Action culturelle en milieu scolaire et musiques actuelles Analyse du contexte
Action culturelle en milieu scolaire et musiques actuelles Analyse du contexte francilien et éléments de réflexion pour une intervention des réseaux musiques actuelles Etude réalisée par Franck Michaut, chargé de mission pour le Rif Confédération des réseaux départementaux de lieux de musiques actuelles amplifiées en Ile-de-France Septembre 2007 2 SOMMAIRE Introduction P3 Présentation du RIF et de Peace & Lobe P6 Partie I : Décryptage de l’organisation institutionnelle et contexte francilien P12 1. L’éducation artistique : une compétence interministérielle 1.1. Historique 1.2. Place de l’éducation artistique dans les politiques publiques actuelles 1.3. Les acteurs 1.4. Les enseignement et les dispositifs 1.5. Les passerelles avec la politique de la ville 2. La territorialisation de l’action culturelle en milieu scolaire – le contexte francilien 2.1. Les acteurs déconcentrés des ministères de l’Education Nationale et de la Culture 2.2. Les collectivités territoriales 3. Autres partenaires potentiels pour les acteurs musiques actuelles 3.1. La Ligue de l’enseignement 3.2. Les JMF – Jeunesses Musicales de France 3.3. Le FPEA – Forum Permanent pour l’Education Artistique 3.4. Mécénat et fondations Partie II : Les structures du RIF et le milieu scolaire P65 1. Positionnement des structures du RIF par rapport au champ scolaire. 2. Difficultés et freins recensés 3. Relations avec les acteurs de l’Education Nationale 4. Organisation interne 5. Financements 6. Les actions développées par les structures du RIF 7. Point de vue et suggestions des structures interrogées sur l’implication possible du RIF et des réseaux départementaux 8. Les réseaux départementaux 9. Le cas particulier de Chroma/Zebrock Partie III : Autres actions musiques actuelles repérées en dehors du RIF P88 1. En Ile-de-France 1.1. Banlieues Bleues (Pantin) 1.2. Blues-sur-Seine (Mantes-la-Jolie) 1.3. Les Lycées amplifiés (Communauté d’Agglomération Melun Val de Seine) 2. Hors Ile-de-France 2.1. PNR musiques actuelles de l’Académie d’Amiens 2.2. Francofolies / PNR chanson francophone de l’Académie de Poitiers 2.3. Réseau R.A.O.U.L 2.4. Le Grand Mix (Tourcoing) Conclusion P97 Annexes P108 3 Introduction Le RIF (Confédération des réseaux départementaux de musiques actuelles/amplifiées en Ile-de- France) souhaite s’emparer de la question de l’action culturelle en milieu scolaire1 et compléter ainsi son action dans un domaine où il intervient déjà en diffusant, sur l’ensemble du territoire francilien, le spectacle Peace & Lobe traitant des risques auditifs2. Dans cet objectif, il a mandaté la réalisation de cette étude afin de pouvoir disposer de tous les éléments permettant d’engager une réflexion, au sein de son réseau et avec ses partenaires, sur cette thématique. Si la présence des arts au sein des établissements scolaires reste limitée et fragile, la place accordée aux musiques actuelles3, elle, touche bien souvent au dérisoire. Les préjugés qui poursuivent ces musiques semblent encore particulièrement prégnants au sein de l’Education nationale où certains, notamment parmi ceux chargés de définir et mettre en oeuvre les politiques interministérielles d’éducation artistique, peinent à y voir autre chose que des musiques de jeunes, dont l’étude ne recèlerait pas de vertus pédagogiques suffisantes pour justifier une plus grande place au sein des établissements scolaires. De plus, le grand renouvellement des professeurs de musique auquel nous assistons actuellement ne semble pas avoir les effets escomptés en matière d’ouverture musicale, ceux-ci donnant parfois l’impression de « s’auto-censurer » : même s’ils sont sensibilisés aux musiques actuelles par leurs goûts et leurs pratiques personnelles, les enseignants hésitent souvent à franchir ce que Bruno Parmentier-Bernage appelle « la frontière virtuelle de la bonne moralité musicale »4. Mais les raisons de la faible présence de ces musiques à l’école sont également à chercher au sein du secteur musiques actuelles lui-même. D’un point de vue structurel, les acteurs des musiques actuelles, encore peu reconnus et soutenus par les pouvoirs publics, n’ont bien souvent pas les moyens (humains et financiers) de s’aventurer hors de leurs activités de base (et notamment la diffusion et la répétition). A un niveau plus « idéologique », il est évident que pour un secteur qui s’est construit en partie sur des valeurs d’indépendance et prônant une certaine forme de contre-culture, l’institution scolaire ne paraissait logiquement pas le terrain de jeu idéal. Par ailleurs, les acteurs des musiques actuelles, se targuant de travailler sur des esthétiques « populaires », n’ont pas, à la différence du secteur théâtral, ressenti le besoin impérieux d’ériger l’action culturelle au rang de priorité afin notamment de s’assurer un public complémentaire. Pour poursuivre l’analogie avec le secteur théâtral (de loin le plus actif en matière d’action culturelle dans les écoles), il faut également préciser que les comédiens et metteurs en scène semblent naturellement plus à l’aise avec la notion de transmission que les artistes musiques actuelles, souvent autodidactes et surtout concentrés sur leurs projets artistiques, qu’ils doivent défendre dans le contexte d’une industrie musicale particulièrement concurrentielle. 