UN TEXTE TAOÏSTE : Le Secret de la Fleur d’Or du Suprême Un A Paul Petit, U ne

UN TEXTE TAOÏSTE : Le Secret de la Fleur d’Or du Suprême Un A Paul Petit, U ne publication allemande récente (i) a apporté au public européen la traduction d’un ouvrage taoïste apparemment peu connu jusqu’alors, le Se­ cret de la Fleur d’Or du Suprême Un (2).Un commen­ taire du xvne ou du. xvm e siècle a été aussi traduit et accompagne ce texte. La version allemande, qui remplit une cinquantaine de pages d’assez grand for­ mat, est due à Richard Wilhelm, le regretté sinolo­ gue mort il y a environ un an (3). Elle est précédée d’une longue introduction où le traité taoïste est 1. Das Geheimnis der goldenen Blute, ein chinesisches Lebensbuch. Munich, 1929. 2. T'ai-I binn-Hoa Tsoimg-Tcheu. La transcription allemande est Tai I Gin Hua Dsung Dchï- 3. Richard Wilhelm,parti pour la Chine comme missionnaire protes­ tant, eut vite l'impression que ce pays avait plus à lui apprendre qu’il n’avait lui-même à lui enseigner ; il renonça à son activité de mission­ naire et consacra sa vie à l’étude des livres chinois. Après la guerre il enseigna quelque temps à l’université de Péking et finit ses jours comme professeur à l’université de Francfort-sur-le-Mein, ville où il fonda le « China-Institut » Sa mort est survenue le 1e r mars 1930 Les traductions de Wilhelm sont très lues de l’autre côté du Rhin et ont certainement exercé une influence sur la pensée allemande. Wilhelm malheureusement n’a jamais su se dégager de cette “ philosophie de la vie „ dont les mirages séduisent tant d’esprits en Occident. Mais, si son rôle a été incomplet, on ne saurait oublier sans ingrati­ tude les services qu’ont rendus et rendent encore ses traductions, notamment celles de Lie-Tzeu et de Tchoang-Tzeu, celles du Yi-King, de Lu-Pou-Wei et celle du livre de la Fleur d’Or. 86 LE VOILE D’iSIS « commenté » , à l'usage des Européens, par le psy- chiâtre de Zurich bien connu, le Dr C. G. Jung. Dans son intéressant avant-propos, Wilhelm rap­ porte que les troubles présents de la Chine ont pro­ voqué l’éclosion d’un grand nombre de « sectes » plus ou moins secrètes, dont les unes s’adonnent à des pratiques magiques, voire • spirites, et dont les autres, celles qu’il appelle « ésotériques » , recher­ chent un résultat incomparablement plus sérieux : la contemplation taoïste, l’arrivée à ces états extraor­ dinaires de détachement dont la simple mention évoque les grands noms de Lie-Tzeuet de Tchoang- Tzeu. Il vante les méthodes des écoles taoïstes comme parfaitement adaptées au tempérament chinois et va même jusqu’à avancer que tous ceux qui les suivent, à très peu d’exceptions près, voient leurs efforts couronnés de succès — ce qui est vraiment trop beau pour que nous puissions le croire. Il nous apprend malheureusement aussi que le Secret de la Fleur d’Or a été, en 1920, répandu à mille exemplaires à Pé- king (1), avec un nouveau titre (« L ’art de prolonger la vie » ) et précédé, en guise de préface, d’une banale « communication » spirite de Lu-Yen, chef d’école taoïste dont nous allons parler et auquel l’ouvrage est attribué : tout cela montre quelle confusion règne 1. En même temps que le traité de la Fleur d’Or a été alors impri­ mé et distribué un autre texte taoïste, le Hoei Ming King, par Liou Hoa Yang, texte dont une traduction est parue dans les Chinesische Blätter (Ire année, 3e cahier). Le prix fort élevé de cette publication ne nous a pas permis de nous la procurer, et les bibliothèques de Paris où nous l'avons cherchée avaient dû aussi renoncer à l’acqué­ rir. Etait-il bien nécessaire d’éditer ce travail dans des cahiers aussi coûteux ? LA FLEUR D ’OR 7 là-bas dans certains milieux et justifierait toutes les méfiances. Wilhelm néanmoins présente le texte comme authentique (i) et il précise qu’un exemplaire du xvne siècle a été utilisé pour l’édition de 1920; il n’y aurait donc pas lieu de s’arrêter à l’hypothèse d’une falsification moderne. Toujours suivant Richard Wilhelm, le Secret de la Fleur d’Or repose sur une tradition ésotérique con­ servée dans l’école dite Kinn-Tan-Kiao (école de la « pilule d’or » ) (2), tradition transmise longtemps ora­ lement, puis fixée par écrit, au moins partiellement, au plus tard au xvm e siècle. L’école Kinn-Tan-Kiao aurait été fondée elle-même au vm e siècle par le fa­ meux Maître taoïste Lu-Yen, que nous venons de nommer et qui est aussi appelé Lu-Tong-Pinn (« Lu, l’habitant de la