UNIVERSITÉ DE STRASBOURG ÉCOLE DOCTORALE DES HUMANITÉS Faculté de Philosophie C

UNIVERSITÉ DE STRASBOURG ÉCOLE DOCTORALE DES HUMANITÉS Faculté de Philosophie CREPHAC Centre de recherches en philosophie allemande et contemporaine EA2326 THÈSE présentée par : Ma. del Rocío YESCAS MARTÍNEZ soutenue le 5 décembre 2018 Le ton de l’âme L’image et l’imagination chez J. G. Hamann et J. G. Herder THÈSE dirigée par : M. Franck FISCHBACH Rapporteurs : M. Christian BERNER M. Denis THOUARD Examinateur : M. Gérard BENSUSSAN 2018-2019 Le ton de l’âme L’image et l’imagination chez J. G. Hamann et J. G. Herder Table de matières Introduction 1 Partie I Du réductionnisme rationaliste vers une perspective holistique de la connaissance Chapitre I La critique de la connaissance d’après Hamann dans Sokratische Denkwürdigkeiten 1.0 Introduction 30 1.1La figure de Socrate: entre rationaliste et mélancolique 46 a) Le Socrate rationaliste de Shaftesbury b) Le Socrate mélancolique de Hamann 1.2 La connaissance et la connaissance de soi 64 1.3 La croyance et la sensation: l’entendement croyant 75 Chapitre II La critique de la connaissance d´après Herder dans Vom Erkennen und Empfinden in der Menschlischen Seele 2.0 Introduction 101 2.1 Herder et Leibniz 114 2.2 Le ton : « eine musicalische Monadologie » 125 2.3 « fühlendeMonade » 131 Partie II L’image et l’imagination dans la pensée philosophique Chapitre III La connaissance et le langage dans Aesthetica in nuce. Eine Rhapsodie in kabbalistischer Prose 3.0 Introduction 138 3.1L’image et sensibilité 158 3.2 L’image et l’imagination 174 3.3 Bild: analogie, signe, symbole 191 Chapitre IV La connaissance dans Vom Erkennen und Empfinden der Menschlischen Seele 4.0 La theorie de l’ ame : « eine sympathetische Kraft » 227 4.1: L’image et l’imagination : « ein lichtes Eins » 231 Partie III L’image et l’imagination dans la tradition rhétorique humaniste Chapitre V Hamann et Herder: lecteurs de Juan Huarte et Francis Bacon 5.0 Introduction 236 5.1 L’ingenium dans Examen de Ingenios para la Ciencias et le Génie dans Sokratische Denkwürdigkeiten 245 5.2 Mémoire-imagination-entendement 251 5.3 L’ingenium, l’imagination, le langage 260 5.4 Hamann : entre Huarte et Bacon 266 5.5 Huarte et Herder : l’ingenium et l’anthropologie 279 5.6 Le génie et l’image 281 Conclusion 284 Bibliographie 288 1 INTRODUCTION « Die Einbildungskraft nimmt und schaffet und bildet und dichtet...» J. G. Herder « Aus der productiven Einbildungskraft müssen alle innern Vermögen und Kräfte-und alle äußer Vermögen und Kräfte deduziert werden. » Novalis Tout au long de la tradition philosophique l’imagination a été disqualifiée, tantôt dans la morale, tantôt dans la théorie de la connaissance, tantôt dans la métaphysique. L’image, considérée comme une copie de la réalité et une fiction, a également été la cible des philosophes.1 Sans doute, dans la pensée philosophique moderne, l’épistémologie de David Hume fournit les principes pour une revalorisation et reconnaissance des pouvoirs de cette disposition humaine.2 Cette revalorisation épistémique de l’imagination est déjà établie dans la première moitié du XVIIIe siècle dans la pensée philosophique.3 Mais, si la théorie de Hume est d’une importance cruciale pour l’épistémologie de Herder, en même temps, elle contient aussi les principes d’un rapport ambigu à cette disposition humaine qui, à cette époque-là, devait être limitée moralement et corrigée par la raison.4 De fait, les études plus récentes sur Hume reconsidèrent la relation dichotomique qu’il a établie entre la raison et l’imagination, contrairement aux interprétations traditionnelles, pour lesquelles la raison serait éclipsée par le pouvoir de l’imagination.5 La 1 PIERRON Jean-Philippe, Les puissances de l´imagination. Essai sur la fonction éthique de l’imagination, Paris, les Éditions du Cerf, 2003, p.37. 2 Dans sa théorie de l’imagination, Hume considère cette disposition humaine comme le fondement (i.e. le soubassement) de la croyance dans les relations causales, en ce qui concerne les questions de faits et le lien entre l’impression et l’idée. STREMINGER Gerhard, «Hume’s Theory of Imagination», Hume Studies, 6 (1980), 91-118. ROCKNAK Stefanie, Imagined causes. Hume’s conception of objects, New York- London, Springer, 2013, p. 44-46, 107-111. 3 DÜRBECK Gabriele, Einbildungskraft und Aufklärung: Perspektiven der Philosophie, Anthropologie und Ästhetik um 1750, Tübingen, Max Niemayer Verlag, 1998, p. 110. Dans cette étude, on trouve des auteurs comme Malebranche, Shaftesbury, Wolff, Muratori, mais pas Hume. 4 Ibid. p. 118. BOWRA Cecil Maurice, The Romantic Imagination, London, Oxford Paperbacks, 1950, p.15. 5 Voir GARRETT Don, « Reasons to Act and Believe: Naturalism and Rational Justification in Hume’s Philosophical Project », Philosophical Studies, 132.1 (2007), 1-16. 