Lettre d’un ancien élève Cher Lycée Paul Bert, Si je t’écris aujourd’hui c’est
Lettre d’un ancien élève Cher Lycée Paul Bert, Si je t’écris aujourd’hui c’est pour te faire part de mon expérience en tes murs. J’espère qu’exprimer mes ressentis quant à mon expérience partagée avec toi te permettra d’évoluer dans le meilleur sens du terme, pour le bien-être des élèves que tu formes bien sûr, mais aussi pour celui de tout le personnel qui te compose. J’ai passé trois années de ma vie chez toi, de 2004 à 2007, en tant qu’élève de BEP vente et de première année de bac pro vente. Quand je suis arrivé, j’étais alors âgé de 16 ans, et j’étais doté du physique le plus ingrat qu’il soit pour un adolescent de cet-âge. Ce qui est normal, me diriez-vous. Ce qui l’était moins, c’est que mon prof de sport de l’époque (Monsieur Bigot) me le rappelait sans cesse en me traitant de gros. Mais bref, passons. Comme beaucoup d’adolescents, je suis arrivé en tes murs en étant tout particulièrement paumé, cher ancien lycée. Ne te volons pas les honneurs que tu mérites, tu m’as permis de découvrir l’univers de la vente, et de me rendre compte que ma personnalité et mes ambitions n’étaient absolument pas en adéquation avec cette formation que tu me proposais. Là où, par contre, je garde une certaine rancœur à ton égard Ancien Lycée, c’est au sujet de ta méthodologie éducative et ton projet d’éducation global qui je trouve, avec un peu de recul, sont absolument désastreux. Je risque de te blesser, mon cher ancien lycée, mais pour ton bien tu dois entendre ce que j’ai à te dire. Je me suis senti oppressé en tes murs. Le sentiment désagréable de se sentir conditionné d’une façon brutale et sans aucune finesse à rentrer dans le rang. En psychologie, on appelle ça le béhaviorisme, ou encore le conditionnement opérant. Un système simple (bonne action = c’est normal, mauvaise action = punition) qui a su faire ses preuves en tant que méthodologie éducative primaire et non-optimale tout au long de l’histoire. Tu me faisais me sentir nul. Que je m’estime déjà heureux d’être là, c’est une chance inouïe d’être ici (alors qu’à 16 ans, on sait déjà que c’est pas bien gratifiant d’aller en BEP par rapport aux copains qui vont en seconde), pourtant je suis prêt à parier que pour beaucoup d’élèves de sections pros sont là non pas par choix mais parce que justement ils n’ont pas le choix. Vous ne m’avez pas aidé à surmonter ce premier échec, bien au contraire. Je me suis sentis « fliqué », en l’attente d’une faute pour appliquer cette politique que je jugeais à l’époque trop rigide (et qui l’est toujours). On enfreint le règlement, ça gueule, et on mange un nombre d’heures de colles (ou de « rattrapages ») astronomique qui viennent s’accumuler à un nombre déjà bien conséquent. D’un autre côté, sans cette vision que je qualifierais de spéciale, pour rester poli, je n’aurais jamais développé une certaine forme de phobie scolaire, n’aurais jamais eu la force et le culot de m’enfuir et de devenir ce que je suis. J’aimerais vraiment que tu m’expliques, cher lycée, les fondements éducatifs de ce système. Préparer les jeunes au monde de l’entreprise ? Excuse remarquable, pourtant aujourd’hui je ne connais aucune boîte qui fait rattraper les heures de boulot qui sont manquées, ou du moins d’une façon aussi intensive et poussée. Mais c’est le règlement. Il faut l’appliquer. Toujours appliquer ce bon vieux règlement. Sans discours, sans dialogue, juste se contenter d’appliquer. Ou de recopier pour encore mieux l’intégrer, pour toujours mieux le mémoriser, et donc l’appliquer à la lettre. Je suis triste quand je pense à toi, Lycée Paul Bert. De tous mes anciens camarades qui sont passés chez toi, aucun n’est réellement fier d’y être allé. Alors je suis conscient, certes tu ne récupères pas que des jeunes réputés pour être facile, loin de là, mais est-ce pour autant une raison pour être d’une telle médiocrité ? N’est-ce pas ton rôle, ta mission, ta raison d’être, que de contribuer à l’éducation et d’armer aux mieux les jeunes face à l’avenir ? Amertume et sentiment de gâchis. « Système éducatif », un terme qui qualifie aujourd’hui quelque chose qui n’existe pas, sauf dans les discours : c'est un assemblage de personnes et d'institutions qui font, qui doivent faire ce qu'elles peuvent, parfois autour de projets et d'idées mais plus généralement le nez dans le guidon et sans grande lucidité. Ingrat métier que d’être professeur de nos jours. Entre un manque de reconnaissance flagrant et affligeant (tant au niveau de l’Etat que dans les