La polyphonie dans l’oeuvre de Camus : de l’unit´ e ontologique ` a la fracture

La polyphonie dans l’oeuvre de Camus : de l’unit´ e ontologique ` a la fracture discursive Sylvie Arnaud-Gomez To cite this version: Sylvie Arnaud-Gomez. La polyphonie dans l’oeuvre de Camus : de l’unit´ e ontologique ` a la fracture discursive. Literature. Universit´ e Michel de Montaigne - Bordeaux III, 2008. French. <tel-00349833> HAL Id: tel-00349833 https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00349833 Submitted on 4 Jan 2009 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destin´ ee au d´ epˆ ot et ` a la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publi´ es ou non, ´ emanant des ´ etablissements d’enseignement et de recherche fran¸ cais ou ´ etrangers, des laboratoires publics ou priv´ es. UNIVERSITÉ MICHEL DE MONTAIGNE - BORDEAUX III École doctorale :Montaigne Humanités Sylvie Gomez THÈSE pour obtenir le grade de docteur ès lettres de l'Université Bordeaux III LA POLYPHONIE DANS L'ŒUVRE DE CAMUS : DE L'UNITÉ ONTOLOGIQUE À LA FRACTURE DISCURSIVE TOME 1 Jury : Mme Martine MATHIEU-JOB M. Jeanyves GUÉRIN M. Michel JARRETY M. Dominique RABATÉ, directeur REMERCIEMENTS Je remercie Dominique Rabaté pour les conseils efficaces et concis, les exigences motivées par un perfectionnisme qui conduit au meilleur de soi-même. Les rendez-vous réguliers, la ponctualité, la fiabilité, la précision pointilleuse des relectures, la lucidité, le respect discret et sincère du travail en cours et les suggestions pertinentes, justes et congrues ont agréablement balisé mes recherches perçues dès lors comme passionnantes. Je remercie Martine Mathieu-Job qui m'a chaleureusement accueillie, qui a commencé avec moi ce parcours avant de me présenter, parce que son destin professionnel l'appelait au- delà de la Méditerranée, celui avec qui j'ai poursuivi et terminé. Je remercie tous mes proches qui, dès le début, ont été à mes côtés, confiants, sereins, efficaces, exigeants aussi. Je remercie également ceux que la vie a éloigné de moi. Dans les heures d'agréable fatigue liée à un temps d'écriture intense, je griffonnais des remerciements. J'associais ainsi, dans le silence et la solitude de ce travail ceux qui restent dans l'ombre mais qui réconfortent par leur patience et leur générosité. Ceux qui m'ont prêté un bureau silencieux dans des maisons de vacances remplies par les rires des enfants. Celui qui a lu et relu, qui a tapé, classé, rangé, qui a fait des vérifications, des commandes… Merci particulièrement à Jean Peyratout pour sa précieuse assistance informatique. Merci à mon père pour m'avoir transmis le désir insatiable de rechercher une vérité alors même qu'on sait qu'elle n'existe pas mais que le plaisir est dans la discussion, l'exploration, les confrontations parfois houleuses et enflammées, toujours ultimes, sans cesse réitérées. Merci à ma mère – même si elle n'est plus là pour m'entendre – de m'avoir offert, incidemment, ce sujet de thèse et de m'avoir légué la patience tranquille, l'opiniâtreté, le goût du travail bien fait. 3 4 PRÉLUDE « Que faisons-nous d'autre – mais c'est à notre insu, alors que ni Burton ni Montaigne ne l'ignorent –, nous qui croyons ne donner à entendre que notre voix singulière, que nous exprimer avec nos mots, comme s'ils appartenaient à nous seuls, que reprendre des manières de penser, de juger de ceux qui nous ont marqués ? Combien de fois me suis-je surpris à parler avec la même intonation que l'un de mes maîtres, à prendre des décisions subites juste pour le plaisir de contredire ma mère, malade de l'hésitation, et à marcher comme elle, à petits pas, comme pour rester à ses côtés ou, encore, à mettre mes coudes sur la table pour embêter une grand-mère sourcilleuse quant à l'observance des bonnes manières. Dans ma soumission à eux ou dans ma rébellion, ils sont là, mes anciens, mes disparus. Je m'adresse à eux, je les réunis, je les sépare, je suis parlé par eux. Notre esprit, notre langage, nos habitudes, nos petites et nos grandes manies ne seraient-ils qu'un emboîtement plus ou moins réussi de pièces multiples ? De quel patchwork sommes-nous faits ? Quelle bigarrure en chacun de nous ! Si, persuadés d'être auteur ou follement encore, créateurs, nous ne faisons jamais que compiler laborieusement notre propre centon ? Celui-là, au moins, c'est bien nous qui le fabriquons. », J-B Pontalis, Traversée des ombres, Gallimard, 2003, 155-156 5 6 BALISES BIBLIOGRAPHIQUES : ÉDITIONS ET ABRÉVIATIONS Éditions L'édition de la Pléiade utilisée est majoritairement l'ancienne édition établie et annotée par Roger Quilliot. La nouvelle édition de la Pléiade, annotée