1 Résumés des Communications 03, rue F.D. Roosevelt, Alger www.cnrpah.org Alger
1 Résumés des Communications 03, rue F.D. Roosevelt, Alger www.cnrpah.org Alger, 17-19 décembre2013 Djenane El Mithak, Alger Sous le haut patronage de Madame Khalida Toumi Ministre de la Culture Ministère de la Culture وزارة الثقــافة 10ème édition du colloque international ‘‘les Routes de la Foi’’ Le sceau de la sainteté 2 3 Le Sceau de la Sainteté Nous voici parvenus à la dixième édition de notre colloque annuel « Les Routes de la Foi », une rencontre restée fidèle à des traditions de savoir ancrées dans une dynamique de recherche académique devenue désormais un rendez-vous international tant attendu et prisé par l’ensemble des spécialistes du soufisme de par le monde. Pour sceller cette décade de lumière symbole de parachèvement d’un programme et d’accomplissement d’un cycle, le CNRPAH couronne ce rosaire et clôt ce cursus par une édition entièrement dédiée à la mémoire de l’une des plus grandes figures du soufisme universel : sidi Ahmed Tidjani. Or, on ne peut aborder le parcours de sidi Ahmed Tidjani en esquivant l’épineuse question de khatm al-walâya (sceau de la sainteté) sujet ô combien complexe et périlleux, lequel se passe tout entier dans une dimension d’une nature étrange jalonnée de codes et de symboles difficiles d’accès. Pour tout dire en un mot, c’est un sujet sur lequel l’intelligence profane n’a aucune prise. Si bien qu’au lieu d’élucider le problème, nous risquons bien au contraire de le complexifier davantage et de le rendre un peu plus inaccessible. Mais bien qu’elle soit d’un abord difficile, l’enquête que nous nous apprêtons à entreprendre recèle, à notre sens, un intérêt certain pour la recherche scientifique. Et c’est là notre seule consolation. L’une des caractéristiques de la voie des Tidjanes est sans doute l’étrange statut attribué à son fondateur, celui de «Sceau des Saints», devancé en cela par son illustre prédécesseur Ibn ‘Arabî (1165 1240). Cette notion anthroposophique, évoquée de façon théorique pour la première fois au IIIe siècle de l’hégire dans le Khorasan par Hakim Al-Tirmidhî - né en 205 de l’hégire (820†) et mort en 320 de l’hégire (932†) - dans son célèbre traité mystique intitulé ختم األولياء ou le Sceau des Saints, qui lui valut d’exil de son pays, désigne précisément ce wârith muhammadî, héritier de l’énergie mystique du Prophète, personnifiant le plus haut rang ésotérique, celui qui marque le parachèvement de la sainteté qu’aurait atteint le Maître Suprême suite à une série de visions vécues à Bejaïa puis à la Mecque où le Sceau des Prophètes en personne l’installe sur le trône de la sainteté parfaite, auréolé d’une lumière luminescente. Cet épisode extraordinaire se reproduit de nouveau six siècles plus tard portant cette fois- ci sidi Ahmed Tidjani (1737-1815) au même magistère divin. Alors âgé de 46 ans, sidi Ahmed Tidjani allait se retrancher dans sa retraite cellulaire dans l’antique cité de Bou Semghoun, implorant l’intercession du Prophète et œuvrant pour sa libération spirituelle à laquelle il finit par accéder. C’est en 1196H/1781, que le Prophète lui-même lui apparaît physiquement dans sa condition glorieuse et sa sainteté parfaite et originelle, en état de veille, lui annonce son élection divine et sa 4 mission auprès de l’humanité et le consacre au rang du vicariat universel. Il le libère de tous ses pactes contractés auprès de ses anciens maîtres, lui ordonne de fonder sa propre voie mystique qui devait être désormais ahmadienne, muhammadienne, hanéfite, abrahamique, et de procéder à l’initiation des chercheurs de vérité en se réclamant directement de l’Envoyé de Dieu sans autre intermédiaire. A la suite à cette vision optique, sidi Ahmed Tidjani aurait revendiqué quelques années plus tard les titres de katmiyya et de khatmiyya « sceau scellé », concepts aux lourdes conséquences métaphysiques. Cet événement eut lieu en l’an 1214H/1799 suite, dit-on, à une téléportation qui aurait permis au saint algérien d’atteindre le mont sacré de ‘Arafat où il accéda au plérôme de la sainteté polaire القطبانية العظمى au mois de Muharram de la même année. Mais qu’en est-il du sceau annoncé par Hakîm Tirmidhî près de mille ans avant l’avènement d’al-Tidjani ? A notre grand regret, les cent cinquante-sept questions posées par le saint-patron de Tirmiz (dans l’actuel Ouzbékistan) ne dévoilent pas l’identité du sceau des saints pas plus que les réponses cryptées données à ce sujet par Ibn ‘Arabî dans ses Eclosions Mecquoises « املكية الفتوحات « ni dans al-jawâb al mustaqîm fîma sa’ala ‘anhu al-hakîm « الحكيم عنه سأل الجواب املستقيم فيام» en dépit de quelques allusions claires faisant de lui-même le sceau des saints aux yeux de ses adeptes tels que Sadr al- Dîn al-Qûnawî et l’Emir Abdelkader