Séminaire de linguistique: Les jeux du langage 1er février 1999 Semestre d’hive
Séminaire de linguistique: Les jeux du langage 1er février 1999 Semestre d’hiver 1998/99 Matthias Siegfried Prof. M. Bonhomme Sabine Schmid Les jeux du langage chez Raymond Queneau 1. Présentation de l’écrivain et de son oeuvre Raymond Queneau: 1903 - 1976; il a écrit des romans, des recueils de poèmes et des essais. L’oeuvre poétique complète de Queneau est éditée dans la Bibliothèque de la Pléiade, 1989 ( édition établie par Claude Debon ). 2. La conception du langage de Raymond Queneau 1 2 3. “Zazie dans le métro“ 3 4 4. “Exercices de style“ ( 1947 ): fait divers raconté de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes. 5 6 2. La conception du langage de Raymond Queneau D’abord je voudrais brièvement retracer l’aventure surréaliste de Raymond Queneau. Il y pas mal de gens qui voient en Queneau un grand surréaliste: Il faut cependant relativiser. Raymond Queneau a été membre du groupe surréaliste de 1924 à 1929 et pendant cette période, il a sans doute été marqué plus ou moins par les théories de Breton et les autres théoriciens. Mais Queneau lui-même dit plus tard: “Ce n’estpas du tout du point de vue littéraire que le surréalisme m’intéressait, mais comme mode de vie. C’était la révolte complète.“ De ce point de vue-là, la jeunesse de Queneau fut surréaliste, mais en ce qui concerne les théories de Breton, il a bientôt pris ses distances. Pourquoi? Il ne pouvait pas accepter chez les surréalistes l’importance de l’inconscient, de l’hypnose ( on en a parlé lors de la dernière séance ), cette inspiration qui consiste à obéir aveuglément à toute impulsion. La citation suivante nous montre clairement que Queneau avait toute une autre approche de la littérature que les surréalistes. Queneau dit: “ Le classique qui écrit sa tragédie en observant un certain nombres de règle qu’il connaît est plus libre que le poète qui écrit ce qui lui passe par la tête“ Et bien sûr aux règles du classiqe correspondent les contraintes qu’introduira Queneau dans ses oeuvres et qui, selon lui, sont une source de créativité. En ce qui concerne la conception du langage, il faut mentionner une influence marquante sur Raymond Queneau: c’est le linguiste Joseph Vendryès et son livre “Le Langage“ publié la première fois en 1929 ( écrire le nom de l’auteur et le titre du livre au tableau noir et faire circuler le livre! ) C’est principalement grâce à cet auteur que Queneau a été sensibilisé à la question fondamentale du fossé entre la langue écrite et la langue parlée.Ce sujet représente comme un fil rouge à travers presque toutes les oeuvres de Queneau, surtout la prose. Dans “Bâtons, chiffres et lettres“, un recueil d’essais publié en 1950 chez Gallimard ( écrire le titre du recueil et l’année de parution au tableau! faire circuler le livre!), dans “Bâtons chiffres et lettres“, dont j’ai pris les quatre passages sur la première page du corpus, Queneau cite au sujet du fossé entre la langue écrite et la langue parlée un passage de “Le Langage“ de Vendryès qui résume particulièrement bien ses propres idées: 7 “L’écart entre la langue écrite et la langue parlée est de plus en plus grand. Ni la syntaxe, ni le vocabulaire ne sont les mêmes. Même la morphologie présente des différences: le passé simple, l’imparfait du subjonctif ne sont plus employés dans la langue parlée. On peut prévoir qu’il en sera du français littéraire comme du latin; il se conservera à l’état de langue morte, avec ses règles et son vocabulaire fixés une fois pour toutes. La langue vivante se développera indépendamment de lui, comme ont fait les langues romanes. Tout au plus servira-t-il de réservoir pour alimenter le vocabulaire du parler vivant...Il y aura un français littéraire qui s’opposera au français vulgaire. Si l’on ralisait chez nous uneréforme complète de l’orthographe, la différence de ces deux français éclaterait à tous les yeux.“Fin de citation C’est donc ce côté figé et mort du français littéraire ou bien du français écrit en général qui s’oppose à celui oral que Queneau constate avec Vendryès. La conclusion de Queneau: il aut faire de sorte que le langage populaire puisse s’élever à la dignité de langage écrit; il faut en fait se débarasser de la vanité de l’orthographe, de la syntaxe hyper-correcte et écrire le langage populaire qui a ses propres règles et qui sera source d’une nouvelle poésie. C’est dans ce sens que Queneau parle,// c’est l’extrait numéro un du corpus,// “du point d’arrivée, inéluctable, nécessaire: la constitution d’une nouvelle lang, nouvelle beucoup plus encore par la syntaxe que par le vocabulaire, nouvelle aussi par l’aspect, une langue qui, retrouvant sa nature orale et musiale, deviendrait bientôt une langue poétique, et la substance abondante et vivace d’une nouvelle littérature.