2 réévaluation de cette faculté reste inachevée dans le domaine de la théorie de la connaissance et, en définitive, pour de nombreux philosophes des Lumières, l’imagination représente encore « la faiblesse de l’homme soumis à ses désirs et à ses craintes. »6 La disqualification de l’imagination persiste, peut-être parce que, comme l’affirme Starobinski, « son domaine est le paraître et non l’être. »7 À cet égard, Dilthey affirme que l’Aufklärung et plus largement la culture allemande, ont été imprégnées par la philosophie de Leibniz, laquelle se distinguait par son caractère esthétique.8 Les principes philosophiques-esthétiques, qui ont une importance fondamentale pour la compréhension de la pensée de Herder, se trouvent dans Von der Glückseeligkeit (1698). C’est ici que Leibniz développe certaines idées qui occuperont une position centrale dans l´écrit trois fois rédigé Vom Erkennen und Empfinden in der menschliche Seele,9 texte qui est par ailleurs considéré comme le Grand-Œuvre philosophique de Johann Gottfried Herder (1744-1803). Dans Von der Glückseeligkeit, Leibniz présente ce qu’on peut nommer ses idées esthétiques sous la forme d’une chaîne de définitions de concepts philosophiques comme, par exemple, la beauté (Schönheit), la force (Kraft) ou la perfection (Vollstellung). Pour Leibniz, explique Dilthey, « die Einheit in der Mannigfaltikeit» est considéré comme une loi du monde. La réalité est constituée de forces et chaque être est une force, laquelle forme, à partir d’une pluralité, un ordre qui est défini comme la beauté : « Bei aller Kraft, je größer sie ist, je mehr zeiget sich dabei Viel aus einem und in einem, indem Eines Viele außer sich reagiert und in sich vorbildet. »10 6 DELON Michel, L’idée d’énergie au tournant des lumières (1770-1820), Paris, PUF, 1988, p. 344. 7 STAROBINSKI Jean, « Jalons pour une histoire du concept d’imagination », in L’œil vivant II. La relation critique, Paris, Gallimard, 1970, p.17. 8 « Wie Descartes dem französichen Geistes seine Richtung gegeben, wie Locke den einglischen bestimmt hat, so ist Leibniz der Führer unserer gesitigen Kultur geworden. » DILTHEY Wilheim, Leibniz und sein Zeitalter, Stuutgart, B.G. Teubner Verlagsgesellschaft, 1959, p. 62. 9 Übers Erkennen und Empfinden in der menschlichen Seele, (1774); Vom Erkennen und Empfinden, den zwo Hauptkräften der menschlichen Seele, (1775); Vom Erkennen und Empfinden der menschlischen Seele. Bemerkungen und Träumen, (1778). Nous citerons selon l’édition de Proß: HERDER Johann Gottfried, Werke, Band II, Herder und die Antropologie der Auflrärung, Hrgs. Wolfgang Proß, Frankfurt, Carl Hanser Verlag, 1987. 10 LEIBNIZ Gottfried Wilhelm, Von der Glückseligkeit, in Kleine Schriften zur Metaphysik, Herausgegeben und übersetzs von Hans Heinz Holz, Frankfurt am Main, Insel-Verlag, 1965, p. 391-401. Cursives de Leibniz. 3 Le philosophe de Hanovre n’emploie pas le terme esthétique, mais dans cette œuvre et dans ses productions philosophiques majeures, il est touché par ce qu’il nomme le « je ne sais quoi. »11 Il admet que la joie (Freude) est le plaisir (Lust) que l’âme sent en elle-même quand elle appréhende par les sens la beauté d’une image, d’une figure, une mélodie douce, une odeur agréable. En d’autres termes, Leibniz estime que la source du bonheur (Glückseeligkeit) est la disposition à sentir (Gefühl) la perfection (Vollstellung), même si celle-ci ne lui apparaît pas comme un concept clair et distinct. Pour le philosophe, la perfection, qui est aussi perçue comme une harmonie, se saisit non par l’entendement, mais par la sensibilité (Gemüt). Il affirme donc la valeur cognitive de la sensation (Empfindung). Ainsi Leibniz pose-t-il les principes de ce qu’Alexander Gottlieb Baumgarten va développer plus tard, à savoir l’esthétique comme discipline philosophique dont le point de départ est la perspective métaphysique leibnizienne sur la beauté. Baumgarten reprend aussi la taxinomie de Leibniz sur les idées, les petites perceptions ou les représentations claires et confuses, pour constituer l’objet de l’esthétique.12 Baumgarten conçoit alors une gnoseologia inferior qui se situe dans la psychologie empirique et qu’il définit comme scientia cognitionis sensitivae. L’esthétique comprend la recherche sur la sensibilité : la mémoire, l’imagination et le sensum communem. Il établit subséquemment l’irréductibilité de la connaissance sensible en envisageant la connaissance esthétique comme ars analogon rationis.13 Le postulat leibnizien de « l’unité dans la pluralité » est devenu un principe de la nouvelle esthétique à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle.14 Dans Recommandation pour instituer la science en général (1686), Leibniz non seulement justifie l’imagination comme nécessaire à l’invention dans les arts, mais aussi la rattache à l’enthousiasme, un des aspects de cette disposition les plus débattus par les philosophes et les théologiens. Pour 11 Par exemple dans Discours de Métaphysique (1686), Principes de la Nature et de la Grâce, fondées en raison (1714) et dans Nouveaux Essais sur l’Entendement humain (1704), où il insiste sur l’idée de la qualité confuse des perceptions sensibles, car « ce sont elles uploads/Philosophie/ m-rocio-yescas-imagen-e-imaginacion-en-herder-y-hamann.pdf

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