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Tous droits réservés © Collège Édouard-Montpetit, 2003 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des services d’Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d’utilisation que vous pouvez consulter en ligne. https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/ Cet article est diffusé et préservé par Érudit. Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. https://www.erudit.org/fr/ Document généré le 11 mars 2020 19:37 Horizons philosophiques Jean Grondin, Du sens de la vie, Montréal, Éditions Bellarmin, 2003. Benjamin Bélair et Dominic Desroches Au risque du bonheur Volume 14, numéro 1, automne 2003 URI : https://id.erudit.org/iderudit/801257ar DOI : https://doi.org/10.7202/801257ar Aller au sommaire du numéro Éditeur(s) Collège Édouard-Montpetit ISSN 1181-9227 (imprimé) 1920-2954 (numérique) Découvrir la revue Citer ce compte rendu Bélair, B. & Desroches, D. (2003). Compte rendu de [Jean Grondin, Du sens de la vie, Montréal, Éditions Bellarmin, 2003.] Horizons philosophiques, 14 (1), 138–147. https://doi.org/10.7202/801257ar Jean Grondin, Du sens de la vie, Montréal, Éditions Bellarmin, 2003. On croyait que la philosophie universitaire avait perdu l'intérêt pour ces interrogations prétendument frivoles concernant les questions essentielles de la vie. Ainsi, l'amour, le bonheur, l'espérance, la morale, notions philosophiques décisives de la pensée grecque jusqu'aux Lumières, étaient reléguées à l'arrière-plan de la pratique philosophique. Pourtant Jean Grondin, professeur de philosophie à l'Université de Montréal, spécialiste de la philoso- phie allemande mais surtout de l'herméneutique de Gadamer, renoue dans sa dernière publication, intitulée Du sens de la vie, avec ces notions n'ayant jamais cessé de tourmenter les esprits depuis qu'elles ont été évincées du discours universitaire. Loin de confiner le problème du sens de la vie à un subjectivisme commode ou à une philosophie mal définie, Grondin en fait plutôt une force englobante qui, sans jamais cesser d'appartenir à l'intimité de chacun, nous transcende tous. La question capitale à laquelle l'auteur tente de répondre dans son petit ouvrage est la suivante : «la vie a-t-elle un sens?» L'auteur en propose d'autres formulations au tout début du livre : «Que faisons-nous ici?» / «Pourquoi sommes-nous là?» / et reprend à son compte la célèbre question de Kant : «Que m'est-il permis d'espérer?1». Les partisans du non-sens de la vie font souvent valoir que la tragédie, l'horreur et la dereliction de l'existence humaine confirment leur point de vue. Pour sa part, Grondin ne nie pas le malheur humain et l'expérience de la souffrance, mais loin d'en tirer la conclusion que la vie n'a pas de sens, qu'elle n'est qu'une «passion inutile» comme l'affirmait Sartre, il fait le pari, nous dirons ici 138 HORIZONS PHILOSOPHIQUES AUTOMNE 2003, VOL 14 NO 1 pascalien, que la vie a un sens, un but et une finalité vers lesquels elle tend. C'est donc une sorte de démonstration du sens de la vie qu'il propose de soumettre au lecteur. Mais avant de pouvoir juger de la réussite de l'entreprise par rapport à ses intentions, nous devons présenter d'abord les arguments et les thèses essentiels qui donne une cohérence à son propos. La première partie de son analyse consiste à faire un état de la question. L'A. tente ainsi de mettre en valeur le lieu où se pose la question, son historicité et les sens possibles qu'elle peut prendre. Ensuite, il propose aux lecteurs un examen serré des philosophies qui nient ou relativisent la recherche du sens de la vie : le constructivisme et la déconstruction sont sans grande surprise visés par sa critique. Finalement, il expose les concepts philosophiques (peut-être serait-il plus juste de parler de sagesse?) qui peuvent, selon lui, nous permettre de découvrir un sens à la vie, notamment le Bien et l'Espoir. C'est à l'étude attentive de ces grands thèmes que nous allons consacrer les pages qui suivent. L'état des lieux Le lieu où le sens de la vie apparaît comme question et devient problématique est celui du dialogue intérieur. En effet, c'est à partir du dialogue, de cette incessante discussion de la «conscience» avec elle-même que peut se poser la question du sens de la vie. Dans cette optique, la philosophie, loin d'être une simple pratique codifiée par l'histoire, devient l'acte de penser par soi-même. Grondin nous appraraît ici assez fidèle à l'idéal philosophique des Anciens faisant de la connaissance de soi la condition de la sagesse. Ceci explique sans doute pourquoi la question du sens de la vie n'a elle-même de sens que pour l'être de dialogue que nous