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Tous droits réservés © Revue des sciences de l'éducation, 1995 This document is protected by copyright law. Use of the services of Érudit (including reproduction) is subject to its terms and conditions, which can be viewed online. https://apropos.erudit.org/en/users/policy-on-use/ This article is disseminated and preserved by Érudit. Érudit is a non-profit inter-university consortium of the Université de Montréal, Université Laval, and the Université du Québec à Montréal. Its mission is to promote and disseminate research. https://www.erudit.org/en/ Document generated on 01/29/2023 6:48 a.m. Revue des sciences de l'éducation Approches de la lecture dans l’enseignement supérieur français Emmanuel Fraisse Volume 21, Number 1, 1995 La maîtrise du français écrit aux ordres supérieurs d’enseignement URI: https://id.erudit.org/iderudit/502002ar DOI: https://doi.org/10.7202/502002ar See table of contents Publisher(s) Revue des sciences de l'éducation ISSN 0318-479X (print) 1705-0065 (digital) Explore this journal Cite this article Fraisse, E. (1995). Approches de la lecture dans l’enseignement supérieur français. Revue des sciences de l'éducation, 21(1), 37–58. https://doi.org/10.7202/502002ar Article abstract The reading behavior of students in France appears to follow the evolution of the sociological and pedagogical aspects of teaching. These behaviors are an important indicator of university life. Specific practices of both students and teachers are related to the discipline from which they emanate. The author notes that the diversity of students' attitudes and reading performance is related to their social and intellectual characteristics as well as to the expectations of their discipline. For many students there appears to be a clear separation between personal reading and reading that is assigned. This difference allows for various interpretations for different groups of students, and leads the author to question the role of the university in the cultural education of its students. Revue des sciences de l'éducation, Vol. XXI, n° 1, 1995, p. 37 à 58 Approches de la lecture dans l'enseignement supérieur français Emmanuel Fraisse Professeur Université de Cergy-Pontoise Résumé — Les comportements de lecture des étudiants en France sont inséparables de l'évolution de l'enseignement sur les plans tant sociologique que pédagogique. Ils constituent un indicateur important de la vie universitaire. L'appartenance à une discipline détermine en effet des pratiques très spécifiques chez les étudiants comme chez leurs enseignants. En liaison avec les caracté- ristiques sociales et intellectuelles antérieures des étudiants, les attentes disciplinaires expliquent la diversité de leurs attitudes et de leurs performances en matière de lecture. On relève en outre chez de nombreux étudiants une nette séparation entre la lecture personnelle et la lecture prescrite. Cet écart est ressenti diverse- ment dans les différents groupes d'étudiants et pose la question de l'intervention de l'institution universitaire dans la formation culturelle de ses publics. Introduction Au cours des 20 ou 30 dernières années, des transformations majeures ont affecté l'accès à la culture et ce qu'il est convenu d'appeler depuis les années soixante-dix les pratiques culturelles1. L'irruption des médias électroniques, le poids de l'image et de l'écoute individuelle de musique ont contribué à mettre en cause Ximperium de l'écrit et de l'imprimé alors même que les effectifs scolarisés n'ont cessé de croître à un rythme particulièrement soutenu. La concomitance de ces deux phénomènes a naturelle- ment contribué à focaliser le débat sur la définition même de la culture et sur la qualité de sa diffusion. Les pays industriels dans leur ensemble sont aujourd'hui confrontés aux mêmes données fondamentales: massification étudiante, modifications culturelles, interro- gations sur les modes de transmission des connaissances et de la culture. Mais ils ont eu en France une résonance particulière, dans un univers intellectuel et pédago- gique où le livre — et la chose littéraire - ont longtemps joué un rôle dominant voire exclusif (Compagnon, 1986, Sirinelli, 1994). De surcroît, la tradition universitaire 38 Revue des sciences de l'éducation française a généralement estimé que si l'enseignement supérieur pouvait avoir une réflexion pédagogique, celle-ci concernait plutôt les ordres d'enseignement antérieurs et n'avait guère à être étendue à ses propres pratiques de transmission face aux étu- diants. Aussi, observer les rapports entre les étudiants et la lecture en France, c'est à la fois s'interroger, sur les plans sociologique et pédagogique, sur le système d'édu- cation supérieur de ce pays et sur les représentations et les réalités des modes d'accès à la culture. Un enseignement supérieur de masse Il est devenu banal de parler de l'explosion de la démographie étudiante. Mais jamais dans l'histoire des sociétés contemporaines, pourtant caractérisées par leur rapide évolution, un groupe n'a connu un accroissement comparable à celui qui a affecté les étudiants (Bédarida, 1994). Au cours des 30 dernières années, avec