“ Mais comment réussir concrètement ce défi de créer cette nouvelle langue, ce néo-français, comme Queneau l’appelle aussi? Dans l’extrait numéro deux il nous donne sarecette: “Pour passer du français écrit ancien, né à la Renaissace, fixé au XVIIe siècle et légèrement rénové par les Romantiques, pour passer de ce langage qui ne fait que se survivre, à un français moderne écrit, au troisième français, correspondant à la langue réellement parlée, il faut opérer une triple réforme, ou révolution, l’une concerne le vocabulaire, la seconde la syntaxe, la troisième l’orthographe.“ C’est-à-dire utiliser toute la richesse du vocabulaire du français populaire et même vulgaire, ensuite adapter à l’écrit la syntaxe du français parlé. A ce sujet Queneau a quelqufois parlé de la ressemblance de la syntaxe du français oral avec celle du 8 chinook, une langue indienne de l’Amérique du Nord. ( écrire le nom de la langue au tableau! ) Il consacre à ce sujet un petit chapitre dans “Bâtons, chiffres et lettres“ où il donne des exemples de Vendryès qui l’a aussi l’a profondément influencé: ( mettre le transparent sur le rétroprojecteur! ) Le chinook est en fait une langue qui consiste à énoncer d’abord “les signes grammaticaux abstraits“, Queneau parle du “résumé algébrique de la pensée“, puis à emplir cette forme vide avec des désignations de choses et de faits précis. Regardez le premier exemple sur le transparent. En chinook, on parlerait de cette façon là: “Lui elle cela avec // tuer homme femme“, ce qui correspond à L’homme a tué la femme avec un couteau Tout ce qui précède donc le tiret que j’ai introduit dans la phrase ne comprend que les indications grammaticales, les morphèmes: les données concrètes, les sémantèmes figurent après. Dans l’exemple 2, on a du français parlé qui a des structures syntaxiques qui ressemblent fortement à celle du chinook: “Elle n’y a encore pas // voyagé, ta cousine, en Afrique“, ce qui serait en bon français:“Ta cousine n’a pas encore voyagé en Afrique.“ Vous avez de nouveau avant le tiret les éléments grammaticaux, après, les données concrètes. Et justement comme ça qu’on parle souvent à l’oral! Dans les exemples 4 et 5 Queneau nous donne encore deux phrases qui montrent bien le côté vif de la syntaxe du français parlé et je pense que le francophone moyen dit plutôt: “Venez vite!“au lieu de “Il faut venir vite.“ et plutôt quelque chose comme: “Du temps, voyons! est-ce que j’en ai, moi, pour penser à cette affaire-là! au lieu de “Quant à moi, je n’ai pas le temps de penser à cette affaire.“ ( enlever le transparent! ) Tout dépend évidemment de la situation et du contexte dans lesquels on se trouve quand on parle et à quel milieu social on appartient ou on veut appartenir. En ce qui concerne le troisième pilier de la réforme, l’orthographe, vous avez l’extrait numéro 3 où Queneau explique: “Il s’agit à mon sens, non de corriger l’orthographe de l’ancien français ( celui que 9 j’écris en ce moment ),c’est-à-dire le français écrit de notre époque; pour Queneau, c’est déjà ancien par rapport à son néo-français ), mais de choisir quelle orthographe donner au nouveau français. La plus phonétique semblerait s’imposer; on pourrait employer l’alphabet: vous avez l’alphabet qu’il propose ) en observant cette règle que toute lettre se prononce, et sans jamais changer e valeur, quelle que soit sa position. Voilà! Ça nous donne par exemple le texte qui suit. Sans doute, quelqu’un a envie de le lire: ( Un(e) étudiant(e) lit le début du texte! ) Voilà! Pourquoi est-ce qu’il faudrait introduire une orthographe phonétique selon Queneau? Eh bien, pour Queneau, c’est évident. Lisons l’extrait numéro quatre: “La réforme de l’orthographe ou plutôt l’adoption d’une orthographe phonétique s’impose, parce qu’elle rendra manifeste l’essentiel: la prééminence de l’oral sur l’écrit, Il s’agit donc non de réforme, mais de création. Le français ira de son côté, le vulgaire de l’autre; on devrait même s’attendre à des échanges fructueux plus tard.“ Le français parlé doit, selon Queneau pouvoir s’imposer aussi à l’écrit parce que c’est tout simplement la langue qui prédomine dans la communication quotidienne. Là, évidemment, les opinions divergent. Je voudrais rapidement encore vous montrer un exemple qui vous illsutre un peu le côté mathématique dans la conception du langage de Queneau. Ce côté uploads/Litterature/ expose-raymond-queneau.pdf
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- Publié le Mai 05, 2022
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
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