m PAUL CHACORNAC LA VIE SIMPLE DE RENE GUENON ILLUSTRATIONS DE PIERRE CHAUX EDI

m PAUL CHACORNAC LA VIE SIMPLE DE RENE GUENON ILLUSTRATIONS DE PIERRE CHAUX EDITIONS TRADITIONNELLES 11, Quai Saint-Michel, PARIS Ve DU MÊME A U TE U R É l i p h a s Lévi (1926). Le Comte de St Germain (1946). L’astrologie au xive siècle (h. c.) En Préparation A bbé Jean T ritiième (1462-1516) vie et œuvres. R e n é G u e n o n v e r s 1925 PAUL CHACORNAC LA VIE SIMPLE DE R E N É G U É N O N ILLUSTRATIONS DE PIERRE CHAUX PARIS LES ÉDITIONS TRADITIONNELLES 1 1 , QUAI SAINT-MICHEL 1958 TOUS DROITS RÉSERVÉS AUX AMIS DE RENÉ GUENON AUXQUELS JE DOIS d ’a v o i r p u é c r ir e CE LIVRE AVANT-PROPOS N ous allons parler d’un homme extraordinaire. Extraor­ dinaire au sens le plus strict du mot. Car on ne peut le définir, ni le « classer » . Il ne fut pas un orientaliste, bien que — ou peut-être parce que — nul ne connaissait mieux que lui l’Orient ; il ne fut pas un historien des religions, bien que nul ne sût mieux que lui mettre en évidence leur fond commun comme les différences de leurs perspectives ; il ne fut pas un sociologue, bien que nul n’ait analysé plus profondément les causes des maux dont souffre la société moderne et dont elle périra sans doute si elle n’applique pas les remèdes qu’il indiquait ; il ne fut pas un poète, bien qu’un adversaire reconnût que son œuvre agissait comme une incantation et qu’elle offrait de quoi satisfaire les imaginations les plus exigeantes ; il ne fut pas un occultiste, bien qu’il abordât des sujets qu’on englobait avant lui, sous la dénomination d’occultisme ; il n’était surtout pas un philosophe, bien qu’il eût enseigné la philosophie et qu’il sût démontrer l’inanité de tel de ses systèmes lorsqu’il le rencontrait sur sa route. On pourrait dire qu’il fut métaphysicien, mais la méta­ physique qu’il exposait a si peu de rapports avec celle des manuels de philosophie qu’on craint, en lui décernant cette qualité, de susciter le plus grave malentendu. Il a d’ailleurs écrit lui-même qu’aucune étiquette ayant cours dans le monde occidental ne saurait lui convenir. Cet homme, extraordinaire par l’intelligence et le savoir, fut, toute sa vie, un homme obscur. Il n’occupa jamais un poste officiel ; ses œuvres ne connurent jamais les gros tirages 10 LA VIE SIMPLE DE RENÉ GUENON et n’occupèrent jamais les grandes revues. On a dit parfois qu’on avait fait autour de lui la conspiration du silence. Peut-être. En tous cas, il n’a rien fait pour la rompre, et cette obscurité ne lui déplaisait pas. Entendons-nous. Très vite, il suscita l’adhésion et l'admi­ ration ferventes de certains esprits lassés des médiocres nourritures intellectuelles offertes par le monde moderne, et qui attendait impatiemment, mois après mois, des précisions doctrinales et des prises de positions par rapport aux divers courants de pensée. Ceux-là, n’atteignirent jamais un millier, répartis dans le monde entier. Mais, dans la soirée du g janvier 1951, la radiodiffusion française annonçait la mort de René Guénon, survenue l’avant-veille. Et tout aussitôt les articles se multiplièrent dans la presse quotidienne et hebdomadaire, ainsi que dans les revues, sur la personne et l’œuvre de l’homme qui n’avait guère connu que le silence. Cette brusque mise en lumière nous a paru rendre nécessaire le présent travail. Nous sommes presque tenté pourtant de nous excuser de l’avoir entrepris, car une biographie de René Guénon peut, à bon droit, surprendre et ses lecteurs fidèles et les amis plus proches qui l’ont personnellement connu. En effet, René Guénon a dit et redit que, dans le domaine traditionnel qui, seul, avait une importance à ses yeux, les individualités ne comptent pas. Mais nous ne pouvons rien contre le fait que le monde où nous vivons s’intéresse souvent davantage aux individuali­ tés qu’aux œuvres et, qu’à défaut de pouvoir en écrire l’his­ toire, on ne construise des légendes, dans des intentions qui peuvent être fort différentes et même opposées. Aussi avons-nous cru faire — à un niveau certes bien modeste — œuvre de serviteur de la vérité en établissant — ou en rétablissant — les faits concernant la vie de René Guénon. Et c’est sur le terrain des faits que nous entendons nous tenir. C’est-à-dire qu’on ne trouvera pas ici une « psychanalyse AVANT-PROPOS I I de René Guenon » , pour parler le j argon à la mode. Expliquer une oeuvre littéraire, et même philosophique, par un tempé­ rament et un caractère peut, sans doute, se justifier parfois. Ce serait dérisoire ici, devant une œuvre aussi désindividua- lisée que celle de