VI Congrès International de Convergence. La clinique psychanalytique à l’épreuv
VI Congrès International de Convergence. La clinique psychanalytique à l’épreuve: Névrose, perversion, psychose. Madrid, juin 2015. Escuela freudiana de Montevideo. Page 1 de 9 L’INCONSCIENT, C’EST LE SOCIAL La formule de Lacan « l’inconscient, c’est le social » laisse à entendre que le complexe d’Œdipe n’est pas seul à organiser notre subjectivité, remettant ainsi en cause à travers cet acte la clinique psychanalytique elle-même. L’une des conséquences que l’on peut en tirer est que la famille ne serait pas l’unique déterminant de notre destin comme sujet. Il apparaît donc que les psychanalystes ne devraient pas limiter leur responsabilité à la seule sphère familiale, mais également prendre en compte le domaine social, pour rendre compte de ce qui affecte le sujet divisé par le langage et sujet aux discours (du maître, de l’hystérique, de l’universitaire, de l’analyste et du capitaliste) noués au sujet selon un mode singulier, particulier et contingent, en tension vis-à-vis de l’universel, de l’ample et du nécessaire. Lacan avec cette formule « l’inconscient c’est le social » part affronter une fois de plus le moi fort de l’ego-psychology qui reproduit et confond le sujet avec l’ego ; et pas n’importe quel ego mais l’ego en tant que synthèse vertueuse entre l’organisme et ses pulsions d’un côté, et de l’autre, la société avec le bonheur de sa réalité de marché ; un ego construit idéologiquement par la science qui, à travers la prétention du « tout savoir » du discours universitaire, réduit la constellation subjective aux seules mesures imaginairement exactes de la réalité décrite par la connaissance scientifique en réponse au maître moderne, c’est-à-dire, au capitaliste. Cet accessoire que le sujet porte en personne – l’ego de science, le consommateur consommé – est celui qui su-porte l’image de l’autre dans son introjection lors du stade du miroir. Une tension radicale avec l’Autre, tant dans ses fondements que dans sa structure, qui détermine l’orientation vers l’inclusion du sujet – sous forme de socialisation – dans l’in-mundo particulier qui lui est donné de vivre. Un monde interne dont la référence paternelle établit la frontière entre le symbolique et le réel pour le sujet dans son antériorité logique au temps de discorde et de concorde (rivalité et complémentarité) imaginaire avec l’Autre du reflet. Un père de condition nécessaire invoqué dans la langue de la mère plus comme un père humilié VI Congrès International de Convergence. La clinique psychanalytique à l’épreuve: Névrose, perversion, psychose. Madrid, juin 2015. Escuela freudiana de Montevideo. Page 2 de 9 que comme un père représentant le prestige de la loi, si l’on prend en compte les défis que nous posent depuis un certain temps la praxis clinique de l’analyse. Notre clinique nous laisse en effet entendre que le psychanalyste tentera lors de la cure de faire vaciller les certitudes du moi et de les déplacer depuis leurs références imaginaires vers leurs déterminants réels, abordant le traumatisme de façon plus ample qu’en fonction de son seul caractère privé. En premier lieu, ce qui autorise l’analyste à s’intéresser à cette question du social d’un point de vue différent est sans aucun doute la constatation que Freud avait une conception qu’on pourrait nommer après-coup un inconscient familial - œdipien-. Lacan nous a fait observer que la découverte de Freud était la conséquence pure et simple du fait que nous sommes des êtres parlants – des parlêtres, comme il le disait. Cela amène à lire l’inconscient dans un registre plus ample que celui de la famille. Nous sommes donc obligés en ce sens de prendre conscience de la mutation actuelle du lien social, puisque l’évolution qui se produit à l’intersection de la singularité subjective et du social affecte la construction de la subjectivité et bien entendu le clinique. Les psychanalystes ne se sont pas vraiment prononcés sur le fait que de nos jours, la fonction paternelle tend à être partagée entre le père et la mère. Mais cette inégalité reconnue vis-à-vis du père n’avait-elle pas la propriété d’établir l’arbitraire du signifiant Maître qu’il est effectivement, c’est-à-dire la condition de l’exercice de notre désir ? Qu’arriverait-il si on séparait la loi de sa relation au père ? Nous nous posons cette question depuis quelques années et en constatons les effets. Lacan disait que le décalogue n’était autre que les lois de la parole. Il n’y a pas de réconciliation possible entre l’objet a et le S barré, puisque le contraire de l’objet ne peut émerger que si le sujet s’éclipse : c’est là le prix de l’émergence de l’objet. Par ailleurs, le sujet ne subsiste qu’à la condition que l’objet soit