Réussir mes études de cas Guide pédagogique pour les professeurs Marcos Lima ⦁
Réussir mes études de cas Guide pédagogique pour les professeurs Marcos Lima ⦁ Thierry Fabiani SOMMAIRE Avant-propos : le changement des attentes pour l’enseignement de la gestion ....... 2 Les principales caractéristiques des cas du type Harvard ......................................... 3 Les types de cas ...................................................................................................... 5 Types de cas selon la taille ...................................................................................... 5 Types de cas selon les compétences à acquérir ..................................................... 7 Types de cas selon les sources ............................................................................... 8 Types de cas selon le niveau de difficulté ............................................................. 9 Autres types de cas ......................................................................................................... 9 L’enseignement avec l'approche classique de Harvard .......................................... 15 Notre approche de l'enseignement de cas: La synthèse fragmentée ...................... 17 D’autres techniques d'animation de cas ............................................................... 20 Rôles de l'enseignant ............................................................................................ 21 Astuces pour stimuler l’apprentissage par les cas .................................................. 23 Créer des notes pédagogiques............................................................................... 24 Références bibliographiques ................................................................................. 26 Réussir mes études de cas 2 Avant-propos : le changement des attentes pour l’enseignement de la gestion L’enseignement dans le supérieur en général, et l’enseignement de la gestion en particulier, ont besoin de prendre en compte des changements majeurs dans la façon de travailler et communiquer au XXIe siècle. Notre point de vue est que le rôle des professeurs devient moins celui du « transmetteur de connaissances », et plus celui d’un « animateur d’intelligence collective » qui fournit des outils analytiques (comme dans la proverbiale expression « fournir une canne à pêche »). Le cliché du cours magistral traditionnel du XXe siècle (qui est encore très utilisé dans les écoles de commerce et dans les universités) était adapté à l’ère industrielle mais est aujourd’hui révolu. Dans cette approche, une personne parle (le professeur comme transmetteur de savoir) tandis que les étudiants (alumni, « ceux qui ne voient pas la lumière ») écoutent passivement. C’était finalement une façon traditionnelle de travailler quand l’accès à la connaissance était limité, les changements environnementaux étant plus lents et les organisations hiérarchiques s’appuyant sur des salariés passifs pour transmettre les informations et obéir aux ordres. Dans notre époque postindustrielle, les organisations qui prospèrent sont celles qui ont des structures flexibles, des stratégies modulables, une culture de la collaboration et un désir d’apprentissage. Les entreprises modernes attendent que les étudiants d’aujourd’hui, cadres de demain, deviennent autonomes dans la collecte d’informations et la résolution de problèmes. Les étudiants souhaitent qu’on leur donne des outils, méthodes et autres concepts qui les rendent performants dans la résolution des problèmes et le raisonnement créatif (Lima, 2003). Malheureusement ce n’est pas toujours ce qu’ils trouvent dans un environnement d’apprentissage passif. L’éducation des étudiants d’aujourd’hui appartient à la dite génération Y ; ils évoluent avec Internet et ont par conséquent développé de nouvelles attentes concernant l’interactivité et l’apprentissage (Lima et Fabiani, 2012). Ils ont facilement accès à une masse d’informations sur le Web mais manquent de raisonnement critique et de créativité nécessaires pour évaluer et pour synthétiser ces éléments d’information. Ils grandissent dans un environnement de jeux vidéo, de messagerie instantanée et de réseaux sociaux où l’interactivité est la pierre angulaire de la communication et de l’apprentissage. Pour ces étudiants, rester assis des heures devant un cours traditionnel devient de plus en plus rédhibitoire. Le rôle des enseignants du supérieur devra donc passer progressivement de professeur à animateur de pensées collectives, en stimulant les étudiants à la recherche d’informations pour les mettre au service de la résolution de problèmes, ou les préparer à la réflexion individuelle et collective pour trouver des solutions disruptives. Plutôt qu’utiliser du temps à faire cours aux étudiants sur des faits et des chiffres qu’ils peuvent trouver sur internet, les enseignants doivent être convaincus que les étudiants peuvent trouver des informations par eux-mêmes et peuvent ensuite en discuter en classe collectivement. Dans certains contextes, le contenu du cours devrait devenir le devoir à la maison pour l’étudiant (à travers des ressources vidéo Web) et ce qui était des travaux dirigés deviendrait un débat en classe par et avec les étudiants. Cette approche dite de « classe inversée » (Herreid & Schiller, 2013) s’est depuis accélérée avec l’arrivée des MOOC. Les études de cas ont stimulé ces compétences dans les écoles de commerce