ÉDITORIAL Le métier des armes, qu’il soit sur ou sous mer, sur terre ou encore
ÉDITORIAL Le métier des armes, qu’il soit sur ou sous mer, sur terre ou encore dans les airs, pose le problème, à tous ceux qui l’embrassent, de la transgression de l’interdit de tuer, comme l’expose monsieur Michel Serres dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder. Le contre-amiral Gillier, comme le vice-amiral Bourdoncle de Saint- Salvy s’appuient sur leurs expériences personnelles pour illustrer la difficulté de prendre une décision qui soit la meilleure possible. Notre spécificité réside dans notre double identité de combattant mais aussi de marin. En effet, l’environnement dans lequel nous évoluons a des conséquences sur nos actes. Nous ne creusons pas de tranchées, nous n’érigeons pas de casemates, notre refuge est, par exemple pour les sous-marins, la couche bathymétrique idoine. Cela passe, comme l’explique le contre-amiral Lajous, par la meilleure connaissance possible de cet environne- ment complexe. Au fur et à mesure des progrès technologiques, le combat est devenu plus distant et potentiellement plus meurtrier. L’affrontement se fait au tra- vers d’une interface technique qui peut dénaturer la perception des conséquences de son acte. C’est un des thèmes abordés par l’amiral Dupont. Il faut se poser toutes ces questions dès le début d’une carrière. Même si les solu- tions trouvées à ce moment-là pourront évoluer avec le temps et les événements, rien n’est pire, dans notre métier, que l’impréparation. Sous l’impulsion de Mon- sieur Antoine Assaf, initiateur de ce dossier et auteur d’une contribution, chaque promotion de l’école navale « planche » sur un sujet éthique. Vous trouverez le tra- vail des élèves qui se sont distingués en 2006 et 2007. Il vous sera donc possible de comparer les visions de deux générations d’officiers, au début et à la fin de leurs carrières. Quand les interrogations éthiques se font très fortes, beaucoup de marins se tournent vers les aumôniers, acteurs discrets mais bien présents dans l’environ- nement de la Marine nationale. Quatre aumôniers généraux nous livrent leur per- ception de l’éthique du marin militaire. Ce dossier se poursuit avec les articles de monsieur Letot qui nous explique que les marins ont été les vecteurs d’humanisme et que celui-ci a été une conséquence directe du travail sur la connaissance fait par nos prédécesseurs. Il se termine avec l’article du professeur Pancracio, plus inquié- tant, sur la délivrance par le gouvernement des États-Unis d’Amérique, de lettres de marques à des sociétés militaires privées. En illustrant la tendance forte à une privatisation des conflits, cet article met aussi en évidence les problématiques concernant l’éthique militaire. Nous terminons ce numéro double avec les actes du colloque sur les “urgentistes de la mer: sauvetage et pollution” qui s’est tenu à l’École des officiers du commissa- riat de la marine, le vendredi 4 avril 2008. Ces actes vous permettront de mieux appréhender les spécificités et la complexité de l’environnement maritime. Pour nous aider dans le développement de votre revue, nous avons décidé de constituer un comité de lecture composé des personnalités suivantes: les amiraux Pierre Lacoste, François Dupont et Olivier Lajous, ainsi que les professeurs Pascal Chaigneau et Martin Motte. Nous profiterons de leur sagacité pour continuer à explorer les routes de la connaissance avec nos prochains numéros consacrés à l’Asie, au thème “Commander/Manager”, et à l’Amérique. Il ne me reste plus qu’à vous remercier de votre fidélité et à passer la barre au contre-amiral François de Lastic qui prendra le commandement du Centre d’ensei- gnement supérieur de la marine et la direction de votre revue à compter du 1er sep- tembre. Bon vent et bonne lecture. Capitaine de vaisseau Éric Chaplet L’éthique du marin militaire 5 Entretien avec Monsieur Michel Serres Propos recueillis par le capitaine de corvette Éric Levy-Valensi 13 L’éthique du marin d’État Contre-amiral Olivier Lajous 19 Éthique militaire: expériences vécues Vice-amiral Anne-François de Bourdoucle de Saint-Salvy 27 Commandant de SNLE, Janvier 1995, mer d’Iroise, À bord du Triomphant Amiral François Dupont 33 La dignité de l’Homme: l’officier face à ses choix Contre-amiral Marin Gillier 41 Une mission d’exploration éthique à la fin du XIXe siècle. Les Indiens d’Amérique appartiennent-ils à l’humanité? Monsieur Laurent Letot 47 Les forces morales et la vocation de l’Europe Monsieur Antoine-Joseph Assaf 49 L’éthique du marin militaire (Prix d’éthique de l’École navale) Aspirants Murielle Bazin, Thibault Vallery-Radot Élèves-officiers Tanguy Pelletier-Doisy, Jean Masdupuy, Jean-Baptiste Rabany 55 Quelle éthique pour le soldat de la mer? Libres remarques d’un aumônier catholique Patrick Le Gal 61 La vie, la mort et les marins Haïm Korsia 65 Le marin musulman entre ciel et mer Abdelkader Arbi 67 Regards