des accélérations sensibles dans la décennie soixante, la fin des années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix, les effectifs de l'enseignement supérieur ont été multipliés par 7 (graphique 1). Alors qu'on ne comptait, tous types d'établissements et de filières confondus, que 300 000 étudiants environ au début des années soixante2, ils sont désormais près de deux millions. Graphique 1 — Croissance des effectifs étudiants selon les types d'établissements Une des caractéristiques françaises est en outre de s'appuyer sur un système d'enseignement composite. Son socle est certes constitué par les universités qui accueillent plus des deux tiers de l'ensemble des effectifs étudiants et les destinent à des scolarités longues. On ne doit cependant pas négliger l'importance des dis- Approches de la lecture dans l'enseignement supérieur français 39 positifs spécifiques que constituent les filières courtes d'enseignement supérieur des sections de techniciens supérieurs (STS) et celle des filières nobles préparatoires aux scolarités longues des grandes écoles (classes préparatoires aux grandes écoles: CPGE) qui toutes deux sont physiquement réunies dans l'enceinte de certains lycées et dont les enseignants appartiennent d'ailleurs statutairement à l'enseignement secondaire. Il faut de plus tenir compte de l'existence propre des écoles d'ingénieurs et autres «grandes écoles» (de commerce notamment) qui, en général, reçoivent des étudiants à partir de la troisième année, ainsi que de celle d'autres établissements professionnels d'enseignement supérieur au profil et statut variables, mais qui dans leur ensemble proposent des scolarités courtes. Quant aux Instituts universitaires de technologie (IUT), ils sont en réalité des établissements largement autonomes quoiqu'ils soient tous rattachés à une université-mère. Leur vocation initiale était, à partir de 1967, de favoriser un enseignement universitaire court; ils tendent de plus en plus, par ailleurs, à préparer leurs étudiants à des scolarités longues, sous la pression conjuguée de la crise de l'emploi et de l'élévation générale du niveau des diplômes. Pour leur part, les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) créés en 1989 accueillent, en liaison avec les universités, les futurs enseignants dispo- sant au moins d'une licence (voir graphique 2). Graphique 2 — Répartition des étudiants selon les filières et les établissements De cette description contrastée, ressort une grande difficulté à caractériser un monde mouvant, dont l'aspect unitaire - l'appellation d'étudiant sert ici de terme générique mais finalement bien vague (Molinari, 1992) — ne doit pas masquer d'impor- tants disparates intellectuels, sociaux et partant culturels. Tel est, pour l'essentiel, le propos développé par Molinari dans un article consacré à la mosaïque étudiante (Molinari, 1993). À ses yeux, le monde étudiant n'est pas un milieu homogène, mais un groupe professionnel en voie de gestation. Il s'oppose ainsi à une tradition de la sociologie française qui, sous l'impulsion de Bourdieu, a longtemps considéré les 40 Revue des sciences de l'éducation étudiants comme des héritiers (Bourdieu et Passeron, 1964). Ce faisant, elle tendait à les montrer avant tout comme aptes à reproduire les postures de leurs enseignants ou de leurs aînés, et à les différencier radicalement de leurs congénères entrés dans la vie active. Au milieu des années soixante, l'étudiant était généralement désigné comme un jeune adulte dont la caractéristique première était d'échapper aux contraintes temporelles et matérielles communes aux jeunes travailleurs. Quoique leur origine sociale ait pu apparaître diversifiée dès cette époque, ils semblaient constituer un milieu relativement homogène aux yeux des observateurs. D'autres sociologues (Galland, 1993) entendent montrer que si l'originalité étudiante peut sembler se diluer dans la période récente, c'est parce que les jeunes sont non seulement de plus en plus nombreux à être étudiants, mais parce que la précarité du travail et les change- ments dans les modes de vie (retard de l'âge du mariage, habitat prolongé chez les parents, etc.) rapprochent les autres jeunes des étudiants. En outre, il observe, notam- ment chez les étudiants les moins «héritiers», des comportements collectifs qui témoignent de l'existence d'une identité étudiante. Tableau 1 Taux de scolarisation (1983-1991) 18 ans 19 ans 20 ans 21 ans 22 ans 23 ans 24 ans 25 ans 26 ans 27 ans 28 ans 29 ans Second degré 1983-1984 1991-1992 31,00 54,00 11,75 32,00 1,60 10,00 0,20 3,00 0,90 Classes : (STS- 1983-1984 3,30 4,10 3,00 1,40 0,50 0,30 supérieures • CPGE) 1991-1992 5,40 8,20 8,20 6,00 3,00 1,00 0,40 0,10 Université 1983-1984 9,40 13,50 13,15 11,00 9,15 7,70 6,80 5,70 4,70 3,70 3,20 2,70 1991-1992 13,20 19,50 20,70 17,80 14,20 10,60 7,40 5,60 4,30 3,50 2,90 2,50 Population 1983-1984 , 47,60 30,00 18,00 12,80 9,80 8,10 6,90 5,70 4,70 3,90 3,20 2,70 scolarisée 1991-1992 81,00 65,00 47,00 33,50 24,00 16,00 10,00 7,30 5,40 4,30 3,60 3,10 Source: uploads/Litterature/ approches-de-la-lecture-dans-l-x27-enseignement-superieur-francais.pdf

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