par Jacqueline Lévi-Valensi, ponctuellement utilisée, est signalée sous l'appellation Pléiade 2006. Renvois Les renvois aux textes sont signalés par les abréviations suivantes : E Essais, Gallimard, Pléiade, 1965 TRN Théâtre, récits, nouvelles, Gallimard, Pléiade, 1985 Pléiade 2006-1 Pléiade 2006-2 Œuvres complètes (nouvelle édition) Tome 1, 1931-1944 ; Tome 2, 1944-1948 Gallimard, Pléiade, 2006 C I Carnets I, Gallimard, 1962 C II Carnets II, Gallimard, 1964 C III Carnets III, Gallimard, 1989 Frag Cahiers Albert Camus 3, Fragment d'un Combat, 1938-1940, Alger Républicain EX Cahiers Albert Camus 6, Albert Camus éditorialiste à L'Express (mai 1955 - février 1956) LMH La Mort heureuse, Cahiers Albert Camus 1 LPC Le Premier Camus, Cahiers Albert Camus 2 LPH Le Premier homme, Cahiers Albert Camus 7 Combat Camus à Combat, édition établie, présentée et annotée par Jacqueline Lévi-Valensi, Gallimard, 2002. JV Journaux de voyage, Gallimard, 1978 RLM Revue de Lettres Modernes, série Albert Camus Italiques J'ai matérialisé la voix de Camus en lui consacrant, de façon exclusive, l'usage des italiques. Dans le chapitre consacré à l'étude comparée du roman Les Possédés de Dostoïevski et de la transposition scénique camusienne, les citations des deux œuvres sont l'une et l'autre en italiques. 7 8 Préambule : le fil d'Ariane Préambule : le fil d'Ariane D'une confidence fortuite à la polyphonie bakhtinienne L'origine de ce projet de thèse est une histoire familiale. J'étais étudiante en lettres lorsque ma mère, au détour d'une conversation, me confie que Camus a écrit sur mon grand- père et qu'on peut trouver ces documents dans les Cahiers Albert Camus. Je m'étonne et prends connaissance du détail de l'affaire. Mon grand-père est le magasinier Mas emprisonné aux côtés d'Hodent, entraîné dans une fausse accusation de malversation et de spéculation par ceux-là mêmes qui agissaient dans la seule finalité de leur profit personnel en modifiant à leur guise le prix du blé fixé par des amendements du Front Populaire. L'intervention de Camus, jeune journaliste à Alger Républicain, permet d'éviter l'erreur judiciaire. Une série de quinze articles est consacrée à ce procès répertorié sous le nom d'« affaire Hodent ».1 Je ne peux plus interroger ma mère, je ne peux plus faire entendre son témoignage. Je rencontre des noms et des visages. J'entrouvre le voile du silence. Je demande à mon père s'il connaît telle ou telle personne – que je ne citerai pas ici par réserve. Il acquiesce sans commentaires, laissant dans le clair-obscur embrumé par le temps les noms de ceux qu'il a côtoyés et qu'il peut encore être amené à rencontrer. Il choisit la rémission de fait. Je suis confrontée aux paradoxes d'une vie, au choix du mutisme, au confort de l'oubli. Avant même d'avoir cerné la problématique, construit le projet, balisé les étapes, avant même cette totale immersion dans une œuvre que suppose un travail de recherche, je savais que je devais écrire sur cette affaire, d'autant que j'ai vite constaté que peu d'études avaient été publiées sur ce corpus journalistique qui m'est apparu pourtant précieux dans l'approche génétique de l'œuvre dans la mesure où, alors même qu'il suit les longues séances du procès, Camus écrit La Mort heureuse et L'Étranger. Le procès de Meursault trouve là une matière première inscrite dans le réel de l'expérience. 1 Je rends un hommage particulier à ce journaliste audacieux car c'est grâce à son intervention que mon grand- père a été innocenté, que ma grand-mère et ma mère ont pu retrouver la dignité que la pauvreté ne leur interdisait pas. J'ai donc eu connaissance de cet épisode comme par hasard, par cette confidence à la fois fière et encore teintée d'opprobre ancienne de ma mère qui n'avait jusque-là pas osé évoquer ce temps où l'emprisonnement d'un père équivalait à un mépris déjà imposé par la précarité et l'indigence. Sans cette intervention de Camus, le cours des événements aurait été changé et je n'aurais certainement pas été là pour en témoigner. Cette confidence quasi accidentelle et la mort prématurée de ma mère m'ont ouvert ce long chemin de la thèse qui est pour moi à la fois remerciement, réconciliation, hommage. Cette note a fonction de dédicace discrète à ma mère disparue trop tôt. Préambule : le fil d'Ariane 9 Préambule : le fil d'Ariane Je me plonge dans l'affaire judiciaire. Je suis le procès en entendant les voix des accusés, celle du procureur, celles des avocats et des témoins cités à la barre. Et, dans ce foisonnement de voix qui accorde une uploads/Geographie/ zouagui-these-l-x27-esthetique-barrouque.pdf

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