L a t r o i s i è m e J . L a c a n V I I è m e C o n g r è s d e l ’ É c o l e

L a t r o i s i è m e J . L a c a n V I I è m e C o n g r è s d e l ’ É c o l e f r e u d i e n n e d e P a r i s R o m e 3 1 o c t o b r e – 3 n o v e m b r e 1 9 7 4 S o m m a i r e Conférence de presse du Dr Lacan (29 octobre 1974 au Centre culturel français) 7 Ouverture du congrès par le Dr Lacan (31 octobre 1974) 37 La troisième (1er novembre 1974) 41 Clôture du congrès par le Dr Lacan (3 novembre 1974) 91 3 Conférence de presse du docteur Jacques Lacan au Centre culturel français, Rome, le 29 octobre 1974. J. LACAN – J’ai pris mes positions dans la psychanalyse, c’était en 1953, très exactement. Il y a eu un premier congrès en octobre, à Rome. Je crois – je ne l’ai pas demandé – j’imagine qu’on a pensé pour moi à quelque chose comme un anniversaire : ce n’est pas peu, vingt et un ans ; c’est les vingt et un ans pendant lesquels j’ai enseigné d’une façon qui a fait tranchant, si l’on peut dire, dans mes positions. J’avais déjà commencé mon enseignement deux ans avant 1953. C’est peut-être donc ce à quoi on a pensé. D’un autre côté, je n’avais, moi, aucune raison d’y faire objection, d’autant que Rome, malgré tout, c’est un lieu qui conserve une grande portée, et tout spécialement pour la psychanalyse. Si jamais – on ne sait pas, ça peut vous arriver – vous venez entendre le quelque chose que j’ai préparé, parce que j’ai préparé quelque chose pour eux ; ils s’attendaient à ce que je parle ; je n’ai pas voulu qu’on l’annonce, mais j’ai préparé quelque chose ; je l’ai même préparé avec beaucoup de soin, je dois dire, à la vérité ; si jamais donc vous venez, vous entendrez quelque chose qui se rapporte aux rapports de la psychanalyse avec la religion. Ils ne sont pas très amicaux. C’est en somme ou l’un ou l’autre. Si la religion triomphe, comme c’est le plus probable – je parle de la vraie religion, il n’y en a qu’une seule de vraie – si la religion triomphe, ce sera le signe que la psychanalyse a échoué. C’est tout ce qu’il y a de plus normal qu’elle échoue, parce que ce à quoi elle s’emploie, c’est quelque chose de très très difficile. Mais enfin, comme je n’ai pas l’intention de faire une conférence maintenant, je ne peux dire que ça, c’est que la psychanalyse, c’est quelque chose de très difficile. Vous êtes journaliste de quel journal ? Mme X. – Agence Centrale de Presse de Paris. J. Lacan – C’est quelque chose de très difficile, la psychanalyse. D’abord c’est très difficile d’être psychanalyste, parce qu’il faut se mettre dans une position qui est tout à fait intenable. Freud avait déjà dit ça. C’est une position intenable, celle du psychanalyste. Mme X. – Il y aura combien d’élèves du D R Lacan à ce Congrès ? J. LACAN – À ce Congrès ? Mais je n’en sais rien. Mme X. – De participants ? J. LACAN – Il y a des participants à ce Congrès qui sont, je suppose, beaucoup plus nombreux que les gens de mon École. Parce qu’il y a une espèce d’effet de curiosité autour de moi. C’est loufoque mais c’est comme ça. 4 Mme X. – Mais c’est motivé, cette loufoquerie ? J. LACAN – Motivé par la mienne, probablement. Mais moi, naturellement, je ne suis pas au courant. Mme X. – Je crois que mon Agence concurrente veut prendre la parole. M. Y. – (inaudible) Mme X. – Je demandais simplement au Professeur Lacan pourquoi il disait que le psychanalyste était dans une position intenable ? J. LACAN – Au moment où j’ai dit ça, j’ai fait remarquer que je n’étais pas le premier à le dire. Il y a quelqu’un à qui quand même on peut faire confiance pour ce qu’il a dit de la position du psychanalyste, très très précisément, c’est Freud. Alors Freud étendait ça ; il a dit qu’il y avait un certain nombre de positions intenables parmi lesquelles il mettait « gouverner » – comme vous le voyez, c’est déjà dire qu’une position intenable, c’est justement ce vers quoi tout le monde se rue, puisque pour gouverner on ne manque jamais de candidats – c’est comme pour la psychanalyse, les candidats ne manquent pas. Puis Freud ajoutait encore : éduquer. Ça alors les candidats manquent encore moins. C’est