Andrée Maman 3 clés pour comprendre JIDDU KRISHNAMURTI n°41 (mai-juin 2010) Le

Andrée Maman 3 clés pour comprendre JIDDU KRISHNAMURTI n°41 (mai-juin 2010) Le Monde des Religions I ssu d’une lignée de lettrés brahmanes, Krishnamurti fut très jeune associé à la Société théosophique, avant de s’en séparer pour promouvoir une spiritualité sans « guru » ni conditionnement, afin que l’homme s’accomplisse, libre, dans la méditation. D ès sa naissance, le 11 mai 1895, les astrologues lui prédisent une destinée exceptionnelle. Jiddu Krishnamurti voit le jour dans une petite ville du Tamil Nadu, située à environ 250 km au nord de Madras. Il est le huitième enfant d’une famille de lettrés brahmanes, qui observent strictement les règles de leur caste, dont le végétarisme, les mariages endogames et l’enseignement religieux destiné à tout enfant mâle de la famille. Dès son plus jeune âge, Krishnamurti contracte le paludisme, qui l’empêche de suivre une scolarité normale. De nature rêveuse et indolente, il apparaît à première vue comme un être mentalement retardé, marqué par le chagrin : il a 10 ans lorsque sa mère meurt. Il affirme alors l’avoir vu errer dans la maison. Son père, Narianah, est membre de la Société théosophique, qui se dit œcuménique : créée par des Américains à la fin du XIXe siècle, elle a installé son siège dans une magnifique propriété d’un faubourg de Madras, Adyar, au bord de la mer. En échange de ses services, Narianah y obtient, dès 1909, un logement gratuit pour lui et ses fils. Depuis sa fondation, le but affiché de la Société est de préparer l’humanité à recevoir l « instructeur du monde ». Charles Webster Leadbeater, l’un de ses membres actifs, va jouer un rôle important dans la vie de Krishnamurti. Observant un jour les enfants s’amuser sur la plage, il déclare avoir distingué l’un d’entre eux, doué, dira-t-il, d’une aura merveilleuse et dépourvue de toute trace d’égoïsme. Il lui prédit une vie de grand orateur et d’instructeur spirituel. Il s’agit bien entendu de Krishnamurti... L’homme s’attache alors particulièrement à son éducation, ainsi qu’à celle de son frère Nitya, tant sur les plans physique, intellectuel et spirituel. Krishnamurti apprend à s’exprimer en public avec aisance, écrit un premier livre, Aux pieds du maître (1909), dans lequel il résume son expérience spirituelle et sa conception de l’état de disciple, en prônant quatre conditions : « Être sans désir, bien se conduire, avoir acquis le discernement et aimer. » M édecin, présidente de la Fédération nationale des enseignants de yoga pendant dix-sept ans, Andrée Maman a été formatrice à l'école de Paris et a rencontré Krishnamurti à deux reprises, en Suisse et en Inde. Elle a dirigé l'ouvrage Le Yoga au quotidien, de Françoise Colombo (Eyrolles, 2006). E « Se libérer du connu » n février 1911, Krishna et Nitya partent en Angleterre et en France pour parfaire leur instruction. Ils entrent à l’université d’Oxford, où Nitya entreprend des études de droit avec succès, alors que son frère échoue, sans doute sous la pression des attentes qui pèsent sur lui. Mais lors de ses interventions publiques, tous s’émerveillent de sa présence et de son autorité, de son épanouissement et de la pertinence de ses arguments qui mettent l’accent sur un thème qu’il ne cessera de développer : la nécessité de se détacher intellectuellement de toutes les traditions, les idées reçues et les coutumes. Il faut, dit-il, « se libérer du connu » pour avoir un esprit toujours neuf. C’est à cette époque que Nitya développe une tuberculose pulmonaire qui l’emportera prématurément quelques années plus tard, en 1926. Cette disparition affectera considérablement Krishnamurti. Entre-temps, lui et son frère entreprennent de nombreux séjours aux Etats-Unis, à Ojaï, dans la province de Los Angeles, dans un cottage isolé au milieu d’orangeraies. C’est dans ce cadre paisible que le 20 août 1922, Krishna fait une expérience qui change sa vie. Ce phénomène, qu’il appelle le « processus », est ainsi décrit par Nitya qui en est le témoin : « Pendant trois jours, Krishnamurti ressentit des phénomènes très pénibles de chaleur intense, avec douleurs au niveau de la tête et de la nuque, des épisodes pendant lesquels il semblait inconscient, sans contrôle apparent de son corps. » L’intéressé lui-même raconte, dans les jours suivants, ce qu’il a vécu dans une longue lettre qui se termine en ces termes : « Je me sentais suprêmement heureux, car j’avais vu. Rien ne serait plus comme avant. J’ai bu l’eau claire et pure de la source de la fontaine de la vie et ma soif est apaisée. Je n’aurai plus jamais soif. Je ne serai jamais plus dans l’obscurité complète. J’ai vu la lumière. J’ai atteint la compassion qui guérit toute