SEPTEMBRE 2017 R ev u e é di té e p ar l a F o nd at io n C o ns ci e n c e S o

SEPTEMBRE 2017 R ev u e é di té e p ar l a F o nd at io n C o ns ci e n c e S o uf ie Le premier traité de Soufisme Denis Gril Le soufisme, ici et maintenant Eric Geoffroy La spiritualité et la paix Omar Benaïssa Maurice GLOTON Hommage au penseur et écrivain Idrîs de Vos Kudsi ERGÜNER Carole Latifa Ameer L’humanisme théocentré dans la pensée d’ Amadou HAMP ÂTÉ BÂ Seydi Diamil Niane R e v u e © Philippe Lissac / Godong S O M M A I R E P.18 L’humanisme théocentré dans la pensée d’Amadou Hampâté Bâ Par Seydi Diamil Niane P a t r i m o i n e P.6 Le soufisme, ici et maintenant Par Eric Geoffroy T h è m e o u ve r t P.4 Le premier traité de soufisme Par Denis Gril P.11 La spiritualité et la paix Par Omar Benaïssa Directeur de la rédaction : Eric Geoffroy Rédacteur en chef : Idrîs de Vos Directrice de publication : Inès Geoffroy Directrice artistique : Amel Boutouchent Infographiste : Mohammed Chaïb Témoignage P.14 Hommage à Maurice Gloton Par Idrîs de Vos P o r t r a i t P.22 Kudsi Ergüner Par Carole Latifa Ameer Eric Geoffroy Président de la Fondation Conscience Soufie Chère lectrice, cher lecteur, La Fondation Conscience Soufie a été officiellement créée en avril 2016. Elle est donc très jeune, et certaines des activités prévues sont encore en gestation. Il ne s’agit pas d’une simple association locale : la Fondation a pour objectif de rayonner largement à partir des cinq axes retenus (Transmission et Enseignement, Médiation, Patrimoine et Traduction, Arts, Pérégrinations) et des filiales ouvertes, ou à ouvrir, dans le monde francophone. Le bilan des premières activités s’avère très positif : conférences et séminaires, cercles d’échange ; stage d’arabe à visée spirituelle ; pérégrinations… De gros projets, nécessitant un investissement financier important et des équipes compétentes, sont en cours d’étude, mais il est trop tôt pour en parler ici. Nous espérons ainsi répondre à l’élan de confiance qui meut notre public. La Fondation Conscience Soufie se reconnaît dans l’idéal de « démocratie spirituelle » qu’évoquait Muhammad Iqbal (m. 1938). L’objectif, je le rappelle, est d’ouvrir plus largement le champ de la spiritualité, et en particulier du soufisme, à nos contemporains. Le développement de la conscience, qui accompagne la réalisation spirituelle, a été jusqu’à présent l’apanage d’élites, toutes traditions religieuses confondues. Face aux défis gigantesques qui s’imposent à nous, elle devra désormais caractériser une proportion importante d’humains, à la mesure, précisément, de la globalité de ces défis. Dans cette perspective, nous avons le plaisir de vous annoncer le lancement de la revue Conscience Soufie, en format électronique pour l’instant. Elle va s’efforcer de trouver le juste ton entre le sérieux académique et un caractère ouvert, attractif, afin de toucher un public non-spécialiste. Elle commence modestement, et comportera en principe les rubriques suivantes : Thème ouvert : soufisme, ou sujet islamique ayant une portée spirituelle (éducation, art, écologie, inter-spiritualité, sciences, etc.). Témoignage ou interview de quelqu’un sur son parcours spirituel : un auteur, un éditeur, un artiste, etc. Patrimoine soufi : traduction d’un texte d’un maître ancien ou contemporain, ou commentaire d’un texte d’un maître. Portrait : celui d’un soufi ancien ou contemporain, que le public ne connaît pas de préférence, ou d’un spirituel quelle que soit sa tradition. Telle sera la physionomie générale de la revue, mais il se peut que l’une ou l’autre rubrique ne soit pas alimentée dans un numéro. Certains numéros seront thématiques. Ainsi, le prochain sera dédié aux rapports entre poésie et spiritualité, entre poésie et soufisme. Chers lecteurs, vos suggestions et remarques sont d’ores et déjà les bienvenues. Votre soutien et vos prières également ! Je n’oublie pas de remercier ici tous ceux qui œuvrent bénévolement au sein de la Fondation, ainsi que ceux qui nous soutiennent généreusement. Le mot du président Revue Conscience Soufie n°1 - 3 © Abdou Diouri Le premier traité de soufisme Par Denis Gril Pourquoi ce curieux surnom de “soufi“ ? La question restera à jamais ouverte car y répondre reviendrait à limiter l’objet d’une quête sans fin. Celle-ci est la réponse à un appel : « Ceci est un rappel ; qui veut, prenne vers son Seigneur un chemin. Or vous ne voulez que ce