protestants sur l’éthique militaire Bernard Delannoy 71 Le retour de la guerre de course Monsieur Jean-Paul Pancracio Les urgentistes de la mer 82 Mot d’accueil, ouverture du colloque Commissaire en chef de la marine Jean-Loup Velut et Maître Patrick Simon 85 L’action de l’État en mer: pratique et évolution du droit maritime Monsieur Xavier de la Gorce 89 Urgences en Atlantique Vice-amiral d’escadre Xavier Rolin 93 Une coopération internationale indispensable à la bonne gestion des évènements de mer Contre-amiral Philippe Périssé 97 Notion d’auteur d’une pollution involontaire par hydrocarbures Maître Nathalie Franck 101 La responsabilité de l’armateur en cas de pollution par hydrocarbures Madame Cécile Bellord 107 Le vetting, source de responsabilité Maître Guillaume Brajeux 109 La responsabilité du capitaine de navire Maître Michel Quimbert 113 Les prérogatives de l’État côtier en matière de pollutions par rejets volontaires d’hydrocarbures Monsieur Xavier Tarabeux 121 Immunité et souveraineté Maître Isabelle Corbier 127 Situation du pavillon en cas d’imminence du danger Madame Françoise Odier 131 l’État côtier et la notion de danger Commissaire en chef de la marine Jean-Loup Velut 135 La pénalisation du métier de sauveteur de la mer Maître Claudia Ghica-Lemarchand 139 L'urgence peut-elle toujours primer sur la forme? Commandant Charles Claden 141 Atteintes à l’environnement marin: quelles réparations pour quels préjudices? Monsieur Yann Rabuteau 145 La réparation du préjudice écologique, les conditions du succès Maître Thomas Dumont 148 Allocution et mot de clôture du colloque Contre-amiral (2S) Bertrand Lepeu et Commissaire général de 1re classe Jean-Louis Fillon Entretien Monsieur Michel Serres Historien de la philosophie et des sciences Membre de l’Académie française La première question que nous souhaitons vous posez est la suivante: comment définir l’éthique par rapport à la morale? Les deux termes veulent en fait dire la même chose, simplement l’un est grec et l’autre latin. Morale vient de “mores” qui signifie “les mœurs” en latin et “ethos” qui signifie “les mœurs” en grec. Par conséquent, que vous disiez “éthique” ou “morale” , c’est a priori la même chose. Mais, peu à peu, le sens de chacun des deux termes est devenu différent parce que la morale a évolué au cours de l’His- toire de deux manières. D’un côté, la morale a tendu à devenir psy- chosociologique: description des conduites, des mœurs courantes (par exemple des catholiques ou des juifs, des Français ou des Alle- mands). Et, de l’autre côté, on assimile à la morale des conseils, des préceptes plus ou moins normatifs. Tantôt, on a appelé l’un “morale” et l’autre “éthique” . Le sens de ces deux vocables a beaucoup varié et, actuellement, on peut employer indifféremment “éthique” et “morale” . Si l’on dit plutôt “éthique” aujourd’hui, c’est pour être politi- quement correct. La morale a désormais mauvaise réputation – qui sait pourquoi? Alors que tout le monde en fait, en particulier dans les publicités! Il vaut mieux dire “éthique” parce que ça cache un peu le côté normatif de la morale. Il n’en demeure pas moins que, quand on fait de la morale ou de l’éthi- que, on a tendance à la fois à décrire les mœurs et à tenter d’accéder à des préceptes normatifs. Dans le monde d’aujourd’hui, on parle beaucoup d’éthique… On parle beaucoup d’éthique, en effet. C’est une véritable mode. Auparavant, il existait un troisième terme au-delà d’“éthique” et de “morale” , c’est le terme “déontologie” . Il est moins usité aujourd’hui et le mot “éthique” le remplace de fait. On parlait de déontologie du pra- ticien (par exemple du médecin), de déontologie de l’avocat, etc., et de déontologie du militaire. Et, lorsque Alfred de Vigny écrit “Servi- tude et grandeur militaires”, il décrit la déontologie de l’ Armée. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une éthique ou une morale spéciale et spé- cifique à un métier. Il existait des manuels de déontologie de tel ou tel métier autrefois et, à mon avis, “éthique” aujourd’hui est utilisé en lieu et place de “déon- tologie” . Il ne s’agit pas d’un hellénisme, mais d’un anglicisme. On dit “éthique” à cause de “ethics” . On dit aujourd’hui: “éthique” pour des prescriptions concernant un métier donné. Pour autant, avons-nous un comportement plus éthique que nos ancêtres? Aujourd’hui, la déontologie touche beaucoup plus de métiers qu’elle n’en touchait autrefois et c’est ça qui est moderne. Par exemple, dès le Ve siècle avant Jésus-Christ, Hippocrate avait défini une déontologie médicale: le “Serment d’Hippocrate”; mais on n’aurait pas imaginé une seule minute qu’un scientifique quelconque ait des devoirs moraux. Un physicien, un chimiste, au XVIIIe siècle ou au uploads/Philosophie/ bulletin-ethique-militaire.pdf
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- Publié le Jul 24, 2021
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