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A UN GENTILHOMME RUSSE SUR L'INQUISITION ESPAGNOLE S & a ÎLE «EOTTS àJ, LE DLLîlSi'j'iaS • J. B. PÉLAGAUD ET Cie, IMPR. LIBRAIRES, DE K. S. I». LE PAPE. PAIMS , l»uc «les Saints-Père», 37. lté|.Oi elies Alluiiji. L V O V , C r a i i i l c I U C J l l r r o i c r o , 50. LETTRES sun L'INQUISITION ESPAGNOLE LETTRES A U N GENTILHOMME RUSSE SUR L'INQUISITION ESPAGNOLE PAll LE COMTE L DE MAISTRE. H. PÉLAGAUD FILS ET ROBLOT, LIBRAIRES-ÉDITEURS DE L'ARCHEVECHÊ DE LYON. LYON, G r a n d e r u e M e r c i è r e . 48. PARIS, R u e d e T o u r n o u , 5, ÉCRITS LONGTEMPS AVANT L'OUVRAGE , PAU UN II0M9S QUI N'ÉTAIT PAS PRÊTRB. « Tons les grands hommes ont été intolé- « rants, et il faut Vêlre. Si Ton rencontre sur « son chemin un prince débonnaire, il faut lui « prêcher la tolérance, afin qiC il donne dans « le piège, et que le parti écrasé ait le temps « de se relever par la tolérance qu'on lui ac- « corde, et d? écraser son adversaire à son tour. vj P R É F A C E . « Ainsi le sermon de Voltaire, qui rabâche sur « la tolérance, est un sermon fait aux sots ou « aux gens dupes, ou à des gens qui n'ont aucun « intérêt à la chose. » Correspondance (le Grimm, 1er juin 1772, lr partie, tome / / , pages 242 el 243, dites A UN GENTILHOMME RUSSE S l ' n iL^a£î(Q^rasaîîacDST BOÏP&QHHDILIB L E T T R E P R E M I È R E . ilïcusuur h (fHomtc, J'AI eu le plaisir de vous intéresser, et même de vous étonner, en vous parlant de Tlnquisition. Cette fameuse institution ayant été entre vous et moi le sujet de plu- sieurs conversations , vous avez désiré que récriture fixât pour votre usage, et mît dans l'ordre convenable, les différentes réflexions que je vous ai présentées sur ce sujet. Je m'empresse de satisfaire votre désir, et je. sai- sirai celte occasion pour recueillir et mettre sous vos yeux un certain nombre d'autorités qui ne pouvaient vous être citées dans une simple conversation. Je commence , sans au- tre préface , par l'histoire du tribunal. Il me souvient de vous avoir dit en général que le monument le plus honorable pour l'Inquisition était précisément le rapport of- ficiel en vertu duquel ce tribunal fut sup- primé , en Tannée 1812, par ces Cortès, de philosophique mémoire, qui, dans l'exercice passager de leur puissance absolue, n'ont su contenter qu'eux-mêmes (1). Si vous considérez Tésprit de cette assem- (1) Informe sobre el Tribunal de la Inquisition con el projecto de decreto acerca de los Iribunales pro- i colores de la religion , presentado a las Cor tes gé- nérales y extraordinarias por la comision de consti- tution : mandado imprimir de orden de S. M. ( Ceci n'est pas clair. ) Cadix, 1812. blée, et en particulier celui du comité qui porta la parole, vous conviendrez que tout aveu favorable à l'Inquisition , et parti de cette autorité, ne souffre pas de réplique rai- sonnable. Quelques incrédules modernes, échos des» Protestants, veulent que saint Dominique ait été l'auteur de l'Inquisition, et ils n'ont pas man- qué de déclamer contre lui d'une manière furieuse. Le fait est cependant que saint Do- minique n'a jamais exercé aucun acte d'in- quisiteur , et que l'Inquisition, dont l'origine remonte au concile de Vérone, tenu en 1184(1), ne fut confiée aux Dominicains qu'en 1233, c'est-à-dire douze ans après la mort de saint Dominique, L'hérésie des Manichéens, plus connus dans nos temps modernes sous le nom S*Al- (t) Flcury, liisloirc ecclésiastique, Livre LXXIIl t n° UV. bigeois , menaçant également dans le dou- zième siècle l'Eglise et l'état, on envoya des commissaires ecclésiastiques pour rechercher les coupables; ils s'appelèrent de là inquisi- teurs. Innocent III approuva l'institution en 1204. Les Dominicains agissaient d'abord comme délégués du pape et de ses légats. L'Inquisition n'étant pour eux qu'une appen- dice de la prédication, ils tirèrent de leur fonction principale le nom de Frères-Prê- cheurs , qui leur est resté. Comme toutes les institutions destinées à produire de grands effets, l'Inquisition ne commença point par être ce qu'elle devint. Toutes ces sortes d'in- stitutions s'établissent on ne sait comment. Appelées par les circonstances, l'opinion les approuve d'abord; ensuite l'autorité, qui sent le parti qu'elle en peut tirer, les sanctionne et leur donne une forme (1). C'est ce qui (1) C'est ainsi, par exemple, que s'établirent les aca- démies des sciences de t ans et de Londres. Celles qui