Guenon, devant un homme qui se défen­ dait d’avoir une pensée personnelle et qui n’a jamais reven­ diqué d’autre mérite que celui d’être le porte-parole effacé et consciencieux d’une tradition immémoriale qui transcende toute pensée et tout sentiment humains. Ce qu’il y a, sans doute, de plus extraordinaire chez Guénon c’est l’effacement quasi total de son individualité devant la doctrine qu’il formule. Des faits, nous en avons recueilli un certain nombre d’après des textes imprimés, des correspondances privées, des témoi­ gnages directs de quelques individualités ayant personnelle­ ment connu Guénon. Beaucoup d’autres nous ont échappé et certains — parmi les plus importants — échapperont sans doute toujours à l’investigation de l’historien. Nous n’avons pas cherché à dissimuler ces lacunes : quand nous ne savions pas, nous l’avons dit, et quand il nous sem­ blait permis de formuler une hypothèse, nous l’avons pré­ sentée comme telle. Il y a aussi dans notre travail, des lacunes volontaires et on conviendra qu’il ne peut en être autrement quand on écrit à une époque si proche des événements relatés : nous ne pouvions mettre en cause de tierces personnes sans leur autorisation, et il est tels cas où nous ne pouvions même pas envisager de la demander. Surtout sur la période qui va du début de 1929 à la fin de 1950, nous aurions pu dire beaucoup plus que nous n’avons dit, notamment en ce qui concerne les espérances et les déceptions éprouvées par Guénon relativement à certains prolongements de son œuvre. Ce n’eût pas été agréable pour tout le monde et Guénon ne l’eût certainement pas souhaité. Même sur le terrain des faits, il est des silences dont nous ne nous départirons pas, 12 LA VIE SIMPLE DE RENÉ GUENON à moins que des manifestations inopportunes ne nous y contraignent. * * ❖ Il nous faut maintenant aborder une question personnelle. Nous nous en excusons, mais nous ne voyons vraiment pas comment nous pourrions nous en dispenser. Quelques personnes n’ont peut-être pas oublié que nous avons publié, en 1926, un livre intitulé Eliphas Lévi, réno­ vateur de l'occultisme, et on pourrait trouver étrange que nous nous fassions aujourd’hui le biographe de René Guénon qui avait projeté un moment d’écrire une Erreur occultiste pour faire suite à ses ouvrages critiques : Le Théosophisme et L'Erreur spirite. Nous n’éprouvons aucune gêne à reconnaître que si nous continuons à trouver attachante la figure d'Eliphas Lévi, nous n’écririons plus aujourd’hui notre livre exactement de la même façon. Si Dieu nous prête vie, nous en publierons une nouvelle édition en y apportant les mises au point néces­ saires. Qui pourrait s’en étonner ? A quoi servirait de vivre et de vieillir si on n’apprenait rien ? Nous croyons avoir, depuis un tiers de siècle, quelque peu appris... et, grâce à Guénon lui-même, révisé bien des points de vue. Il nous semble cependant que les admirateurs de Guénon, et surtout les plus jeunes, sont parfois un peu trop sévères pour tout ce qui l’a précédé ; il nous semble qu’ils oublient un peu trop combien il était difficile dans l’Occident moderne, avant Guénon, d’acquérir des notions exactes sur l’ésotérisme, l’initiation et les sciences traditionnelles ; il nous semble qu’ils oublient combien d’efforts ont dû faire, et à quelles inquiétudes furent livrés, ceux qui, au milieu du x ix e siècle, eurent le pressentiment d’un au delà de l’exotérisme. Dans un article récent sur Les idées traditionnelles au tem ps des grandes illusions, Mm e Marie-Paule Bernard rappe­ lait opportunément : AVANT-PROPOS 13 « Avec l’introduction du Dogme et Rituel de la Haute Magie d’Eliphas Lévi, en 1861, c’est, sous la désignation de ■p h ilo so p h ie occulte, la notion d’unité fondamentale des tra­ ditions qui est réaffirmée ; en même temps apparaît la con­ ception de l’ésotérisme sous ses deux aspects d’initiation sacerdotale et d’initiation royale : « A travers le voile de toutes les allégories hiératiques et m ystérieuses des anciens dogm es, à travers les ténèbres et les épreu­ ves bizarres de toutes les anciennes initiations, sous le sceau de toutes les écritures sacrées, dans les ruines de Ninive et de Thèbes, sous les pierres rongées des anciens tem ples et sur la face noircie des sphinx de l'Assyrie ou de l’Egypte, dans les peintures m onstrueuses ou m erveilleuses qui traduisent uploads/Religion/ p-chacornac-la-vie-simple-de-rene-guenon-pdf.pdf

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  • Publié le Aoû 22, 2022
  • Catégorie Religion
  • Langue French
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