Le mondialisme, la Bible et le Talmud A propos d’un ouvrage récent : Les Espéra
Le mondialisme, la Bible et le Talmud A propos d’un ouvrage récent : Les Espérances planétariennes d’H. Ryssen par Christian Lagrave Un livre utile E PREMIER OUVRAGE 1 d’Hervé Ryssen, Les Espérances planétarien- nes 2, est consacré au mondialisme contemporain et aux idéologies qui l’inspirent. On sait que l’adjectif « mondialiste » – auquel l’auteur a préféré substituer le néologisme « planétarien » – qualifie les doctrines qui veulent établir un gouvernement mondial et l’imposer à toute l’humanité, soit par la persuasion soit par la force ou plus probablement par un savant mélange des deux. Cette utopie meurtrière (comme toutes les utopies) est à l’œuvre depuis fort longtemps – on en trouve la trace dans les sociétés chrétiennes dès la fin du XVIe siècle, dans le bouillonnement intellectuel qui prépara l’émergence du mouvement Rose-Croix, notamment dans l’œuvre de Coménius – et, dès le tout début du XIXe siècle, l’historien perspicace qu’était l’abbé Barruel l’avait dénoncée comme inspirant les projets des plus hauts grades de la franc-ma- çonnerie : Il m’annonça seulement que nous n’étions qu’au commencement d’une ré- volution antireligieuse et sociale qui devait tout changer, tout bouleverser dans l’univers. On devait tendre et agrandir les empires pour faciliter ces révolutions en y fondant des gouvernements constitutionnels et parlementaires qui prépa- reraient les peuples à former une république universelle, démocratique et éga- litaire, après avoir renversé toutes les institutions existantes, religieuses et 1 — Deux autres ont paru depuis : Psychanalyse du Judaïsme, et Le fanatisme juif. 2 — Hervé RYSSEN, Les Espérances planétariennes, s.l., éd. Baskerville, 2005, 432 p. L L E M O N D I A L I S M E , L A B I B L E E T L E T A L M U D LE SEL DE LA TERRE N o 64, PRINTEMPS 2008 43 politiques, tous les anciens trônes et surtout le règne du Christ dont la divinité et la puissance seraient entièrement rejetées 1. Plus près de nous, le courant mondialiste a été judicieusement analysé et dénoncé, entre autres par Pierre Virion avec Bientôt un gouvernement mondial ? Une super et contre-Église 2, Mystère d’iniquité. Mysterium iniquitatis 3, Le Com- plot 4, et Les Forces occultes dans le monde moderne 5 ; par Jacques Bordiot avec Une main cachée dirige. Le système du mondialisme 6 ; et enfin par le regretté Yann Moncomble dont les ouvrages ne sont malheureusement plus disponibles. Avec Les Espérances planétariennes, M. Hervé Ryssen nous donne une excel- lente étude, très approfondie, des doctrines et des procédés du mondialisme ; elle présente deux grands mérites : d’une part elle est très perspicace, d’autre part elle est courageuse car elle insiste tout particulièrement sur les aspects hébraïques de cette idéologie. Nul racisme ni nul antisémitisme – est-il besoin de le dire ? – dans la dé- marche de M. Ryssen qui fait preuve au contraire d’un remarquable effort de compréhension à l’égard des auteurs qu’il cite. L’ouvrage contient une foule de citations ébouriffantes, de renseignements et d’analyses passionnants ; sa lecture est indispensable pour bien comprendre la nature et l’action de certains des messianismes temporels dont les conflits risquent de conduire le monde à sa perte. L’auteur a voulu œuvrer pour le grand public et a pris soin de nourrir son argumentation avec des citations récentes et facilement vérifiables. Le livre, rédigé dans un style clair et agréable souvent relevé d’une pointe d’humour, est d’une lecture aisée ; il rendra les plus grands services à ceux qui luttent contre le mondialisme en leur fournissant un abondant argumentaire et il permettra aux lecteurs novices sur ces questions – notamment aux jeunes gens – de prendre conscience de la véritable nature des forces qui s’emploient à détruire notre civilisation occidentale et chrétienne. 