AOÛT-SEPTEMBRE 2018 - LA GUERRE DE TROIE A-T-ELLE EU LIEU ? H NUMÉRO 39 3’:HIKP

AOÛT-SEPTEMBRE 2018 - LA GUERRE DE TROIE A-T-ELLE EU LIEU ? H NUMÉRO 39 3’:HIKPPJ=ZU]^UV:?k@k@d@j@a"; M 05595 - 39 - F: 8,90 E - RD H H OMÈRE OMÈRE LA LA LÉGENDE LÉGENDE ET ET L’HISTOIRE L’HISTOIRE Troie Troie LA LA GUERRE GUERRE DE DE A-T-ELLE A-T-ELLE EU EU LIEU ? LIEU ? H AOÛT-SEPTEMBRE 2018 – BIMESTRIEL – NUMÉRO 39 H BEL : 9,20 € - CAN : 14,5 $C - CH : 14,90 FS - D : 9,30 € - DOM : 9,50 € - GB : 7,50 £ - GRE : 9,20 € - IT : 9,30 € - LUX : 9,20 € - MAR : 90 DH - NL : 9,30 € - PORT. CONT. : 9,20 €. VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE Retrouvez Le Figaro Hors-Série sur Twitter et Facebook NOUVEAU ! Juillet Août 2018 8,90 € Actuellement disponible chez votre marchand de journaux et sur www.figarostore.fr/hors-serie LA FONTAINE, L’AMI RETROUVÉ Il sut manier avec un naturel confondant la langue de la Cour et celle du bon peuple. Parler philosophie avec des mots bien simples. S’essayer au théâtre, ne point s’y arrêter. Et créer, l’air de rien, la fantaisie d’un monde où le lapin taquin, la cigale étourdie, le moustique obstiné ressemblent, comme des frères, au poète et à ses semblables. Bien plus qu’un conteur pour enfants, Jean de La Fontaine est un auteur universel. Suivre ses traces, entendre l’écho de son œuvre, au fil des siècles et des livres, c’est entrer au royaume d’un styliste virevoltant, d’un génie de l’à-propos, d’un moraliste en robe des champs. C’est revivre en compagnie de Molière, Boileau, Racine, de LouisXIV et de Fouquet, découvrir la galerie de portraits de ses Fables, ses contes érotiques, son théâtre. Le Figaro Hors-Série vous y invite, avec Marc Fumaroli, Fabrice Luchini, Laurent Dandrieu, Sébastien Lapaque, Mathilde Brézet et quelques autres, en 104 pages magistralement illustrées par Gustave Doré, Fragonard, Benjamin Rabier, Félix Lorioux, Rébecca Dautremer… Le Figaro Hors-Série : La Fontaine. 104 pages. P ourquoi « ces textes à longues barbes » ont-ils gardé pour nous tant de saveur, tant de portée, tant de force ? Comment des épopées anciennes de près de deux mille huit cents ans ont-elles conservé une fraîcheur telle qu’on les croirait d’hier ? Par quel miracle un poète dont nous ne savons rien, au point qu’on doute parfois qu’il ait même existé, a-t-il pu composer, au sortir de siècles obscurs d’où avait disparu l’écriture, des poèmes qui font ruisseler le soleil sur l’écheveau tragique de nos joies et de nos douleurs ? Un été avec Homère : c’est sous ce titre que Sylvain Tesson a réuni les chroniques lumineuses qu’il avait consacrées, pour France Inter, à l’Iliade et à l’Odyssée et au fil desquelles, depuis le pigeonnier où il s’était retiré, sur le rocher battu par les vents d’une île des Cyclades, il avait tenté de répondre à ces questions laissées sans réponse par la science des univer- sitaires. « Lire Homère soulève, écrit-il. C’est la fonction organique des œuvres éternelles. » Loin des ouvrages savants, des enquêtes scientifi- ques, des commentaires érudits, ce livre écrit dans une langue acérée par la limpidité du jour offre au profane la meilleure des introductions à un univers où l’on se plonge sans se perdre, comme dans l’enchantement d’un rêve inondé de lumière. De l’Iliade et de l’Odyssée, Sylvain Tesson a compris que la magie tenait à ceci qu’y étaient concentrés dans une langue d’or et de feu tous les mystè- res de la condition humaine ; fouillés les zones d’ombre, l’absurdité du mal, l’injustice du sort, le deuil éclatant d’un bonheur fugace avec une densité rendue sans pareille par la nouveauté de la tentative de percer les secrets de l’univers, de discerner l’ordre qui se dissimule derrière le chaos. Comme si Homère était allé d’emblée à l’essentiel, sans nulle des préven- tions qui brident et qui altèrent nos esprits fatigués de modernes, parce qu’il avait été porté par le privilège de passer le premier, comme on trace son chemin dans une forêt vierge. « Tout se déploie en quelques hexamè- tres : la grandeur et la servitude, la difficulté d’être, la question du destin et de la liberté, le dilemme de la vie paisible et de la gloire éternelle, de la mesure et du déchaînement, la douceur de la nature, la force de l’imagination, la gran- deur de la vertu et la fragilité de la vie… » Ecrivain voyageur, homme de tous les défis, Sylvain Tesson n’est pas à la recherche d’exploits spectaculaires. Sa quête est celle des nourritures de l’âme, de la vie intérieure. Aussi a-t-il senti que ce qui fait le caractère uni- que