tristesse et toute souffrance. Ce n’est pas pour moi, mais pour le monde... » Cette citation explique ce que sera l’orientation future de Krishnamurti qui, toute sa vie, ira de par le monde transmettre ce qu’il a vécu et compris lors de ces visions. Et si l’on réalise qu’à cette époque, les voyages étaient plus longs et pénibles qu’aujourd’hui, on peut mesurer sa détermination et sa conviction à essayer de faire comprendre les causes de la souffrance, le sens du temps, de la mémoire affective, des conditionnements et des peurs qui paralysent l’homme, et à montrer comment on peut s’en libérer. Le « processus » se manifeste désormais à chaque fin de journée pendant une à deux heures, avec de fréquents évanouissements qui le laissent épuisé et exsangue. Les hypothèses émises par les témoins sont celles de l’éveil de la Kundalini (un concept lié au yoga qui désigne une puissante énergie qui se trouverait logée dans l’os sacrum) ou de l’ouverture du troisième œil, que l’on retrouve dans les spiritualités orientales. Krishnamurti ne doute pas de la nécessité de cette souffrance pour préparer son corps et il ne cherche pas à en atténuer les symptômes par une quelconque médication. P « Extase » et école sans préjugés etit à petit, ses relations avec la Société théosophique se dégradent. Dans ses discours, il nie la nécessité de suivre un maître, prône la réalité d’une voie directe vers la vérité, que chacun devrait découvrir par soi-même. Ce grand tournant se concrétise à Ommen, aux Pays-Bas, lors d’une réunion internationale de l’Ordre de l’Etoile d’Orient. Fondé au début des années 1910 par la Société théosophique, cet ordre est destiné à regrouper les milliers de spiritualistes qui, de par le monde, attendent la venue du « grand instructeur ». Ce 3 août 1929, devant plus de 3 000 membres, il prononce la dissolution de l’Ordre qu’il préside depuis des années, faisant un discours mémorable qui pourrait s’intituler La vérité n’a pas de chemin. Il y affirme qu’aucune religion, aucune secte, aucun « isme » ne peuvent révéler la vérité, que celle-ci ne peut pas être organisée, car, à ses yeux, toute organisation est une faiblesse, un esclavage qui empêche l’individu de se développer. Ainsi, Krishnamurti ne veut pas de disciple, car son désir est de rendre chacun libre de toute autorité extérieure. Il démissionne alors de toutes les institutions dont il est membre. La rupture est totale avec la Société théosophique. Et pour cause : les théosophes semblent avoir jeté leur dévolu sur cet enfant naïf et malléable, et l’avoir manipulé de nombreuses années pour parvenir à leurs fins. Krishnamurti accepta longtemps d’être leur jouet, jusqu’au moment où, sa personnalité s’affirmant, il réalise combien cette influence était néfaste. Dès lors, en accord avec ses convictions, il dit vivre dans une « extase » qui ne le quittera plus. Il affirme perdre même toute mémoire du passé pour vivre chaque jour comme une constante renaissance. Il continue à voyager entre l’Europe, l’Inde et les États-Unis pour donner des conférences suivies par plusieurs centaines d’auditeurs fidèles. Il crée des écoles, en Inde et en Angleterre. Il y est préconisé d’adapter l’enseignement à l’élève plutôt que de le contraindre à un rythme qui ne lui convient pas ; de laisser aussi du temps aux loisirs artistiques et physiques. Le programme scolaire normal est respecté, mais avec le souci de donner aux enfants une éducation dénuée de préjugés nationaux, raciaux, religieux, de classe et de culture. D La primauté de l'enseignement urant les dernières années de sa vie, Krishnamurti séjourne souvent dans le cottage isolé d’Ojaï, aux Etats-Unis. Sa réputation de maître spirituel a d’ailleurs été plus appréciée aux États-Unis qu’en France, plus appréciée aussi des milieux scientifiques que littéraires ou purement philosophiques. Il meurt le 1er février 1986, à Ojaï, après avoir beaucoup souffert d’un cancer du pancréas. Selon son désir, il est réduit en cendres sans rituel ni prière ou cérémonie d’aucune sorte. Car, selon lui, l’enseignant n’est pas important: seul l’enseignement a de la valeur et doit être compris et suivi. A. M. Pour aller plus loin Krishnamurti, La Révolution du silence (Stock, 1971 ), L'Éveil de l'intelligence (Stock, 1975), Le Journal de Krishnamurti (Buchet-Chastel, 1983), Le Temps aboli (Rocher, 1987), De la liberté (Le Rocher, 1996), À propos de Dieu (Stock, 1997), Le Vol de l'aigle (Presses du Châtelet, 2009). Dominique Schmidt, Dialogue sur les écrits uploads/Religion/ 3-cles-pour-comprendre-jiddu-krishnamurti-par-andree-maman.pdf

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  • Publié le Oct 23, 2021
  • Catégorie Religion
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