1 Dans la suite de ce rapport, cette expression sera préférée à l’appellation officielle « éducation artistique et culturelle », la définition qui en est faite par les ministères concernés (cf p 12) nous semblant trop restrictive. Nous limiterons donc l’utilisation de cette expression à l’évocation des dispositifs de l’Etat. 2 Le RIF et l’opération Peace & Lobe sont présentés p 6. 3 L’appellation « musiques actuelles », officialisée par le ministère de la Culture, se définit par défaut : elle regroupe tous les genres autres que les musiques « classiques » et « contemporaines » (autrement dit, les musiques dites « savantes ») et comprend donc aussi bien les dérivés du rock, que le jazz, les musiques électroniques, traditionnelles et du monde ou encore le rap. Cette appellation est loin de faire l’unanimité et beaucoup d’acteurs lui préfèrent celle de « musiques électro-amplifiées », introduite par le sociologue Marc Touché pour désigner « un ensemble de musiques et de pratiques sociales qui utilisent l’électricité et l’amplification sonore comme éléments majeurs ». 4 In « Les musiques actuelles à l’école – du negro-spiritual au rap », Ed. Magnard, 2000. 4 Pourtant il parait aujourd’hui souhaitable et nécessaire que le secteur musiques actuelles se positionne sur cette question, et ce pour plusieurs raisons : - De manière générale, les lieux de diffusion musiques actuelles semblent confrontés depuis plusieurs années à une fréquentation incertaine, voire problématique, et ils ne peuvent par conséquent faire l’économie d’un travail de renouvellement des publics. - L’enjeu est également de lutter contre le formatage toujours plus important provoqué par la concentration des médias et de l’industrie du disque, les jeunes (notamment) devant faire face à un matraquage commercial qui ne leur laisse entrevoir qu’une infime partie du spectre musical, bien éloignée des artistes et esthétiques défendus par les structures musiques actuelles dont il est question ici5. Il faut d’ailleurs signaler que la confusion entre les musiques dont les médias inondent les jeunes et celles encadrées et diffusées par les lieux de diffusion constitue un obstacle supplémentaire à une plus large introduction des musiques actuelles à l’école. Beaucoup considèrent (prétextent ?) en effet que ces musiques imprègnent déjà largement le quotidien des élèves et qu’il serait donc inutile de les appréhender également en classe. Il nous semble au contraire primordial de ne pas laisser les enfants et les adolescents « seuls » face à ce flot musical que bien souvent on leur « impose », de leur fournir des grilles d’écoute et d’analyse, des repères leur permettant de s’ouvrir à la diversité des musiques dites « actuelles » (qui soit dit en passant, on déjà pour certaines une histoire vieille de plus d’un siècle). - L’action culturelle en milieu scolaire rejoint certaines valeurs défendues par le secteur musiques actuelles – et plus généralement par les mouvements d’éducation populaire dont sont issus nombre d’acteurs de ce secteur – à commencer par la poursuite de l’objectif de démocratisation culturelle : alors que les dernières études sur les pratiques culturelles des français confirment que les politiques culturelles ne touchent qu’une minorité, celle qui détient généralement un capital socio-éducatif élevé6, quel meilleur endroit que l’école pour lutter contre ce phénomène d’exclusion culturelle ? Sans imaginer que cela puisse résoudre tous les problèmes, l’action culturelle en milieu scolaire représente en tout cas un moyen unique pour toucher toute une classe d’âge en même temps. Au-delà de l’exclusion culturelle, la présence des disciplines artistiques à l’école est un moyen de lutter contre l’exclusion tout court : facteur d’enrichissement et d’épanouissement personnel, elle favorise la prise de conscience de l’enfant/adolescent en ses capacités. Une étude récente7 montre que les élèves en difficulté scolaire parviennent mieux à s’exprimer au sein d’un groupe lors d’actions culturelles. Dans le meilleur des cas, l’éducation artistique aurait même un impact bénéfique sur les résultats scolaires (même s’il faut veiller à ne pas réduire la question des arts à l’école à cette seule dimension « utilitariste »). - Enfin, l’enjeu est stratégique car l’action culturelle, particulièrement en milieu scolaire, semble prendre de plus en plus d’importance aux yeux des partenaires institutionnels du secteur culturel (même si les moyens ne suivent pas toujours les discours comme nous aurons l’occasion de le constater). Pour ne pas être (encore plus) marginalisés, les acteurs musiques actuelles ont donc tout intérêt à développer des actions en la matière et uploads/s3/ action-culturelle-en-milieu-scolaire-et-maa.pdf
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- Publié le Mar 29, 2021
- Catégorie Creative Arts / Ar...
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