al-Djazâ’irî qui consacre la 353ème de ses Haltes à cette épineuse question. Il convient, d’ailleurs, de rendre hommage au cran intellectuel de Hakim Tirmidhî qui posa pour la première dans l’histoire la question osée de khatm al-walâya ou le sceau de la sainteté par syllogisme au principe de khatm al-nubuwwâ ou sceau de la prophétie. Ce Pôle de tous les pôles se situe au summum de la hiérarchie des saints, représenté par le toit de la ka‘aba ou le vingt-huitième niveau spirituellement assisté par les quatre piliers polaires symbolisés par les quatre arkân du temple cubique : l’angle yéménite, l’angle irakien, l’angle syrien et enfin l’angle où se trouve enchâssée la pierre noire qui symbolise le pacte divin que tout fidèle espère pouvoir toucher un jour de ses mains en guise de récapitulation ultime du pacte préexistentiel reliant l’homme à Dieu. On retiendra des affirmations inédites de Hakim Tirmidhî qu’il s’agit d’un khatm ختم pluridimensionnel qui pourrait revêtir plusieurs sens y compris un sens physiologique comme c’est le cas pour khatm al-nubuwwa ou le «Sceau de la prophétie» que le moine nestorien Behîra aurait reconnu sur l’épaule de l’enfant Muhammad situé à contre sens de son cœur organique. Le sceau est la clé de l’univers et le trésor caché qui attire les créatures tel l’aimant attire le fer. Or, bien que le sceau soit un pour toujours, il existe un sceau pour chaque époque. Et c’est bien là tout le problème. De sorte que se hasarder à chercher le sceau des saints équivaudrait à entreprendre de localiser le mystérieux lieu de disparition de l’« Arche d’Alliance » ou encore tenter de prononcer en vain le Tétragramme, nom propre de Dieu inconnu de tous. 5 Dans « l’épître des épîtres » ou al-risâla al-jâmi’a الرسالة الجامعة attribuée aux célèbres «frères de la pureté» ou ikhwan al-safâ répertorié dans le guide de la littérature Ismaélienne d’Ivanov que l’on peut dater du IIème siècle de l’hégire selon la datation syrienne, texte anonyme introduit et propagé en Espagne et au Maghreb deux siècles plus tard par l’astronome et mathématicien andalou al-Mayriti (Picatrix) qui se distingua par sa théorie des sphères et le mouvement des étoiles, on lit à propos de la parousie du Royaume du Médiateur Universel األكرب الناموس صاحب مملكة que l’univers serait au crépuscule d’un vendredi astronomique qui marquerait la fin du signe de la Vierge et le retour de la Balance selon une rotation complète du cosmos au terme duquel le contact serait de nouveau rétabli entre le ciel et la terre. S’agit-il de l’éon qu’Ibn ‘Arabî voit surgir du temple de la Ka‘ba et qu’il qualifie de : vieil éphèbe, parlant et silencieux, ni mort ni vivant, complexe et simple, l’encercleur encerclé, au-delà de l’espace-temps, le septième de la septaine selon la hiérarchie akbarienne ? Beaucoup plus tard, vers la fin du VIIIème siècle de l’hégire, Al-Sharîf al-Jurjânî considère le sceau des saints comme étant la face cachée du sceau des prophètes. Le sceau des saints s’avère être ainsi avec le sceau des prophètes les seuls parmi les hommes qui soient capables de méditer l’unicité du Créateur dans la multiplicité des créatures. Pour sa part, ‘Abd al-Razzâq al-Qâshânî n’ajoute à peu près rien à cette énigmatique notion et se livre à une définition quelque peu abstraite dans son dictionnaire étymologique du soufisme الصوفية اصطالحات معجم en décrivant le khatm comme étant celui qui parvient à parcourir toutes les stations et atteindre l’accomplissement suprême et que, pris dans ce sens, le khâtim pourrait être multipolaire. Or, al-Qâshânî semble dégager de ce lot, multiple et varié de sceaux, un «sceau des sceaux» ou khâtim al-akhtâm األختام خاتم, titre dévolu explicitement au Christ Pantocrator ou à al-Mahdî de la fin des temps. C’est là un élément générique qui sera partagé par d’autres théoriciens du soufisme et de nombreux chroniqueurs à travers l’histoire associant ouvertement ce personnage au cycle eschatologique. C’est le cas d’ibn Khaldoun qui aborde le sceau des saints dans un chapitre qu’il intitule « Sur le Fatimide et les diverses opinions qu’on professe à son sujet ». L’auteur des Prolégomènes rappelle que le khatm (cachet, sceau, bague) compte parmi les emblèmes de la royauté et les marques distinctives de la souveraineté qui permet de valider et d’authentifier les documents officiels pour les rendre exécutoires. D’où la fonction de « garde des sceaux » ou encore diwân al-sâlihîn الصالحني ديوان dont parlent les soufis ce « cabinet des justes » composé de gens uploads/Religion/ tijani-sceau-des-saints.pdf
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Gratuit pour un usage personnel Attribution requise- Détails
- Publié le Apv 30, 2021
- Catégorie Religion
- Langue French
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