 dans l’atmosphère[11]. Record battu ! iii Yes ! La Terre ne les avait pas vu depuis des millions d’années[11]. Pour limiter uploads/Philosophie/ pierre-emmanuel-conscience-tome-1-2ecc80me-ecc81dition 1 .pdf

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