Revue de l'histoire des religions Les religions arabes préislamiques d'après un

Revue de l'histoire des religions Les religions arabes préislamiques d'après une publication récente Édouard Dhorme Citer ce document / Cite this document : Dhorme Édouard. Les religions arabes préislamiques d'après une publication récente. In: Revue de l'histoire des religions, tome 133, n°1-3, 1947. pp. 34-48; doi : https://doi.org/10.3406/rhr.1947.5565 https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1947_num_133_1_5565 Fichier pdf généré le 10/04/2018 Les religions arabes préislamiques d'après une publication récente Dans BHB., juillet-décembre 1944, p. 5 ss., nous avons montré jusqu'à quel point un système préconçu pouvait nuire à notre connaissance objective des religions de l'Arabie du Sud. C'était à propos des théories de Ditlef Nielsen sur Der dreieinige Gott, que nous traduisions « le dieu un en trois », pour ne pas préjuger le sens de trinité juive ou chrétienne vers lequel tendait le docte Danois. La méthode comparative, poussée à outrance, déformait, loin de l'éclairer, la pensée primitive des Arabes. Ce que nous demandions, c'était un exposé clair et complet, d'après les textes et les monumejits épars, des cultes qui ont été en honneur dans la péninsule arabique avant l'éclosion de l'Islam. Notre vœu est réalisé. Un extrait du IVe tome de l'Histoire Générale des Religions, des éditions Aristide Quillet (Paris, 1947, pp. 307-332 ; notes et bibliographie, pp. 526-533), nous apporte, sous le titre Les religions arabes préislamiques, une synthèse qui sera accueillie avec reconnaissance par tous ceux qui cherchent en Arabie le berceau des Sémites, de leurs langues, de leurs civilisations. Mieux que tout autre, le Pr G. Ryckmans, de l'Université de Louvain, était qualifié par ses publications antérieures pour . entreprendre un travail destiné à la fois aux spécialistes et aux profanes. On lui doit, entre autres, les tomes V, VI, VII. du Répertoire ďEpigraphie Sémitique, ainsi que Les noms propres sud-sémitiques, en trois volumes, chacun de ces recueils comportant une bibliographie complète et des concordances, LES RELIGIONS ARABES PRÉISLAMIQUES 35 destinées à faciliter l'utilisation des documents trop souvent dispersés dans des collections peu accessibles. L'auteur suit la répartition, généralement admise, des religions de l'ancienne Arabie en trois groupes : Arabie centrale v (Hedjâz méridional et région côtière jusqu'au nord du Yémen), Arabie- septentrionale (Hedjâz septentrional et territoires des tribus nomades de la frontière désertique de Syrie), Arabie méridionale (Yémen et Hadramaout). On regrette qu'une carte sommaire ne fixe point ces divisions géographiques.^ Les sources épigraphiques font défaut pour l'Arabie centrale, qui fut surtout l'habitat des tribus nomades. C'est pourtant en cette région que se sont développées des villes aussi fameuses que La Mecque et Oukâz. L'Islam a jeté son voile sur « la période d'ignorance », qui précéda Mahomet. Mais certains érudits musulmans ont recherché les idées et les mœurs de ces païens, qui ont laissé leur trace dans la littérature. Le kitâb al-asnâm « livre des idoles », d'Ibn-al- Kalbî (f 819), édité en 1914 par Ahmed Zeki Pacha, est une source d'information de premier ordre. Outre l'étude du P. Marmardji, Les dieux du paganisme arabe d'après Ibn-al- Kalbî, dans la Revue Biblique de 1926, p. 397 ss., on peut utiliser maintenant la nouvelle publication, avec traduction et commentaire, de Rosa Klinke-Rosenberg, Das Gôtzenbuch Kitâb al-asnâm des Ibn-Kalbî (Leipzig, 1941). Les ouvrages des historiens et géographes arabes, tels Baghdâdî, Jâhid, Ibn Hishâm, Ibn Sa'âd, Mas'oudî, Tabârî, Yaqout, renferment aussi des allusions aux croyances et pratiques des ancêtres. Des savants européens, parmi lesquels on aime à citer Goldziher, Wellhausen, Brotkelmann, le P. Lammens,. ont glané dans les œuvres de ces écrivains de précieux renseignements que Ryckmans se garde bien de négliger. Son exposé est émaillé de références bibliographiques et justificatives. Il arrive ainsi à reconstituer une liste impressionnante des « divinités du paganisme arabe » (p. 310-312). Parmi celles-ci la première eh importance est Houbal, adorée dans 36 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS la Ka'aba de La Mecque. C'était « une idole en cornaline, érigée au-dessus de la fontaine desséchée où l'on jetait les offrandes ». Ce dieu a trois compagnes : al-Lâl, en forme de roche carrée ; al-Ouzzâ, en forme d'arbre sacré ; Manât, la Destinée, grande pierre qui sera vénérée chez les Nabatéens et les Thamoudéens. La déesse al-Ouzzâ restera célèbre dans la région syro-palestinienne, où on l'identifiera à la planète Vénus. Signalons, parmi les dieux de' forme humaine, Wadd « Amour », qui primitivement fut le dieu-lune des Minéeňs. Les principes fondamentaux du culte et du rituel sont résumés aux pp. 308-310. Avec ce qui est dit des pierres sacrées et des arbres sacrés, on pourra comparer les chapitres