Dioti La métaphysique Kant José Castaing.doc © CRDP Midi-Pyrénées, Ellipses 199

Dioti La métaphysique Kant José Castaing.doc © CRDP Midi-Pyrénées, Ellipses 1999 1 La métaphysique L’interrogation métaphysique dans l’œuvre de Kant José Castaing Philopsis : Revue numérique http://www.philopsis.fr Les articles publiés sur Philopsis sont protégés par le droit d'auteur. Toute reproduction intégrale ou partielle doit faire l'objet d'une demande d'autorisation auprès des éditeurs et des auteurs. Vous pouvez citer librement cet article en en mentionnant l’auteur et la provenance. "La métaphysique de laquelle mon destin est d'être amoureux, bien que je puisse rarement me flatter de ses vagues faveurs…" 1 "On peut être certain…qu'on reviendra toujours à elle comme à une amante avec laquelle nous nous sommes brouillés…" 2 Il ne peut être question de présenter en quelques lignes "la métaphysique de Kant" à supposer d'ailleurs (ce dont je doute) qu'elle ait jamais été produite par lui comme un système et encore moins comme un "système de la métaphysique". Y a-t-il seulement un "système de Kant" ? De cela on peut aussi douter, si par système on entend le développement uni- total dans l'élément du concept de l'effectivité de l'être, dont pour nous l'Encyclopédie des sciences philosophiques de Hegel est la dernière manifestation et dont l'Ethique de Spinoza était pour l'époque, et Kant en 1 "Rêves d'un visionnaire…" II, 2. (Ak. 2, 367) N.B. Les citations de l'édition de l'Académie de Berlin (Ak.) donnent d'abord le n° du Tome, puis celui de la page et éventuellement celui de la (ou des) ligne(s). En ce qui concerne CRP sauf indication contraire (A ou B) le nombre suivant indique toujours la page de l'édition B lorsque les textes sont communs. Dans le cas de CRPr il s'agit de la 1 ère éd. et de la 2 ème dans celui de CFJ. 2 CRP 878 Dioti La métaphysique Kant José Castaing.doc © CRDP Midi-Pyrénées, Ellipses 1999 2 particulier, le modèle ou le repoussoir 3. Mais on notera dès à présent que ni l'Ethique ni l'Encyclopédie ne se réclament de la métaphysique. Le mot est porteur d'une signification qui renvoie au transcendant et ce système uni- total de la pensée de l'être que produisent tant l'Ethique que l'Encyclopédie exclut en fait le concept même d'un "méta-physique". Si on se reporte aux définitions qu'on peut trouver dans l'Architectonique de CRP la "métaphysique" serait une "connaissance par raison pure" (philosophie) de ce qui concerne soit l'usage spéculatif (métaphysique de la nature) soit l'usage pratique (métaphysique des mœurs) de la raison. Encore que dans le même alinéa (CRP 869) et dans l'avant- dernier (CRP 878) de l'Architectonique Kant accorde qu'on peut donner le nom de métaphysique à l'ensemble de la philosophie pure (y compris donc à la "Propédeutique" qu'est la Critique mais non à la philosophie appliquée ni à la mathématique) il reste qu'il ne qualifiera de "métaphysique" que les PPMSN et la Métaphysique des mœurs. Stricto sensu c'est dans ces deux textes que se trouverait la "métaphysique" de Kant au sens qu'il donne techniquement à ce terme. Ce que nous appellerions spontanément la "métaphysique" de Kant est en fait sa "philosophie" et le travail qu'il fournit jusque 1803 pour inscrire dans l'élément du concept cette "philosophie" dont le terme de Weltweisheit (sagesse mondaine 4) est sans doute la traduction la plus fidèle si sous Weisheit on entend en même temps un savoir et son implication pratique (au sens que ce savoir implique une détermination du sens ou de la valeur qui appartiennent ou sont à donner à l'existence de l'homme dans le monde). La philosophie utilisera ultérieurement le terme de Weltanschauung qu'on peut rapprocher de celui de "Weltbegriff (CONCEPTUS COSMICUS)" (CRP 866) utilisé par Kant par opposition avec celui de Schulbegriff (concept scolastique de la philosophie) pour désigner ce que nous désignons en général par le mot de "métaphysique" de Kant". La note de CRP 867 dit : "`Concept cosmique <W e l t b e g r i f f > signifie ici celui qui concerne ce qui intéresse nécessairement chacun…" Kant avait un peu plus haut écrit : "Dans cette perspective la philosophie est la science de la relation de toutes les connaissances aux fins essentielles de la raison humaine (TELEOLOGIA RATIONIS HUMANÆ)…" avant de préciser 5 : "Des fins essentielles ne sont pas cependant pour autant les fins suprêmes <höchsten> dont il ne y avoir qu'une unique (dans une unité systématique parfaite de la raison) Elles sont donc ou bien la fin ultime <Endzweck> ou des fins subalternes /en français/ qui appartiennent nécessairement comme moyen à celle-là. La première n'est autre que la destination totale de l'homme et la philosophie /qui porte/ sur elle s'appelle morale <Moral>." Nous reviendrons ultérieurement sur le fait que la "morale" dont il est question ici ne peut être réduite dans l'œuvre de Kant à la Métaphysique des mœurs, mais on doit 3 C'est en 1744 que fut publiée en Allemagne la première traduction de l'Ethique par Johann Lorenz Schmidt dont le titre réfère à la "réfutation de l'Ethique de B. d. S. par Wolff" (Halle, 1724) : "B. v. S. Sittenlehre widergelegt von dem berühmten Weltweisen unserer Zeit Herrn Christian Wolff, aus dem Lateinischen übersetzt." 