perdu. Il ne s’agit donc pas tant d’invoquer le père ou de méconnaître son endroit humilié comme point de suture possible entre le sujet et sa condition d’objet, mais plutôt de la responsabilité sociale et politique du psychanalyste. La lecture de Lacan est une manière de nous introduire une éthique. Dans le domaine de la psychanalyse, les occasions d’articuler des questions VI Congrès International de Convergence. La clinique psychanalytique à l’épreuve: Névrose, perversion, psychose. Madrid, juin 2015. Escuela freudiana de Montevideo. Page 3 de 9 relatives à des problèmes politiques ou de société ne sont pas rares. Il s’est avéré difficile pour nous de remettre en question la limite soi-disant universelle entre le symbolique, le réel et le symptôme illustré par le « Non ». On devrait pouvoir en parler avec des exemples localisables, comme la répétition d’une élection présidentielle ou législative. La neutralité du psychanalyste a été vécue comme un retrait de la scène publique qui l’a fortement affaibli. Ces derniers temps, cela a été dû aux attaques de la part des militants des psychothérapies comportementales et à l’obligation des gouvernements de déterminer publiquement qui était psychanalyste et qui ne l’était pas. Nous devons nous rendre compte qu’il nous faut prendre position, faire valoir nos principes. Les lois de la ville s’appliquent à tous. L’exigence de l’idéal de neutralité est différente, puisqu’elle provient de la sublimation et tendrait à nous faire renoncer à notre désir, un renoncement qui nous amèn e à nous sacrifier. Nous devons au contraire prendre fermement position pour définir notamment ce que nous entendons par démocratie, même si cela doit en gêner quelques-uns. Il s’agit justement de l’enseignement du psychanalyste, avec ce sujet éliminé par la Science (privé d’un droit de prescription comme le disait Lacan, forclos) écouté par le psychanalyste dès lors qu’il retourne à ses plaintes et symptômes. À partir de ce moment-là, c’est tant la vérité que la cause – la cause de la souffrance – que le psychanalyste va traiter, là où certaine Science exclut le terme pour le réduire à une opposition du vrai et du faux. En effet, si la vérité est questionnable, c’est moins par défaut que par structure : elle concerne toujours une relation à l’Autre où nous sommes totalement présents. C’est- à-dire que l’une de ses moitiés habite dans cette autre identique et c’est ce qui empêche de la dire dans son intégralité. Il est clair qu’à l’heure actuelle on présente les discours des maîtres comme détenteurs du plein pouvoir de vérité, cachant leur dimension liée à une parole, la présentant comme révélation de la chose en soi. Et pourtant la Science qui se prétend Maître s’avère alimentée par un fantasme de totalisation, VI Congrès International de Convergence. La clinique psychanalytique à l’épreuve: Névrose, perversion, psychose. Madrid, juin 2015. Escuela freudiana de Montevideo. Page 4 de 9 d’universalisation dont l’une des conséquences est de dissimuler le manque-d’être, central à l’être parlant divisé par le langage. À travers l’énonciation de formules et l’évacuation de toute division, celle-ci prétend installer un sujet pur, un sujet absolu. Mais quel type de sujet doit-on produire ? Le simple fait de l’inconscient provoque la présence d’un discours qui parle en nous sans que nous ayons la moindre idée de son origine, et qui indique à son tour le caractère divisé du sujet. Il se manifeste parfois dans les lapsus, les plaisanteries, les actes manqués, les rêves. Plus souvent, il agit dans les pièges que nous nous tendons, sans avoir la moindre notion des raisons pour lesquelles cela nous arrive. Or un sujet divisé n’est en aucune manière une entité, répétons-le. Par contre, un sujet avec des prétentions d’absolu, forclos du symbolique par la science, qui resurgit et inonde le réel, est remis en cause par ce que montre l’histoire moderne, où il n’y a pas de véritable homogénéisation des cultures du fait du manque d’homogénéisation entre des systèmes symboliques hétérogènes ; au lieu de cela, des réponses dans le réel, souvent déconcertantes si ce n’est dramatiques. La Science a basculé du côté du Maître. Ceux qui veulent avoir leur place dans la société la réclament dans les mêmes termes que ceux qui ne l’ont pas, ce qui est qualifié en termes actuels de « il faut savoir se vendre » et « un plus » (capitalisable de préférence). C’est à cette conjonction de cauchemar et d’angoisse que la Science échappe et rien ne sert de recourir à des personnes de bonne volonté, quelles uploads/Litterature/ arquivos-732-fr-el-inconsciente-es-lo-social-2-2-fra.pdf
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- Publié le Oct 06, 2022
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