que Dieu veut » (Coran 76, 29-30). Le Coran tout entier est un rappel de ce que nous avons oublié, qu’il nous invite à nous remémorer : « L’homme a-t-il pris conscience d’un moment du temps où il/qui n’était pas une chose mentionnée ? » (76, 1). Mention, invocation, souvenir, remémoration autant de mots pour traduire dhikr, l’un des noms du Coran. Qu’il s’agisse de l’homme ou du temps, la mémoire doit remonter aussi loin que possible. À qui le Coran, parole éloquente, s’adresse-t-il ? À son premier disciple, retiré dans une grotte, au sommet d’une montagne, à la recherche de Dieu. Il manque de mourir trois fois avant de pouvoir redire les paroles que lui apporte l’ange de la part de Dieu. S’il a été choisi pour recevoir et transmettre la Parole de Dieu, c’est parce que, comme le lui dit son Seigneur, « Tu es selon un caractère magnifique » (68, 4). La magnificence de son caractère ou de sa forme intérieure (khuluq) vient de sa prédisposition à se qualifier de tous les caractères divins et vertus seigneuriales mentionnés dans le Coran. « Son caractère était le Coran », disait de lui son épouse ‘Â’isha. Or les maîtres du soufisme feront de l’excellence du “caractère“ la pierre de touche de la réalisation spirituelle : « Le soufisme est tout entier caractère » (Abû Bakr al-Kattânî, m. 934). La Révélation est une lumière. Pour la recevoir, il fallait que le cœur de celui sur qui elle allait descendre fût lumière. C’est à cette rencontre des deux lumières que fait allusion le Coran : « lumière sur lumière » (24, 35). Il rappelle à celui qui veut suivre une voie vers Dieu : « vous ne voulez que ce que Dieu veut », non pas pour nier la volonté de l’homme qui fait de lui un “voulant“ ou aspirant (murîd) mais pour lui annoncer qu’il finira par prendre conscience qu’il est voulu (murâd) par Dieu. Le voyage qu’entreprend celui dont la prédisposition lumineuse est prête à s’enflammer avant même que ne l’ait touché le feu de la Parole est celui du cœur, un cœur comparable à celui d’Abraham « quand il vint trouver son Seigneur avec un cœur sain (salîm) », c’est-à-dire affranchi de toutes les maladies de l’âme dont la pire est d’associer à Dieu d’autres dieux, et dit : « Je m’en vais vers mon Seigneur ; il me guidera » (37, 84 et 99). L’homme va, Dieu guide. 4 - Revue Conscience Soufie n°1 T H È M E O UVE RT La guidance, même si Dieu la confie à son Prophète et ses héritiers est celle de Dieu : « Dis : telle est ma voie ; j’appelle à Dieu, moi et celui qui me suit. Gloire à Dieu et je ne suis pas de ceux qui associent » (12, 108) c’est-à-dire un autre que Dieu dans cette guidance. De même, il n’est d’autre compagnonnage que celui de Dieu : « quand il disait à son compagnon : ne t’attriste pas ; Dieu est avec nous » (9, 40). « Être avec » : Dieu avec l’homme, Abû Bakr avec le Prophète et celui-ci avec ses humbles compagnons : « Que ton âme patiente avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, voulant Sa Face. Que tes yeux ne se détournent pas d’eux voulant la parure de la vie immédiate. N’obéis pas à celui dont nous avons distrait le cœur de Notre souvenir, qui suit sa passion et dont le comportement est excessif » (18, 28). Ce verset décrit aussi bien les disciples, désireux de Dieu, de la lumière de sa Face et de l’infinitude de son Essence que le maître dont le regard protecteur ne doit pas se détourner d’eux pour s’adresser aux riches Qurayshites qu’il espère gagner à la cause de l’islam. La pauvreté est la nature foncière de l’homme et la richesse, celle de Dieu. Jusqu’à son retour vers le Compagnon suprême, le Prophète ne cessera d’être ainsi éduqué par le Maître des maîtres, car la voie est sans fin. Le Coran a été révélé en deux temps : la Mecque et Médine. La Mecque a été le temps de la patience (sabr), de la mise à l’épreuve du caractère, de l’hostilité des siens compensée par le voyage nocturne et la traversée des sept cieux et le face à face avec Dieu. Or il n’est d’événement vécu par le Prophète dont le croyant n’ait une part. C’est durant cette période que sont révélés les récits des prophètes, autant de modèles de perfection et d’expériences de Dieu à vivre dans les consciences intimes. Entre les deux temps, uploads/Religion/ revue-conscience-soufie-n1-web 1 .pdf

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  • Publié le Apv 17, 2021
  • Catégorie Religion
  • Langue French
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