rapports parents / personnel pédagogique) et des élèves de plus en plus difficiles, j’admire tous ces gens qui font de leur quotidien un combat, qui ne baissent pas les bras et qui luttent, avec leurs moyens, à leur échelle, pour former une génération future capable de bâtir un monde meilleur. Montre moi que tu contribue à cela toi aussi, lycée Paul Bert. Tout n’est pas sombre en tes murs pourtant. J’y ai rencontré des gens biens, et des professeurs dotés d’un réel don pour la profession (Monsieur Simon, Madame Martin anciennement madame Delbouys, madame Queraud ou encore monsieur Pistouley, pour ne citer qu’eux). Des professeurs qui m’ont fascinés (parfois malgré eux), m’ont fait ressentir qu’ici, je n’étais pas à ma place. Mon expérience en tant que lycéen n’est pas mauvaise sur toute la ligne. Après ce passage chez toi, j’ai été accepté au lycée Largenté. Etrange phénomène relevé en bac techno, ce sont les anciens élèves de BEP, réputés pour avoir un niveau plus faible, qui se sont retrouvés en tête de classe. Sûrement dû au conditionnement précédemment effectué. On m’a répété que j’étais une merde. Croyez-moi qu’en arrivant la bas je n’avais qu’une envie : tout défoncer, et faire partie de l’élite, des premiers. Et j’y suis finalement arrivé. J’ai décroché mon bac STG, avec en prime une mention. L’expérience pédagogique dont j’ai bénéficié la bas a été absolument formidable, un contraste parfait avec ce que j’ai pu ressentir chez toi Paul Bert. Là ou certains m’ont jugé comme étant un cas irrécupérable, d’autres ont plus sagement décidé de me tendre la main, de me laisser une chance, de m’orienter d’une façon pédagogique subtile et déterminée vers la réussite. Aujourd’hui, je suis en troisième année de fac à Bordeaux. Mon double-cursus me permet d’étudier la psychologie et la sociologie en même temps. Un certain attrait pour les Sciences de l’Homme, me direz-vous. J’espère devenir psychologue clinicien développemental. Ce psy qui récupère des ados en difficulté, ados que tu peux, bien malgré toi mon cher lycée, briser et qu’il faut donc réparer. Si j’ai ressenti le besoin de t’écrire tout ça aujourd’hui, c’est pour qu’en plus de me soulager et de te permettre de t’améliorer, il fallait absolument que je te parle. De mon petit frère, Nicolas. Un gosse excentrique à souhait, le parfait opposé de qui j’étais à son âge. Grande gueule, adorant faire le clown, mais franchement pas méchant. Si je t’écris tout ça aujourd’hui, c’est parce que malgré mes mises en gardes répétées, il a quand même réussi à échouer en tes murs. Belle illustration des névroses liées au processus d’adolescence, passage obligatoire pour chacun d’entre nous. Cher lycée je te le demande et je t’implore, ne commets pas les mêmes erreurs que tu as pu faire avec moi. Sois moins maladroit, ne lui brise pas malencontreusement ses petites ailes. Je te l’ai pardonné pour moi mais pour lui, je ne le supporterais pas. Montre-moi que toi aussi tu as appris de tes erreurs, qu’il y a encore de l’espoir et que tu as su rectifier le tir. Pour terminer, mon cher ancien lycée, j’aimerais que cette lettre reste un peu secrète. Parce que, tu comprends, mon frère a peur qu’avec de tels aveux il en subisse les répercutions au quotidien. Parce que ma mère, comme toute maman, préfèrerait que je ravale ma couleuvre pour ne pas qu’on s’acharne sur son petit protégé. Par contre, je vais quand même la transférer en main propre à l’ensemble à l’équipe pédagogique restante et que j’ai côtoyé, au lycée Largenté car je leur suis redevable, ainsi que part e-mail, suite à l’incapacité de pouvoir le contacter, à monsieur Bechour, le directeur d’établissement. Ne vois pas en cette démarche une attaque ou quelconque agression. Je vise, en contribuant à ma façon, à apporter un avis qualitatif sur l’expérience et les ressentis profonds des anciens élèves, c’est toujours bon à prendre. Qui plus est, on m’a appris, après mon séjour chez vous, que les erreurs ne sont pas des fatalités en soit mais des paliers d’apprentissage, des expériences vécues dont nous devons tous tirer des leçons, pour éviter de les reproduire et ainsi donc avancer. Je compte sur toi, saches me montrer que j’ai raison de te faire une ultime fois confiance, et qu’à propos de la perle de ma vie, à propos de mon frère, tu donneras le meilleur de tes capacités pour en uploads/Geographie/ lettre-ouverte-lycee-paul-bert.pdf
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- Publié le Mai 19, 2021
- Catégorie Geography / Geogra...
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