4 Le terme signifie couramment "philosophie" 5 CRP 868. Dioti La métaphysique Kant José Castaing.doc © CRDP Midi-Pyrénées, Ellipses 1999 3 souligner l'indication donnée dans l'alinéa précédent. Après avoir renvoyé du côté de l'artisanat de la raison le mathématicien, le physicien <Naturkündiger> (à proprement parler : l'expert en choses de la nature) et le logicien en les qualifiant de Vernunftkünstler Kant ajoute cette phrase singulière : "Il y a encore un Docteur <Lehrer> dans l'Idéal qui les met tous en place 6, les utilise comme instruments pour promouvoir les fins essentielles de la raison humaine. C'est celui-là seul que nous devrions appeler le philosophe; mais cependant puisqu'on ne le rencontre lui-même nulle part mais que l'Idée de sa législation se rencontre partout dans toute raison humaine, nous nous en tiendrons simplement à cette dernière /Idée/ et déterminerons plus précisément quelle espèce d'unité systématique, d'après ce concept cosmique <Weltbegriff>, prescrit la philosophie à partir du point de vue des fins." Le Lehrer dont il est question, le philosophe c'est-à-dire le Sage absolument parlant, ne peut être que Dieu soi-même. Le meilleur commentaire (car il est de Kant !) se trouve dans le 1er chapitre de la Dial. de la raison pure pratique. 7 On pourrait traduire Lehrer par "maître" car Kant utilisera Meister dans le passage cité de CRPr, et "enseignant" est pour le moins un peu plat ici ! Le "Docteur" est celui qui sait et qui enseigne "librement" (c'est-à-dire non comme fonctionnaire). 8 On pourrait songer à la figure du Christ au milieu des Docteurs du Temple qui montre à tout le moins pour Kant que le véritable Lehrer, "Maître dans la connaissance de la sagesse" 9 est bien Dieu dont la perfection réalisée par l'homme est représentée par la figure du "Saint de l'Evangile" 10. Et en disant dans le passage cité de CRPr que "la philosophie demeurerait comme la sagesse elle-même un idéal qui est représenté objectivement de façon complète seulement dans la raison" Kant retrouve la thèse de CRP 867 : "…mais puisque celui-ci /sc. le Docteur dans l'Idéal/ ne se rencontre pourtant nulle part, mais que l'Idée de sa législation se rencontre dans toute raison humaine…" : l'Idée de Dieu et l'Idée d'une Sagesse absolue sont en fait des productions naturelles de la raison humaine. Problème que l'Intro. de la 2ème éd. de CRP B 21-22 met en évidence en posant la question : "Comment la 6 "der alle diese ansetzt" Traduire par "emploie" (Barni et Pléiade) est oublier que Kant dit expressément ensuite "sie als Werkzeuge nutzt" et ce redoublement, outre qu'il est lexicalement peu justifiable, est peu vraisemblable. La traduction par "qui les réunit tous" (T.P.) retient la signification "attacher" que peut bien avoir ansetzen mais qui semble peu satisfaisante ici. Kant eût probablement utilisé un terme comme vereinigt. Ce dont il est question est bien la mise en place, l'instauration dans la vie de l'esprit, de ces hommes dont la fonction est d'œuvrer à la production de la mathématique, de la physique et de la logique. Ce sens est attesté par "Was ist Aufklärung ?" (Ak. 8, 37, 27) 7 CRPr 194-196. (Ak. 5, 108, 13-109, 9) 8 On peut se reporter sur ce point de détail au 1 er alinéa de l'Introduction du Conflit des facultés (Ak. 7, 17). 9 CRPr 195 (Ak. 5, 108, 35-36) 10 FMM, II. (Ak. 4, 408, 33) Dioti La métaphysique Kant José Castaing.doc © CRDP Midi-Pyrénées, Ellipses 1999 4 métaphysique est-elle possible comme disposition naturelle ?" et que résoudra d'abord le Livre I de la Dial. tale. La confidence de 1766 (reprise en 81 !) rien dans l'œuvre de Kant ne pourrait la démentir. Et si, pour emprunter à P. Aubenque 11 ses formules, la métaphysique n'était plus "la science sans nom", elle était toujours pour Kant "la science recherchée". Qu'elle soit en un sens, i. e. par la voie spéculative, "la science introuvable" cela est bien connu, uploads/Philosophie/ pdf-metaphysique-kant-castaing-pdf.pdf

  • 35
  • 0
  • 0
Afficher les détails des licences
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise
Partager