sommes, pour le «verbe intérieur» que nous sommes tous, selon le mot d'Augustin repris par Gadamer2. En effet, Grondin fait remarquer que cette question est relativement récente dans sa formulation. Il semble que ce soit Nietzsche, en 1875, dans un texte n'ayant jamais été publié de son vivant, qui utilise pour la première fois l'expression sens de la vie. Nietzsche parle du sens de la vie en lui donnant deux définitions différentes, mais qui finissent néanmoins par se recouper : 1) tout d'abord, il insiste sur l'idée que seuls les saints, les artistes et les philosophes seraient capables de conférer un sens à leur vie; 2) ensuite, il conçoit la vie comme un «texte» susceptible de bénéficier d'un sens. À travers cette discussion de la pensée de Nietzsche, l'idée de Grondin est de montrer, d'une part, que si les époques précédentes ne se posaient pas la question du sens de la vie aussi explicite- ment, c'est parce que ce sens, d'une certaine façon, allait de soi, et, d'autre part, que si la modernité pose cette question avec autant d'urgence et d'acuité, c'est parce qu'elle présuppose que la vie doit bien avoir un sens, mais que ce sens n'est plus transparent. Force est aussi de constater avec Grondin que pour Nietzsche, la formulation du problème du sens de la vie relève de la singularité, des «grandes individualités3». Si nous tombons d'accord avec Grondin à ce sujet, nous pouvons toutefois ne pas être entièrement d'accord avec lui à propos de l'origine nietzschéenne de la question du sens de la vie, comme nous le verrons bientôt dans la partie critique de notre compte rendu. Nietzsche n'est assurément pas le seul philosophe, s'inspirant des «grandes individualités», qui a posé cette question ou qui a formulé ce problème philosophique. Mais avant d'interroger de façon plus approfondie les rapports difficiles qu'entretient la modernité avec la question du sens de la vie, notons qu'il apparaît nécessaire à l'auteur d'examiner les sens possibles du mot sens afin de bien cerner le problème. Ceux-ci sont au nombre de quatre. Tout d'abord, le mot sens peut avoir une signification directionnelle. Ainsi, le sens de la vie suit une direction qui part de la naissance et qui HORIZONS PHILOSOPHIQUES AUTOMNE 2003, VOL 14 NO 1 1 3 9 s'achève avec la mort. Le thème de la mort n'est pas ici sans importance, car le terme de la direction de la vie, c'est toujours la mort. Ensuite, le sens peut être «signifiant». Selon cette définition, la vie est susceptible d'être significative; nous avons le pouvoir de lui «conférer» un sens qui peut aussi être saisi à travers notre sensibilité. Grondin insiste beaucoup et non sans raison sur la capacité sensitive de percevoir les sens. Nous sommes des êtres sentants, des êtres sensibles, comme nous le réalisons tous les jours sans même nous en rendre compte. Il ira même jusqu'à parler d'une «saveur» de la vie, prennant appui ici sur le «cum sapib> cher à Augustin4. Le sens de la vie est ainsi une capacité de sentir et de jouir de la vie. Ce recours à la sensibilité ne traduit pas une impossibilité théorique. En effet, Grondin affirme que la fonction principale de la philosophie est de nous rappeler «ce qui rend la vie digne d'être sentie5». Finalement, le sens peut être défini comme une capacité reflexive. C'est cette conception du sens que le langage commun utilise lorsqu'il parle d'une personne de «bon sens». Mais la signification retenue par Grondin est celle suivant laquelle le sens se donne à comprendre comme une certaine maîtrise de la vie : «le sens se trouve ici accouplé à une certaine sagesse où se conjuguent l'expérience, la raison, et même une certaine simplicité naturelle»6. Les premiers jalons d'une réflexion sur le sens de la vie ayant été posés, l'auteur est maintenant en mesure de poursuivre sa définition du sens de la vie. Bien entendu, ce projet ne pourrait être mené à bien sans un examen minutieux des théories mettant en doute la possibilité même qu'il y ait du «sens». Une critique herméneutique du constructivisme et de la déconstruction Une certaine modernité a défendu l'idée selon laquelle le sens de la vie était une donnée contingente, voire accidentelle, que l'on ajouterait, après coup, à notre existence. Pour le dire autrement, le sens de la vie serait seulement une construction. Il perdrait ainsi son caractère essentiel pour le sujet humain en faveur des forces sociales ou culturelles qui ren- dent possibles son énonciation. C'est en effet cette surdétermination d'un monde «vierge» par des «systèmes uploads/Philosophie/ sur-grondin-sens-vie.pdf
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- Publié le Apv 04, 2022
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