ont commencé par des édits ne sont pas à beaucoup fait qu'il n'est pas aisé d'assigner l'époque fixe de l'Inquisition, qui eut de faibles commen- cements , et s'avança ensuite graduellement vers ses justes dimensions, comme tout ce qui doit durer; mais ce qu'on peut affirmer avec une pleine assurance, c'est que XInqui- sition proprement dite ne fut établie légale- ment , avec son caractère et ses attributions 7 qu'en vertu de la bulle Ille humani generis, de Grégoire IX , adressée au provincial de Toulouse, le 24 avril de l'année susdite 1233. Du reste, il est parfaitement prouvé que les premiers inquisiteurs, et saint Dominique surtout, rùopposèrent jamais à Vhêrèsie êCaiu très armes que la prière, la patience et F in- struction (1). près aussi légitimes, et n'ont jamais présagé les mêmes succès. (1) No opuseron ( los inquisitoires) a los lxereges ottras armas que la oracion, la paciencia, y la instruc- tion; cnlro ellos, S. Domingo, come lo asseguran los Bolandos, y los padres Echard et Tourmi. (Vie de saint Dominique, pag. 20.) Voyez l'Encyclopédie mé- Vous voudrez bien , monsieur , observer ici, en passant, qu'il ne faut jamais con - fondre le caractère, et, s'il est permis de s'exprimer ainsi, le génie primitif d'une in- stitution quelconque, avec les variations que 'es besoins ou les passions des hommes la forcent à subir dans la suite des temps. L'In- quisition est, de sa nature, bonne. douce et conservatrice : c'est le caractère universel et ineffaçable de toute institution ecclésiastique : vous le voyez à Rome et vous le verrez par- tout où l'Eglise commandera. Mais si la puis- sance civile, adoptant cette institution, juge à propos, pour sa propre sûreté, de la rendre plus sévère, l'Eglise n'en répond plus. Vers la fin du quinzième siècle, le Ju- tholique, article Dominicains et article Inquisiteurs, Ira- duits ici mot à mot par le rapporteur du comité, et le Dic- tionnaire historique de Feller, article saint Dominique, etc., etc. Il paraît que le rapporteur se trompe ici en plaçant saint Dominique au nombre des inquisiteurs. Mais suivant ses aveux mêmes, peu importe. dai'sme avait jeté de si profondes racines en Espagne, qull menaçait de suffoquer entiè- rement la plante nationale. Les richesse*: des judaïsants, leur influence, leurs allian ces avec les familles les plus illustres de la monarchie, les rendaient infiniment redcu* tables : c'était véritablement une nation rcn. fermée dans une autre (1). Le Mahométîsme augmentait prodigieuse ment le danger ; l'arbre avait été renversé en Espagne, mais les racines vivaient. 11 s'agis- sait de savoir s'il y aurait encore une nation espagnole ; si le Judaïsme et l'Islamisme se partageraient ces riches provinces ; si la superstition , le despotisme et la barbarie remporteraient encore cette épouvantable vic- toire sur le genre humain. Les Juifs étaient à peu près maîtres de l'Espagne ; la haine ré- ciproque était portée à l'excès ; les Cortès de- (1) Por la rigueza e poder, que gozaban, y por sus enlaces con las familias mas ilustres y dislù.* mandèrent contre eux des mesures sévères. En 1391, ils se soulevèrent, et Ton en fit un grand carnage. Le danger croissant tous les jours, Ferdinand-le-Catholique n'imagina, pour sauver l'Espagne , rien de mieux que l'Inquisition. Isabelle y répugna d'abord, mais enfin son époux remporta, et Sixte 1Y expé- dia les bulles d'institution, en l'année 1478. (Ibid. pag. 27.) Permettez, monsieur, qu'avant d'aller plus loin, je présente à vos réflexions une observa- tion importante : Jamais les grands maux po- litiques, jamais surtout les attaques violente t portées contre le corps de F Etat, ne peuvens être prévenues ou repoussés que par des moyens pareillement violents. Ceci est au rang des axiomes politiques les plus incontestables. Dans tous les dangers imaginables, tout se réduit à la formule romaine : Videant cousu- guidas de ta monarquia era verdadamcnte un pue- bto inclaido in otro pucbto, etc. Ibid. pag. 55. les, ne respublica detrimentum capiat (1). Quant aux moyens, le meilleur ( tout crime excepté) est celui qui réussit. Si vous pensez aux sévérités de Torquemcida , sans songer à tout ce qu'elles prévinrent, vous cessez de raisonner. Rappelons-nous donc sans cesse cette vé- rité fondamentale : Que VInquisition fut, dans son principe uploads/Geographie/ lettres-sur-l-inquisition-espagnole-de-maistre-joseph.pdf

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