Luc FERRY Lettre à tous ceux qui aiment l’école Pour expliquer les réformes en
Luc FERRY Lettre à tous ceux qui aiment l’école Pour expliquer les réformes en cours Xavier DARCOS Claudie HAIGNERÉ Où voulons-nous aller ? Demain, la science [CNDP – CRDP] Les droits perçus sur cet ouvrage par le ministère de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche seront affectés aux actions menées dans le cadre du plan en faveur des handicapés. © ODILE JACOB, PARIS, 2003 © CNDP, PARIS, 2003 Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° a), d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. AVANT-PROPOS Le grand ministère dont nous avons ensemble la charge a pour mission de relever le défi essentiel pour l’avenir culturel, économique et social de notre pays : le défi du savoir et de l’intelligence. Les Français sont profondément attachés à leur école dans laquelle ils réaffirment régulièrement leur confiance. La France dispose d’un potentiel exceptionnel de recherche, et les jeunes, qui supportent de plus en plus mal de voir leur image associée injustement à celle des incivilités, sont tout disposés à s’engager, y compris sur les chemins de la connaissance. Il serait cependant irresponsable de notre part de sous-estimer les difficultés, de ne pas avoir conscience des tensions qui parcourent aujour- d’hui notre système de formation et de recherche. D’autant que ces dernières années ont vu les attentes se multiplier à son égard. Nous avons certes largement gagné la bataille quantitative mais, pour autant, la frac- ture scolaire n’a pas encore été réduite de manière réel- lement significative : fracture entre les élèves bien intégrés et les autres, entre les filières « nobles » et celles 8 A V A N T - P R O P O S auxquelles on n’accorde pas une égale dignité, entre les établissements ou les quartiers plus ou moins favorisés et ceux que l’on préfère trop souvent ignorer, fractures diverses, mais toutes exacerbées par les actes insuppor- tables de violence et d’incivilité… Force est de consta- ter que le souci de « mettre l’élève au centre du système éducatif » n’a pas suffi à les réduire. Il est donc urgent, après avoir analysé les causes principales de ces dys- fonctionnements, d’y apporter les remèdes indispen- sables pour relancer notre système éducatif sur le chemin de la réussite. Notre action s’inscrit bien sûr dans le cadre des mis- sions fondamentales de l’école : instruire, c’est-à-dire transmettre des connaissances et une culture ; éduquer, c’est-à-dire former le futur adulte et le futur citoyen dans une société démocratique ; enfin préparer à la vie professionnelle. Ces objectifs ne peuvent être valable- ment atteints qu’en réduisant les inégalités devant l’école, inégalités qui sont aujourd’hui aggravées par la mise en cause de la légitimité des savoirs scolaires par de trop nombreux élèves. Notre priorité est bien en tout premier lieu de revaloriser les savoirs en leur redonnant sens et autorité. Ce doute n’épargne pas le domaine de la recherche et de l’enseignement supérieur. Si la qualité et le dyna- misme de nos chercheurs sont incontestables, nous n’en sommes pas moins confrontés, comme la plupart des pays occidentaux, à une crise préoccupante des vocations scientifiques. Nous risquons à terme de ne A v a n t - p r o p o s 9 plus avoir les viviers nécessaires pour renouveler les universitaires et les chercheurs qui partiront à la retraite et de ne plus irriguer suffisamment les secteurs de la recherche publique et privée indispensables au déve- loppement et à la richesse de la France. Cette désaf- fection tient sans doute au fait que la science est aujourd’hui davantage associée à la notion de risque qu’à celle de progrès. Une telle situation nous impose de conduire une politique de sensibilisation à la culture scientifique qui devra toucher tous les élèves dès le plus jeune âge. Faut-il rappeler que le manque de culture scientifique risque de produire, si l’on ne réagit pas, des citoyens de seconde zone, incapables de comprendre l’origine et le sens des principales évolutions de notre temps ? Notre démarche sera conforme à celle que le Premier ministre a définie pour l’action du gouvernement : d’abord identifier les principaux points de blocage de la société française, ensuite choisir quelques réformes clés prioritaires en favorisant et en privilégiant les ini- tiatives des acteurs de terrain. Qui peut encore croire au mythe de la « Grande Réforme » ? Nous voulons donner à chaque école, à chaque établissement, à chaque laboratoire de recherche les moyens de mener une politique d’amélioration constante de la qualité du service d’enseignement et de recherche. Nous avons souhaité vous présenter dans ce petit livre les réformes clés que nous avons engagées. À celui d’entre nous qui a la responsabilité de l’ensemble du ministère 10 A V A N T - P R O P O S revenait la mission de tracer le projet global, mais il était aussi souhaitable que chaque ministre délégué précise sa façon personnelle d’envisager ses compétences propres. Notre projet, quelle que soit la cohérence que nous avons voulu lui donner, ne réussira pas sans vous. Il doit faire l’objet d’un large débat avec l’ensemble des acteurs et des partenaires de notre système de formation et de recherche. À cette fin, nous organiserons, au cours des prochaines semaines, des rencontres en régions avec des élus, des parents d’élèves, des enseignants, des jeunes, des responsables économiques, des chercheurs, bref, avec tous ceux qui s’intéressent à la jeunesse, à l’école et à la recherche, avant d’ouvrir un grand débat devant le Parlement avant l’été. Nous comptons beaucoup sur ces échanges pour développer notre action dans un sens qui réponde mieux encore aux attentes qu’ils auront révélées1. Comme l’ont souhaité le président de la République et le Premier ministre, l’objectif de ce débat est bien de réconcilier la société avec la recherche, la Nation avec son école. Luc Ferry Ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche Xavier Darcos Claudie Haigneré Ministre délégué Ministre déléguée à l’Enseignement scolaire à la Recherche et aux Nouvelles Technologies 1. Vous pouvez nous adresser vos réactions, critiques, suggestions et propositions sur le site : education.gouv.fr – Un débat animé et nourri nous permettra de mieux dégager les enjeux en matière d’éducation et de recherche, et les initiatives qu’ils appellent. Luc Ferry LETTRE À TOUS CEUX QUI AIMENT L’ÉCOLE POUR OUVRIR LE DÉBAT Depuis plusieurs mois maintenant, je mets en œuvre des réformes qui couvrent progressivement l’ensemble des secteurs placés sous ma responsabilité. Vous savez, par exemple, que la prévention de l’illet- trisme, la lutte contre la violence scolaire ou encore la valorisation de l’enseignement professionnel consti- tuent pour moi des priorités. Pourquoi ces choix, et plusieurs autres encore, ont-ils été faits ? Comment peut-on les réaliser sur le terrain ? Comment s’articu- lent-ils entre eux pour former un programme cohé- rent, animé d’une réelle ambition ? À ces questions légitimes, je veux vous apporter les réponses que vous êtes en droit d’attendre. Mais je voudrais aussi ouvrir, avec vous, la discus- sion sur les suites et les compléments qu’il convient d’apporter à mon action. Bien qu’ils soient souvent beaucoup plus difficiles qu’on ne le croit à première 14 L E T T R E À T O U S C E U X … vue, rien ne justifie au fond que les problèmes soule- vés par notre école continuent à se traiter seulement entre « spécialistes ». Les questions de la violence dans les établissements, de l’égalité des chances, des compé- tences dévolues aux collectivités, de la mission des enseignants, des objectifs ultimes et du sens de notre éducation sont l’affaire de tous les citoyens et de leurs représentants : quoi de plus naturel que d’en débattre devant le Parlement ? D’ores et déjà, dix réformes de grande envergure s’imposent à nous comme des urgences. Je voudrais d’entrée de jeu les énumérer avant de les justifier par une brève analyse de quelques traits saillants de notre situation actuelle. Ensuite, j’en détaillerai de manière plus approfondie les principaux axes afin que chacun puisse bien comprendre le sens de notre action. 1. Prévenir et combattre l’illettrisme, en commen- çant dès le cours préparatoire. Il est inacceptable, en effet, que près de 15 % des élèves entrant en classe de sixième ne sachent pas correctement lire et écrire. Si l’on ajoute tous ceux qui n’ont pas, en ce domaine, l’ai- sance suffisante pour suivre sans difficulté les ensei- gnements du collège, c’est plus d’un tiers des élèves de sixième qui entrent dans cette classe sans uploads/Science et Technologie/ lettre-a-tous-ceux-qui-aiment-l-x27-ecole-luc-ferry.pdf
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- Publié le Dec 10, 2021
- Catégorie Science & technolo...
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