Dissertation sur La Peau de Chagrin de Balzac, 1831 La société française du XIX

Dissertation sur La Peau de Chagrin de Balzac, 1831 La société française du XIXe siècle est caractérisée par une forte instabilité politique, où se succèdent révolutions et régimes politiques hétéroclites. La Peau de Chagrin, roman paru en 1831, témoigne de la désillusion d’une jeunesse en quête d’idéal suite à la révolution des « Trois Glorieuses », le 27, 28 et 29 juillet 1830, qui met fin à la Restauration de Charles X et laisse place à la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe d’Orleans. Cette œuvre d’Honoré de Balzac est à la croisée de trois mouvements littéraires, le romantisme, le réalisme et le fantastique, parue sous forme de roman-feuilleton. Il est l’auteur d’une œuvre romanesque monumentale composée de plus de 90 romans rassemblés dans une structure qu’il nomme La Comédie humaine et dont le but est de « faire concurrence à l’état civil » à travers une description minutieuse des travers les plus sombres de la société et plus particulièrement, de la bourgeoisie du XIXe siècle. On y retrouve des personnages récurrents, qui évoluent à travers les différents ouvrages de cette fresque dépeignant sans détour une société dépravée et dictée par les apparences. Ainsi, dans La Peau de Chagrin, Balzac développe le concept d’énergie vitale à travers des figures telles que l’Antiquaire, d’un côté, qui incarne le savoir et la sagesse et Rastignac, les prostituées Aquilina et Euphrasie et la Peau de l’autre, qui incarnent la débauche, le pouvoir et le vouloir. Dans la Physiologie du mariage, Dixième méditation, de 1826, Balzac propose une définition ou une réflexion sur ce qu’est l’énergie : « l’homme a une somme donnée d’énergie. […] La quantité d’énergie ou de volonté que chacun d’entre nous possède se déploie comme le son : elle est tantôt faible, tantôt forte, elle se modifie selon les octaves qu’il lui est permis de parcourir. Cette force est unique, et, bien qu’elle se résolve en passions, en labeurs d’intelligence ou en travaux corporels, elle accourt là où on l’appelle. ». L’énergie vitale apparaît donc comme une source dans laquelle l’homme puise, mais qui est vouée à l’épuisement comme Aristote le suggère dans son ouvrage Métaphysique, paru au IVe siècle avant J.-C, où il affirme que « l’énergie de l’esprit est l’essence de la vie ». Il convient donc de questionner cette notion d’énergie : les personnages de la Peau de Chagrin sont-ils fatalement condamnés à l’épuisement de leur énergie vitale ? Autrement dit, les personnages sont-ils voués à une destinée inéluctable, se traduisant par la perte d’énergie ? Ainsi, La Peau de Chagrin semble traduire un épuisement inévitable de l’énergie vitale. Les personnages tentent néanmoins de trouver diverses solutions, qui s’avèrent éphémères. En effet, la fatalité qui s’apparente à la condition humaine s’impose inexorablement. En premier lieu, il convient de constater que les personnages de La Peau de Chagrin subissent un épuisement inévitable de leur énergie vitale. En effet, Raphaël de Valentin, protagoniste du roman, est sans cesse rattrapé par sa décision de mettre fin à ses jours. Dès l’incipit du roman, Raphaël, qui n’est alors qu’un inconnu aux yeux du lecteur, pénètre dans une salle de jeu qui rappelle en tous points l’Enfer biblique. L’atmosphère pesante de la salle, l’état psychologique et physique détérioré de Raphaël, le concept de la salle de jeu, qui repose sur l’illusion de l’argent facile, où l’on peut facilement tout perdre, et difficilement gagner, la fréquentation de ce lieu, qui peut être soit guidée par le plaisir désintéressé et hautain, ou par un désespoir profond, participe à faire de cette salle un véritable enfer. Ainsi, Balzac décrit « à cette heure maudite, vous rencontrerez des yeux dont le calme effraie, des visages qui vous fascinent, des regards qui soulèvent les cartes et les dévorent ». L’utilisation de l’adjectif « maudite » souligne le caractère infernal de cette salle, tandis que le champ lexical du regard associé à l’horreur qu’évoquent les verbes « effraie », « dévorent » suggère l’atmosphère pesante du lieu ainsi que le comportement oppressant de ses joueurs. Le verbe « fascinent » fait allusion à l’obsession de Raphaël pour cet espace qui le ramène dans ses pensées suicidaires. Le suicide est donc un thème omniprésent dans l’œuvre et dans la vie de Raphael. Ainsi, « chacune de [ses] pensées couvait une autre pensée maladive ». Le groupe nominal « pensée maladive » transmet l’idée d’un désir mortifère, une attraction récurrente et particulière à la mort. Cependant, lorsqu’il goûte à la débauche, aux plaisirs procurés par le Pouvoir et le Vouloir, il prend conscience de la valeur de son existence, et comprend avec horreur que la Peau ronge sa vie. Raphaël, préférant « abdiqu[er] la vie pour vivre », choisissant une existence morne où le désir est proscrit, décrit « la Peau de Chagrin […] comme un tigre avec qui il lui [faut] vivre, sans en réveiller la férocité ». Il animalise la peau de chagrin, la comparant à un tigre qui à chaque souhait, peut sortir de son implacable immobilité pour diminuer de taille et ainsi tuer à petit feu Raphaël. Ainsi, l’existence inévitable uploads/Litterature/ dissertation-peau-de-chagrin-11111100.pdf

  • 29
  • 0
  • 0
Afficher les détails des licences
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise
Partager