1 — Ferdinand de BERTIER, Souvenirs inédits d’un conspirateur. Révolution, Empire et première Restauration, présentés et annotés par Guillaume de Bertier de Sauvigny, Paris, Tallandier, 1990, p. 144-145. Voir également abbé Augustin BARRUEL, Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme, Chiré-en-Montreuil, éd. de Chiré, réédition 2005, p. XXVIII et XXIX. 2 — Paris, éd. Téqui, 2003, 5e édition (réimpression de l’édition de 1972), 265 p. 3 — Saint-Cénéré (53), éd. Saint Michel, 2003 (réimpression de l’édition de 1966), 213 p. 4 — Chateauneuf (35), éd. Delacroix, 1999, 58 p. 5 — Paris, éd. Téqui, s.d., 32 p. 6 — Paris, éd. du Trident, 2002 (réimpression de l’édition de 1975), 334 p. É T U D E S 44 Une réserve à faire Il y a toutefois malheureusement un passage du livre de M. Ryssen auquel nous ne pouvons absolument pas souscrire et qui exige au contraire une criti- que approfondie, car il pourrait être dangereux pour la foi catholique chez des esprits insuffisamment informés. Ce passage se trouve à la fin du chapitre IV, aux pages 204 à 208. L’auteur y attaque l’ancien Testament, car – dit-il – le récit complaisant d’innombrables massacres et exterminations en constitue l’aspect essentiel, si bien que ce texte « semble étranger à notre propre culture » ; de plus, d’après lui, la rage de destruction des nations que l’on constate chez les auteurs « planétariens » contemporains y trouve son origine première. On peut dire du premier de ces deux reproches qu’il repose sur une vision singulièrement réductrice, car si l’on trouve en effet dans l’ancien Testament des récits de batailles et de massacres, on y trouve aussi le Décalogue, fonde- ment de l’ordre naturel et surnaturel, accompagné de beaucoup de prescrip- tions de justice et de miséricorde 1 qui en font effectivement un « saint et beau livre d’éducation ». L’Église catholique l’avait très bien compris qui, à l’époque où elle enseignait encore un catéchisme digne de ce nom, avait soin d’y joindre une « Histoire sainte » qui permettait aux petits chrétiens de com- prendre comment Dieu a préparé en son peuple-élu sa propre venue en tant que Christ rédempteur, et pourquoi, quand le Messie tant attendu est venu chez les siens, les siens ne l’ont pas reçu. Quant au second reproche de M. Ryssen, qui attribue une origine biblique à cette volonté de destruction des nations qu’il dénonce, nous allons montrer qu’il est erroné, car cette volonté ne repose pas sur la Bible mais sur le Talmud et la kabbale, lesquels ne sont pas le développement de la Bible – comme on le croit trop souvent – mais son inversion. En effet, si Dieu a bien donné à son peuple l’ordre formel d’anéantir un certain nombre de tribus païennes qui voulaient soit empêcher l’installation des Juifs en Terre Promise en les massacrant, soit les convertir à l’idolâtrie, c’était pour deux motifs : la justice et la légitime défense ; il s’agissait d’une part de punir les crimes abominables de ces peuples idolâtres, notamment les sacrifices d’enfants à Baal ou à Moloch, c’est-à-dire au démon, et d’autre part de préserver l’existence et la foi du peuple où devait naître le Messie. L’extrême perversité des idolâtres qui occupaient alors la Terre promise – 1 — Voir par exemple le code de l’alliance dans le livre de l’Exode (ch. 21 à 24) ; on y trouve, entre autres, ceci qui s’adresse aux juges : « Tu ne feras pas fléchir le droit du pauvre dans son procès. Tu t’éloigneras d’une cause mensongère et tu ne feras pas mourir l’innocent et le juste ; car je n’absoudrai point un coupable. Tu n’accepteras pas de présents ; car les présents aveuglent les clairvoyants et ruinent les causes justes. Tu n’opprimeras pas l’étranger ; vous savez ce que ressent l’étranger car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte. » (Ex 23, 6-9). L E M O N D I A L I S M E , L A B I B L E E T L E T A L M U D LE SEL DE LA TERRE N o 64, PRINTEMPS 2008 45 perversité comparable à celle de l’humanité à la veille du Déluge ou encore à celle de Sodome – méritait en effet la punition extrême que fut leur extermina- tion ; c’est en tant qu’exécuteur de la justice divine qu’agissait le peuple hé- breu, qui se protégeait du même coup contre la contagion de l’idolâtrie et s’installait sur une terre que Dieu lui-même – souverain maître de la création – lui avait légitimement attribuée, après en avoir dépouillé les occupants anté- rieurs à cause de leurs crimes. Dieu n’a en aucune façon étendu cette mesure à l’ensemble des nations païennes, qui font parfois l’objet de menaces, mais de menaces conditionnelles qui ont pour objet de les convertir au vrai Dieu 1. Cette mise en cause de l’ancien Testament par M. Ryssen nous semble ré- vélatrice du fait qu’il y a dans son travail une certaine erreur de perspective. Erreur bien excusable chez quelqu’un qui a été « un fervent “bolchevik” pen- dant [ses] années universitaires 2 », qui a lu Alain de Benoist quand il est ar- rivé au nationalisme, bien qu’il l’ait rejeté par la suite 3, et qui, uploads/Litterature/ 22-lagrave-ryssen.pdf
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- Publié le Jui 28, 2021
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