pendant presque un siècle. C’est une partie importante de ce qui est plus communément appelé « la pédagogie d’apprentissage active », en signifiant que l’interaction entre étudiants est la partie centrale de ce processus d’apprentissage. Si l’apprentissage actif à travers les études de cas ne doit pas être perçu comme une solution miracle qui se substituerait aux méthodes dites traditionnelles, elle devrait occuper une large Réussir mes études de cas 3 partie de la stratégie d’enseignement dans le supérieur. cette tendance semble de plus en plus se confirmer. Les données provenant du « case center » (connu autrefois sous le nom ECCH – « The European Case Clearing House ») montrent qu’entre 1997 et 2007, le nombre de cas vendu à travers le monde a augmenté de 50 % (Brulhart, 2009). La génération des « classes inversées » bénéficie ainsi de vents favorables. Les principales caractéristiques des cas du type Harvard L’ouvrage Réussir mes études de cas comporte deux types de cas : des cas dits « classiques » du type Harvard et des mini-cas. Les premiers, comme décrits dans l’ouverture de l’ouvrage, sont souvent très longs (au moins une quinzaine de pages, parfois quelques dizaines). Les derniers sont beaucoup plus courts (quelques paragraphes) et beaucoup moins ambitieux en termes d’objectifs pédagogiques. Les caractéristiques de la méthode de cas type Harvard sont les suivantes (Abell, 1997) : Contiennent une ou plusieurs questions de management dans le but de donner lieu à des échanges ; Traitent de sujets pertinents et d’actualité ; Soulèvent des problématiques qui peuvent donner lieu à différentes interprétations, décisions et plans d’action ; Contiennent des comparaisons et des enseignements ; Apprennent aux étudiants à étendre les leçons et concepts pour d’autres situations ; Possèdent des informations appropriées pour soulever des problématiques telles que la description de produits, les éléments de marchés, les personnes impliquées, en utilisant les données qualitatives et quantitatives ; Utilisent un style narratif qui est plutôt personnel, en incluant le point de vue des participants et leurs témoignages ; Sont bien structurés ; Ont habituellement entre 10 et 20 pages de textes et possèdent 5 pages de pièces-jointes et annexes. Les mini-cas, quant à eux, sont des simples descriptions des situations particulières pour illustrer un contexte ou une problématique ponctuelle. Ils peuvent s’appuyer sur un article de presse, un descriptif d’entreprise, un extrait d’une étude de cas plus complète, ou une compilation de plusieurs sources. Ils peuvent compter entre d’un à deux paragraphes jusqu’à une ou deux pages sans annexes ou pièces jointes. Les cas Harvard ne sont généralement ni simplistes et ni forcements linéaires, afin de reproduire la complexité et la densité d’information dans la vraie vie. Selon Jackson (2011) : Alors que les manuels de gestion sont logiques et cohérents dans leur présentation, les cas ont eux pour objectif d’introduire plus de réalisme en présentant des incertitudes, et des imprévus. Ainsi, plusieurs cas ont des propriétés complexes, comme des informations qui créent un sentiment ambigu ou des impasses. Il peut avoir des nombreux détails superflus, des informations insuffisantes et subjectives liées aux témoignages des personnages du cas. Réussir mes études de cas 4 D’un point de vue pédagogique, la méthode d’Harvard appartient au paradigme socio- constructif : c’est toujours réaliste, interactif, contingent, critique et inductif (Skudienne, 2012 ; et Lima, 2003). Chacune de ces caractéristiques est décrite de façon plus détaillée ci-dessous : Réaliste : comme précédemment mentionné, un des fondamentaux de la méthode de cas est qu’il doit refléter une situation authentique, même si elle est modifiée pour conserver l’anonymat. Cela est cohérent avec le principe constructiviste de l’authenticité, ainsi les étudiants sont certains que les faits qu’ils traitent sont réels et non inventés. Interactive : les étudiants doivent collaborer entre eux et avec leur professeur dans le but de résoudre l’étude du cas. Cela génère des idées et illustre le contraste des opinions et une construction intersubjective de plans d’actions qui reflète la décision habituellement prise dans les organisations modernes. Contingent : la profondeur des analyses et des discussions dépend du niveau des étudiants, leur expérience professionnelle, leur niveau culturel et leur aisance avec la méthode de cas. Il n’y a pas de « meilleure solution » mais plutôt des arguments cohérents et des propositions pertinentes basées sur le niveau et l’ouverture des étudiants. Critique : la méthode de cas n’est pas une approche basée sur le quoi penser mais plutôt sur le comment penser. Comme nous en parlions brièvement ci-dessous et l’aborderons plus en détail dans le prochain chapitre, les études de cas stimulent les étudiants à construire leur propre argumentation, à analyser systématiquement, à se comparer, à se questionner et s’évaluer. Il y a plusieurs avantages et inconvénients pour chacune des solutions proposées. Inductive : les cas sont par nature basés sur des circonstances particulières qui ne peuvent pas être généralisées. Plutôt que uploads/Management/ guide-pedagogique-professeurs.pdf
Documents similaires
-
87
-
0
-
0
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise- Détails
- Publié le Apv 09, 2022
- Catégorie Management
- Langue French
- Taille du fichier 1.1061MB