de ces épopées, en quoi se manifeste déjà ce qui s’épanouira dans les multiples manifestations du génie grec – son architecture, sa poésie tra- gique, sa philosophie, sa statuaire –, c’est qu’elles échappent à la tenta- tion de la démesure, à l’outrance, au colossal. Elles sont écrites à hauteur d’homme, et si les dieux s’y manifestent, s’ils interviennent dans l’action jusqu’à se joindre à la mêlée, c’est qu’ils sont en réalité animés par des pas- sions humaines (on en fit longtemps le procès à Homère). L’Iliade et l’Odyssée exaltent le sens de la mesure, l’harmonie, la limite. Elles nous apprennent, résume Tesson dans une formule saisissante, « qu’il convient de savoir s’arrêter aux parapets du monde ». Sans doute leurs héros se distinguent-ils par leur force, leur énergie, leur courage exceptionnels. Mais ce qui fait d’eux des modèles, c’est leur capa- cité de se surmonter eux-mêmes. Déchaîné dans les lignes troyennes, Achille est un objet de stupéfaction, de crainte, presque d’horreur sacrée. Les dieux en sont épouvantés. « Les fleuves débordent de dégoût. » Sa gran- deur se manifeste bien plutôt dans la miséricorde : lorsque, acceptant enfin de laisser s’éteindre sa colère, il pleure avec Priam sur le malheur de son adversaire, qu’il reconnaît en lui l’image de son propre père ; quand il fait triompher, sur le ressentiment, sa magnanimité. L’Iliade, observe Tesson, n’est pas seulement la plus éblouissante des épopées guerrières, une école d’héroïsme, d’honneur militaire, d’amour de sa patrie, de défense de sa terre. Une succession de « chants du dépas- sement » qui nous proposent une alternative à la course au confort et à la prospérité, au fade narcissisme des réseaux sociaux. Elle nous rappelle cer- tes que la civilisation, c’est l’art de vivre de ceux qui ont « tout à perdre ». Qu’elle s’épanouit à l’abri de ce « trésor précieux » : un mur, une frontière. Mais elle fonde, plus encore, ce qui sera pendant des siècles tout l’effort de la paideia grecque ; elle dessine un idéal d’homme, qui devient parfait en poussant sa vaillance, sa piété, son habileté, son discernement, sa généro- sité à l’extrême, sans céder à l’hubris, « ombre maudite », à l’orgueil, à l’ivresse, à la violence des passions. Les épopées d’Homère nous apprennent à vivre et à mourir. Elles nous invitent à brider nos désirs insatiables en même temps qu’elles nous font miroiter tout le prix de nos existences, qu’elles nous montrent le bonheur qui est à notre portée, et la beauté du monde qui nous a, pour un court ins- tant, été prêté. Elles nous proposent, par là, une sagesse qui, sans attendre la Révélation chrétienne – à laquelle Tesson a le tort d’opposer avec insistance la leçon d’Homère, sans voir qu’elles sont peut-être complémentaires, deux moments d’une méditation sur le sens de notre présence dans l’univers –, donne une première signification à notre bref séjour sur la terre. Comme il l’a finement remarqué, les légendes troyennes présentent une incessante succession de retournements de situation. « Le vainqueur se trouvera un jour défait. Les héros s’enfuiront après avoir gagné. Les Achéens se débanderont après s’être approchés des Troyens qui, eux-mêmes, recule- ront à la suite d’un assaut réussi. » Achille sera tué après avoir vaincu Hec- tor, comme Hector l’avait été après avoir eu raison de Patrocle. Les Grecs ne seront vainqueurs de Troie que pour connaître les incertitudes d’un retour hasardeux, harassant. Agamemnon sera assassiné dans sa patrie retrouvée. Ulysse errera sur les mers pendant dix années avant de rallier, vieilli, amer, son foyer envahi par les prétendants. Leur victoire était donc une défaite, quand même celle-ci leur avait été cachée par d’illusoires suc- cès. La grande leçon d’Homère est ainsi que la partie est jouée, et qu’elle est perdue sans retour. L’homme est par nature même un être condamné. Ce qu’il lui appartient est d’un autre ordre : de faire briller, à l’image d’Achille, l’éclat de sa jeunesse comme un déjeuner de soleil, en préférant cette vie courte et glorieuse à une interminable obscurité. Jamais le poète ne cache ce que la mort peut avoir de lugubre et de déchirant. Il l’évoque avec des images suggestives lorsque tombent les héros sur la plaine. La nuit ténébreuse couvre leurs paupières. Les armes s’entrechoquent sur leurs corps. Achille n’étreint qu’une ombre inconsis- tante quand Patrocle lui apparaît uploads/Litterature/ le-figaro-histoire-ao-251-t-septembre-2018-pdf.pdf

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