caverne » ) ou Lu-Tsou ou encere T ch’ounn- Y ang-Tzeu ; et Lu-Yen enfin faisait remon­ ter sa doctrine au non moins célèbre Koan-Yin-Hi le « préfet de la passe » , auquel Lao-Tzeu, quittant la Chine, remit, dit-on, le Tao-Te-King et auquel on attribue, en outre, un important traité taoïste con­ servé sous son nom. Après sa mort, Lu-Yen a été élevé au rang d’un des « Huit Immortels » et il a, paraît-il, encore des temples. C’est une figure popu­ laire en Chine. Le livre de la Fleur d’Or est expres- 1. Il le croit cependant composé de parties fort différentes d’âge et de valeur , • il s’est même abstenu de traduire les dernières sections du livre, qui lui ont paru trop inférieures au reste. Peut-être aurait il été préférable de les traduire tout de même, afin de donner au lecteur la possibilité de se former une opinion à leur égard. 2. Le P. Wieger traduit Tan par cinabre. Ce serait donc l’école du “ cinabre-or „. Mais, comme on le verra plus loin, il s’agit toujours de 1 ’“ élixir de longue vie „. LE VOILE D ’iSIS sèment placé sous son autorité, chaque section com­ mençant par ces mots: « Le Maître Lu-Tsou dit : ...». Certains indices ont fait penser que l’école Kinn- Tan-Kiao avait abrité au moins une partie des restes des Nestoriens établis en Chine et elle est aujourd’hui encore, nous dit Wilhelm, très favorablement dis­ posée à l’égard du Christianisme. Nous ajouterons que la « Fleur d’Or » était aussi la désignation d’un couvent (Kinn-Hoa-Koan), établi dans le massif montagneux du même nom (Kinn-Hoa-Chan), et que le P. Wieger qualifie sans détours de «repaire d’alchi­ mistes » (i) : « repaire » qui était peut-être un centre spirituel important. Le Secret de la Fleur d’Or du Suprême Un concerne principalement les premiers stades de la contempla­ tion ; il montre comment on doit « mettre la main » au travail. Un autre ouvrage, le Su-Ming-Fang, par Liou-Hoa-Yang — non encore traduit, semble-t-il — explique comment les premiers résultats doivent être consolidés et comment on doit finalement « lâcher la main » . La lecture du livre de la Fleur d’Or est assez diffi­ cile. Le symbolisme en est extrêmement varié. Dans les dernières sections, il est souvent question des tri- grammes du Yi-King, nouvelle preuve, s’il en était besoin, que ce dernier ouvrage n’est pas seulement un manuel de divination. Certains enseignements bouddhistes, notamment ceux de l’école Tch’an, sont aussi cités. Il ne s’agit donc pas d’un Taoïsme 1. Le Canon Taoïste, p. 112. LA FLEUR D ’OR exclusivement chinois, mais d’un Taoïsme qui a eu connaissance de doctrines plus occidentales : Chris­ tianisme, Vêdânta, Yoga, Bouddhisme, sans doute a issi Tantrisme ; ce qui, somme toute, ne le rend pas beaucoup moins intéressant. L ’ouvrage, dans tous les cas,est bien chinois dans la forme. Les obscu­ rités de détail ne sont pas rares ; néanmoins l’idée générale du livre, qui est la création dans l’être hu­ main d’un « germe d’immortalité » , apparaît claire­ ment à tout lecteur attentif. Cette idée, vu son impor­ tance, mérite qu’on s’y arrête. Essayons d’expliquer de quoi il s’agit. * * * L ’homme, entraîné dans le « courant des formes » , s’épuise à la recherche des biens sensibles et, usé par les désirs et les passions, arrive finalement sans forces devant la mort : il est alors emporté dans une suite indéfinie d’états hèureux et malheureux. « La force du Yang (1) s’épuise et s’écoule, et l’on est entraîné dans les neuf régions ténébreuses (2). » Pour échap- 1. Le Yang est le principe lumineux, en correspondance avec tout ce qui est actif : le Ciel, l’homme, les mondes supérieurs. Le principe obscur ou passif est le Yinn, qui correspond notamment à la Terre, à la femme et aux mondes inférieurs. 2. Ces “ neuf régions ténébreuses „ (Kiou-You) paraissent identi­ ques à la “ longue nuit des neuf voies „ mentionnée dans un autre passage qui sera cité plus loin. Pour Wilhelm, ces deux expressions se réfèrent à la destinée des êtres qui restent soumis à la loi de la transmigration. On est tenté de rapprocher les neuf régions ténébreu­ ses des neuf cercles de l'Enfer décrits par Dante On l’est d’autant plus que, pour ce qui est du monde supérieur, les Chinois comptent neuf cieux, comme le poète florentin compte neuf sphères célestes. Dans certains textes, il est question des “ uploads/Litterature/ andre-preau-le-secret-de-la-fleur-d-x27-or-du-supreme-un-pdf.pdf

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