correspondants de notre ouvrage La religion des Hébreux nomades (1937). L'enceinte sacrée est un lieu d'asile, Щта ou Haram, dans lequel voisinent la pierre sacrée et la source sacrée. Le prêtre est essentiellement le gardien du sanctuaire et cette fonction reste dans la famille. Les offrandes sont suspendues parfois aux arbres ou- aux pierres, usage qu'on retrouve aujourd'hui encore chez les nomades de Syrie et de Palestine, de même que le jet de pierre sur un tas placé en vue du sanctuaire. La tradition chrétienne a seule gardé le souvenir de sacrifices humains. La divination par les flèches, istiqsâm, a été connue des Hébreux nomades, comme on le voit par l'usage des mots qésém « sort », qôsêm « sorcier » (La religion des Hébreux nomades, p. 227 ss.). L'astrologie n'a qu'un rôle secondaire dans les pratiques religieuses des Arabes, malgré le culte rendu au Soleil (Shams, féminin) et à la Lune (Qamar, masculin ; Hilâl, croissant). Grande influence des Djinns, du mauvais œil, des esprits des morts sur l'individu et sa famille*. D'où l'usage, persistant encore, des. amulettes et des talismans. Parmi les manifestations collectives, qui survivent dans l'Islam, notons le pèlerinage (hajj) et la procession en cercle (tawwâf) autour du sanctuaire. Au fond, la pierre noire, Ka'aba, reste comme le pivot de l'ancienne religion arabe, malgré la révolution produite par Mahomet et sa prédication. LES RELIGIONS ARABES PRÉISLAMIQUES 37 L'Arabie septentrionale est, mieux partagée que l'Arabie centrale en fait d'épigraphie. Deux groupes ethniques, les Lihyanites et les Thamoudéens, mentionnés dans le Coran, ont laissé nombre de graffîtes qui semblent dater des premiers siècles de notre ère. Ces inscriptions laconiques fournissent peu de renseignements historiques. La divinité principale des Lihyanites était Dhou Ghâba, c'est-à-dire Celui de Ghâba, lieu voisin de Médine. A noter le dieu <aws que nous rapprocherions volontiers de *ûs, Ous, la patrie de Job. Le nom commun aux Sémites pour exprimer « dieu » se trouve déjà sous la forme 'ilah (Éloah), d'où les musulmans ont tiré Allah. Le féminin 'ilal « déesse » existe aussi dans les textes lihyanites. On retrouve 'il, 'ilah et lahay chez les Thamoudéens, dont on connaît près de 1.600 graffîtes. La déesse 'ilat ou lât est fréquemment invoquée. La note 131 de la p. 334 attire l'attention sur une très intéressante constatation du P. Savignac dans la Revue Biblique, 1930, p. 278. Une inscription funéraire nabatéenne de 267 ap. J.-C. est rédigée en partie à l'aide de l'arabe. Or, le nom de la défunte a été ajouté en thamoudéen, d'où antériorité du nabatéen. Nous avions^déjà relevé le fait dans Langues el écritures sémitiques (1930), p. 47 s. Rappelons aussi que parmi les « Arabes lointains », déportés à Samarie par Sargon (721-705 av. J.-C), nous trouvons déjà les Ta-mu-di, ancêtres des Thamoudéens (ibid., p. 47 s.). Les inscriptions safaïtiques, dont le nom vient du terme Safâ, qui désigne un groupé de cratères éteints au centre du Цагга (S. E. de Damas), sont gravées sur les roches basaltiques en bordure des vallées. Leur nombre n'a fait qu'augmenter depuis les expéditions déjà si fructueuses de Dussaud et Macler à la fin du siècle dernier set à l'aurore de celui-ci. C'est par milliers qu'on les compte après les voyages de M. et Mme Dunand dans la région. Quelques dates permettent d'échelonner ces graffîtes entre la ruine de l'empire nabatéen par les Romains (106 ap. J.-C.) et l'invasion perse en Syrie (614). La divinité la plus fréquemment invoquée est 38 ' REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS ЧЫ ou lât (ci-dessus). La déesse nue s'appelle Roudâ, que vénèrent aussi les Arabes et les Thamoudéens. Quelques traces du panthéon syrien se retrouvent chez les Safaïtes. On remarquera que beaucoup d'inscriptions sont accompagnées de représentations d'un caractère astral : cercle entouré de rayons (étoile), cercle double ou sans rayons (soleil), sept points ou traits dans lesquels on veut voir les planètes ou sept stèles (Grimme), mais où nous reconnaissons les Pléiades d'après le symbolisme assyró-babylonien (Les religions de Babylonie et ď 'Assyrie, 1945, p. 79 et p. 93). Les religions de l'Arabie méridionale sont de beaucoup les mieux connues et les plus intéressantes. Pour fixer les notions historiques et géographiques, parfois assez confuses dans les descriptions des auteurs, Ryckmans donne un aperçu à retenir : « Les 3.800 inscriptions connues qui sont rédigées en dialectes arabes méridionaux permettent de reconstituer en partie, sur une période d'une douzaine de siècles, l'histoire politique, culturelle et religieuse des divers états de l'Arabie heureuse. Les plus importants étaient Ma'în, Saba, Qatabân et Hadramaout ; d'autres, moins puissants, tels que Awsân, uploads/Religion/ religion-arabie-preislamique.pdf

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  • Publié le Sep 12, 2021
  • Catégorie Religion
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