LE PRONOM ON EN FRANÇAIS ET S E S ÉQUIVALENTS EN ROUMAIN PAVEL BENEŠ Après avoi

LE PRONOM ON EN FRANÇAIS ET S E S ÉQUIVALENTS EN ROUMAIN PAVEL BENEŠ Après avoir examiné le sujet indéterminé dans les „Souvenirs“ de Creangǎ (B., S. I.)1 et après avoir constaté l'existence du sens général de la première per- sonne du singulier (B., S. G.), nous voudrions relever de nouveau l'utilité des travaux où se comparent des équivalents syntaxiques de diverses langues. Le procédé est avantageux tant du point de vue théorique qu'il l'est pour la prati- que; il prête les diverses possibilités de traduction en langues respectives. En cherchant les équivalents, le traducteur s'approche, peut-on dire, le plus près de la réalité extralinguistique. On pourrait affirmer qu'il s'y approche davantage que l'auteur de l'original. A cette occasion, on se rappelle une idée de Marx- Engels que l'on rencontre — chose surprenante — dans le Manifeste.2 En traitant de l'influence de la philosophie française sur les philosophes allemands, ils disent que ceux-ci s'appropriaient la philosophie française de la manière par laquelle on s'approprie une langue étrangère par la traduction.3 L'analyse des moyens qui correspondent à on en français est, à ce point de vue, très instructive. Ce qui veut dire qu'on va utiliser, dans le présent article, un original et une traduction, et cela une œuvre roumaine traduite en français, celle de Ion Creangǎ: Souvenirs d'enfance (C). Le programme du présent article comporte les points suivants: 1° a) personnes déterminées et indéterminées, b) une pluralité indéterminée de personnes, c) outil grammatical, 1 L'explication des abréviations: A. Ayer C, Grammaire comparée de la langue française, Paris 1900, 4e édition. B., S. G. Beneš P., Le sens général de la première personne du singulier, SPFFBU XII, 1962, A11. B., S. I. Beneš P., Le sujet indéterminé dans les „Souvenirs“ de Creangǎ, SPFFBU XI, 1962, A 10. C. Creangǎ I., Souvenirs d'enfance, Paris 1947. Traduit par Y. Auger (Bucarest 1953, La revue roumaine VII, traduction anonyme). W . Weerenbeek B. H. J., Le pronom „on“ en français et en provençal, Amsterdam 1943. 2 Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti Communiste. Paris 1954. 3 „Ils se les approprièrent comme on fait d'une langue étrangère, par la traduction.“ Ouvrage cité, p. 53. 171 2° on en tant qu'équivalent a) des formes personnelles en roumain, b) de la forme pronominale en roumain, c) de: omul oamenii; cine, cineva; vorba ceea; supin, gérondif et de diverses constructions, 3° évolution: nom > pronom indéfini, conclusion: interaction et interdépen- dance de la forme, de la signification et de l'incorporation syntaxique; atmosphère du caractère indéterminé. I „Il n'y a peut-être pas de terme français qui soit d'un usage aussi fréquent que le pronom indéfini on.“ (W. p. 4). Quoiqu'il y ait, d'après la statistique.3a des termes plus fréquents, on est néanmoins surpris de sa grande fréquence dans les .Souvenirs. Au fond, nous n'allons examiner que deux aspects de ce ternie, à savoir ce que ce dernier peut signifier et comment s'est développé un pronom indéfini d'un nom à sens „homo“. Or, nous ne voulons pas résoudre la question de son origine sur laquelle les opinions sont partagées. Les uns sont convaincus qu'il s'agit d'une continuation de homo latin (on ne pense pas ici à l'étymologie, seule- ment à l'usage syntaxique), les autres cherchent son origine dans man germani- que en soulignant le parallélisme des deux. La monographie de Weerenbeck (W., p. 4) s'efforce, dans son ensemble, de prouver que le pronom on ne put évoluer qu'en français. Il y avait des conditions spéciales qu'on n'a pas vues dans les autres langues romanes (seulement en Italie, en partie) ou dans les langues slaves. Nous constatons que p. ex. omul en roumain ou člověk en tchè- que peuvent avoir la valeur d'un sujet indéterminé, mais ces formes-ci n'ont pas évolué en un instrument si commode et fréquent comme l'est on en français. Nous connaissons non seulement les différentes significations de on, lesquelles sont bien démontrées dans l'ouvrage de Weerenbeck cité plus haut, mais aussi ses différentes formes: on et l'on. Dans le français parlé, on n'emploie plus l'on, mais celui-ci apparaît dans la langue littéraire. Ici même, il est moins fréquent que ne Test on. Dans la langue littéraire, l'on est employé surtout après et, ou, que et si, mais on ne l'emploie pas si le mot suivant commence par 17. Il est évi- dent que c'est l'harmonie ou la cacophonie qui en décide. Les grammairiens ne sont pas d'accord si l'on peut remplir la fonction de nom. Ayer le croit (A., p. 453) et parle même de l'on qui a le sens de „l'homme en géné- ral“, c'est-à-dire du sujet que l'on connaît en tchèque, et il cite entre autres les exemples suivants: l'on hait avec excès, lorsque l'on hait un frère (Racine); l'on peut avoir la confiance de quelqu'un, sans en avoir le cœur (La Bruyère) (W., 6). 