une position qui est réputée même être avantageuse ; je veux dire que là aussi non seulement on ne manque pas de candidats mais on ne manque pas de gens qui reçoivent le tampon, c’est-à-dire qui sont autorisés à éduquer. Ça ne veut pas dire qu’ils aient la moindre espèce d’idée de ce que c’est qu’éduquer. Mais enfin ça suggère quand même beaucoup de méditations. Les gens ne s’aperçoivent pas très bien de ce qu’ils veulent faire quand ils éduquent. Mais ils s’efforcent quand même d’en avoir une petite idée. Ils y réfléchissent rarement. Mais enfin le signe qu’il y a quand même quelque chose qui peut, tout au moins de temps en temps, les inquiéter, c’est que parfois ils sont pris d’une chose qui est très particulière, qu’il n’y a que les analystes à connaître vraiment bien, ils sont saisis d’angoisse. Ils sont saisis d’angoisse quand ils y pensent, à ce que c’est qu’éduquer. Mais contre l’angoisse, il y a des tas de remèdes. En particulier il y a un certain nombre de choses qu’on appelle « conceptions de l’homme », de ce que c’est que l’homme. Ça varie beaucoup. Personne ne s’en aperçoit mais ça varie énormément, la conception qu’on peut avoir de l’homme. Il y a un très bon livre qui est paru, qui a rapport à ça, à l’éducation. C’est un livre qui a été dirigé par Jean Chateau. Jean Chateau était un élève d’Alain. Je vous en parle parce que c’est un livre auquel je me suis intéressé très récemment. Je ne l’ai même pas fini actuellement. C’est un livre absolument sensationnel. Ça commence à Platon et ça continue par un certain nombre de pédagogues. Et on s’aperçoit quand même que le fond, ce que 5 j’appelle le fond de l’éducation, c’est-à-dire une certaine idée de ce qu’il faut pour faire des hommes – comme si c’était l’éducation qui les faisait ; à la vérité il est bien certain que l’homme, ce n’est pas forcé forcé qu’il soit éduqué ; il fait son éducation tout seul ; de toute façon il s’éduque, puisqu’il faut bien qu’il apprenne quelque chose, qu’il en bave un peu - mais enfin les éducateurs, à proprement parler, c’est des gens qui pensent qu’ils peuvent les aider, et que même il y aurait vraiment au moins une espèce de minimum à donner pour que les hommes soient des hommes et que ça passe par l’éducation. En fait ils n’ont pas tort du tout. Il faut en effet qu’il y ait une certaine éducation pour que les hommes parviennent à se supporter entre eux. Par rapport à ça, il y a l’analyste. Les gens qui gouvernent, les gens qui éduquent ont cette différence considérable par rapport à l’analyste, c’est que ça s’est fait depuis toujours. Et je répète que ça foisonne, je veux dire qu’on ne cesse pas de gouverner et qu’on ne cesse pas d’éduquer. L’analyste, lui, il n’a aucune tradition. C’est un tout nouveau venu. Je veux dire que parmi les positions impossibles, il en a trouvé une nouvelle. Alors ce n’est pas particulièrement commode de soutenir une position dans laquelle, pour la plupart des analystes, on n’a qu’un tout petit siècle derrière soi pour se repérer. C’est quelque chose de vraiment tout à fait nouveau, et ça renforce le caractère impossible de la chose. Je veux dire qu’on a vraiment à la découvrir. C’est pour ça que c’est chez les analystes, c’est-à-dire là, à partir du premier d’entre eux, que, à cause de leur position qu’ils découvraient et dont ils réalisaient très bien le caractère impossible, ils l’ont fait rejaillir sur la position de gouverner et celle d’éduquer ; comme eux, ils en sont au stade de l’éveil ; ça leur a permis de s’apercevoir qu’en fin de compte les gens qui gouvernent comme les gens qui éduquent n’ont aucune espèce d’idée de ce qu’ils font. Ça ne les empêche pas de le faire, et même de le faire pas trop mal, parce qu’après tout, des gouvernants, il en faut bien, et les gouvernants gouvernent, c’est un fait ; non seulement ils gouvernent mais ça fait plaisir à tout le monde. Mme X. – On retrouve Platon. J. LACAN – Oui, on retrouve Platon. uploads/Management/ la-troisieme-integrale.pdf

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  • Publié le Nov 23, 2021
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