3a Gougenheim, Michéa, Rivenc, Sauvageot, L'élaboration du français élémentaire. Paris 1956, p. 63. 172 Mais Nyrop et Weerenbeck n'acceptent pas la valeur générale (W., 7). A l'avis de Weerenbeck, ce pronom s'appelle substantif parce qu'il n'apparaît que dans la situation de sujet. En effet, il faut relever le fait que ce pronom ne peut figurer que comme le sujet de la proposition; il ne peut pas devenir nom prédicatif. complément ou apparaître après une préposition. Quant au genre, on a la valeur du sujet masculin, p. ex.: on est content, quand on a ce que l'on désire. Le pronom réfléchi est aussi de la troisième personne du singulier: on s'excuse toujours; on s'excuse soi- même: on pense d'abord à soi. L'adjectif possessif de même: on ne reconnaît que difficilement son ignorance (W.. p. 8). On est parfois considéré comme un pronom p e r s o n n e 1. Même s'il s'agit d'un sujet indéterminé, celui-ci est toujours représenté par une personne ou plu- sieurs personnes, p. ex. on est venu nous faire une visite. Mais la personne ou les personnes ne sont jamais nommées; le pronom les désigne seulement comme les êtres vivants. On emploie on si le sujet n'est pas autrement connu ou si l'on ne veut pas l'exprimer plus clairement, p. ex.: on m'a dit que vous avez bien travaillé (W., 8). Ce qui est le plus surprenant, c'est que le pronom i n d é f i n i peut être em- ployé comme sujet d é t e r m i n é , p. ex.: attendez un moment, on est à vous (= je suis à vous); on est content, n'est-ce pas? (= tu es content ou vous êtes content); comme on est à l'aise ici (= comme nous sommes à l'aise ici) (W., 8). Il faut encore noter que ce on, qui est grammaticalement du genre masculin et du singulier, peut régir un adjectif prédicatif au féminin ou au pluriel, p. ex.: quand on est belle, on ne l'ignore pas; on est égaux, quand on s'aime (W., 9). A. On en f o n c t i o n de p e r s o n n e a) La première personne du singulier. Le type on y va pour j'y vais appartient au langage parlé, mais il se trouve aussi dans la langue littéraire, p. ex.: il suffit que l'on est contente du détour dont s'est adroitement avisé votre amour, et que, sous la figure où le respect l'engage, on veut bien se résoudre à souffrir son hom- mage, pourvu que ses transports, par l'honneur éclairés, n'offrent à mes autels que des vœux épurés (Mol. F. sav., 313) (W.. 10). Cet on s'appelle on de mo-destie et se lit souvent dans les préfaces. Le contraire en est on de vanité. b) La deuxième personne du singulier. L' exemple on est coulent, n'est-ce pas, ayant la signification de „tu es content. . .“, fut déjà cité. Selon Brunot, dont l'opinion accepte aussi Weernebeck (W., p. 14), on est employé pour tu quand on s'adresse (surtout dans les familles de bourgeoisie) aux enfants, p. ex.: on a été sage à l'école? c) La troisième personne du singulier. On s'emploie pour il, elle et apparaît dans les situations où il s'agit de personnes connues à tout le monde qu'on ne veut 173 pas nommer en parlant d'un ton confidentiel et en faisant des allusions, p. ex.: vous avez vu le bonhomme? qu'est-ce qu'on voua a dit — allez donc trouver la belle, vous verrez bien ce qu'on vous dira (W., p. 15). d) La première personne du pluriel. On pour nous s'emploie analogiquement comme on pour je. Les grammairiens sont d'accord que on pour nous est surtout populaire et dialectal, p. ex.: on est bien ensemble nous deux; nous, on se marie (W., 12). On trouve des témoignages anciens et parfois mixtes, p. ex.: on le blasmames (W., p. 11). e) La deuxième personne du pluriel. On est content, qui semble être imper- sonnel, peut signifier aussi „Etes-vous content?“ (en vouvoyant) ou „Etes-vous contents?“ (au pluriel). Nous citons avec Weerenbeck (W., 16) un exemple de Molière: que voulez-vous de moi? je veux que uploads/s3/ le-pronom-on-en-francais-et-ses-equivalents.pdf

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