1 Cours de Vincennes-St Denis, 10 mars 1987, Leibniz et le baroque – Les Princi

1 Cours de Vincennes-St Denis, 10 mars 1987, Leibniz et le baroque – Les Principes et la Liberté (7) : l’événement, Whitehead Transcription augmentée, Charles J. Stivale1 On travaille. J'avais commencé la dernière fois une espèce de vue d'ensemble ou de conclusion concernant la transformation que Leibniz faisait subir à la notion de substance. Si vous le voulez bien on laisse de côté ça et je le reprendrai plus tard, surtout que c'était à peine commencé. J'éprouve le besoin de le laisser parce que là j'ai besoin, comme je vous l'avais annoncé, d'aide qui ne porte pas cette fois-ci sur les mathématiques, mais qui porte sur certains problèmes de physique. Et comme Isabelle Stengers est là aujourd'hui, et qu'elle ne sera pas là les autres semaines, donc il faut que [1 :00] je profite de sa présence. Je veux profiter de sa présence pour deux raisons, parce que c'est des problèmes qui concernent de très prés Leibniz et qu'elle le connaît, et d'autre part parce que ce sont des problèmes qui concernent également cet auteur dont je vous ai prévenu depuis le début de l'année que je voulais vous en parler, à savoir Whitehead. Donc vous pouvez considérer que notre séance d'aujourd'hui, à la fois s'insère pleinement dans cette recherche sur Leibniz, mais porte sur ce philosophe, Whitehead et ses rapports avec Leibniz. Vous savez, les Grecs avaient un beau mot, dans l'école néo-platonicienne, il y avait un chef d'école, et il succédait au chef d'école précédent; [2 :00] et ils avaient un mot pour désigner le chef successeur, c'était le diadoque, le diadoque. Si on imagine une école leibnizienne, Whitehead c'est le grand diadoque, mais en même temps il renouvelle tout. D'où mon envie, et pourquoi est-ce que j'ai tellement envie de parler de cet auteur, dont les dates sont relativement anciennes 1861-1947 ? Il est mort vieux. C'est parce qu'il fait partie de ces auteurs, de ces très grands philosophes qui ont été étouffés, comme assassinés. Assassiné, qu'est-ce que ça veut dire? Ca veut dire que de temps en temps surviennent des écoles de pensée qui établissent- d'une certaine manière quant au problème des penseurs [3 :00] il y a deux dangers : il y a tous les Staline que vous voulez, tous les Hitler que vous voulez, devant lesquels les penseurs n'ont plus qu’une possibilité, ou deux possibilités, ou les deux réunies : résister ou s'exiler. Mais il y a autre chose qui se passe parfois, à l'intérieur de la pensée, ce sont d'étranges doctrines qui surviennent, qui s'installent, qui prennent un véritable pouvoir là où il y a du pouvoir dans ce domaine, c'est à dire dans les universités, et qui établissent une sorte de tribunal, un tribunal intellectuel d'un type spécial, et derrière eux, ou sous eux, plus rien ne pousse. -- Il faudrait arrêter les appareils [4 :00] parce que ma parole est libre. [Rires] Je n'écrirai jamais ce que je dis donc j'aimerai pouvoir dire : "je n'ai jamais dit ça". [Rires] -- Alors en ce sens j'accuse la philosophie analytique anglaise d'avoir tout détruit dans ce qui était riche dans la pensée, et j'accuse Wittgenstein d'avoir assassiné Whitehead, d'avoir réduit Russel, son maître, à une sorte d'essayiste n'osant plus parler de logique. Tout ça fut terrible et dure encore. La France a été épargnée, mais nous avons nos philosophes 2 analytiques. La France a été épargnée car elle a été réservée pour d'autres épreuves encore pires. Bien. C'est vous dire que tout ça va mal. Alors, ça veut dire que [5 :00] jamais rien dans le domaine de la pensée ne meurt de mort naturelle, vraiment. Cette pensée anglaise et américaine, d'avant la dernière guerre, était extraordinairement riche, elle était d'une richesse... Des auteurs dont on a pris l'habitude de les traiter comme s’ils étaient un peu débiles; je pense à William James. William James est un effarant génie. Il est en philosophie exactement ce que son frère était dans le roman. Pour ceux qui cherchent des sujets de thèse, encore une fois je gémis sur le fait qu'il n'y ait pas eu à ma connaissance d'étude sérieuse sur les deux frères James et leurs rapports. Enfin, William James est quelque chose d’étonnant, étonnant. Et puis il y a Whitehead, et il y en avait un autre, [6 :00] un australien, le seul très très grand philosophe australien, Alexander. Et qu’est-ce qui s’est passé ? Aujourd’hui, il me semble que Whitehead est lu par une poignée d'amateurs et par une autre poignée de spécialistes. Après tout Bergson aussi... Mais, on ne peut pas dire que ce soit très grave tout ça. En 1903, Whitehead est un mathématicien de formation, en 1903 il écrit avec Russel les Principiae mathematicae, qui sont à la base du formalisme moderne et de la logique moderne. Ce sont les Principiae mathematicae qui engendreront Wittgenstein, c'est un processus dramatique fréquent. [7 :00] Bon, peu importe, 1903. Je crois bien qu'il est anglais Whitehead, mais chaque fois je me trompe, et puis aprés il s'installe en Amérique verts 1920-23. Donc Principiae mathematicae avec Russel, grand livre de logique. Le concept de nature, non traduit en français, 1920. La science et le monde moderne, un des rares livres de Whitehead traduit en français, très beau, très, très beau. Il y a un autre, mais qui ne donne pas l’idée ce que c’est Whitehead. La science et le monde moderne, c'est un livre important, très beau, 1926, [8 :00] mais il doit être introuvable, je suppose. Son grand livre, 1929, Processus et Réalité, ou Procès et Réalité ; 1933, Aventure des Idées. [Pause] Mon but donc est double. A la fois je voudrais que vous sentiez la grandeur de cette pensée pour elle-même, et en même temps que vous sentiez le lien qu'elle a avec Leibniz, et dès lors comment, à la lettre, Whitehead risque de nous apporter un éclairage fondamental sur Leibniz. [9 :00] Ne fait aucun problème la connaissance de Leibniz par Whitehead. Il est imprégné de Leibniz, et comme Leibniz, il se trouve être mathématicien, philosophe et physicien. Je dirais, si vous voulez, imaginez, toute philosophie prétend comme mettre en question quelque chose, qu'est ce que Whitehead met en question? Il met en question le problème de ce qu'il appelle le schème catégoriel. Le schème catégoriel, c'est quoi? Il nous dit, en gros, le schème catégoriel de la pensée classique c'est : [10 :00] sujet-attribut, substance-attribut. Or c'est moins la question de la substance. La substance vous pouvez la concevoir de telle … tant de manières. Ce qui est important ce n'est pas de se demander si les choses sont des substances. La vraie question c'est celle de : l'attribut, en quel sens? Est-ce que la substance précisément doit être pensée en fonction d'un attribut, ou bien est-ce qu'elle doit être pensée en fonction d'autre chose? En d'autres termes si la substance est le sujet d'un prédicat, ou de prédicats, de prédicats multiples, si la substance est le sujet de 3 prédicat, [11 :00] est-ce que le prédicat est réductible à un attribut, un attribut du type "le ciel est bleu" ? [Pause] Vous me direz que ce n'est pas un problème fondamentalement nouveau, mais c'est d'une certaine manière nouvelle, le cri de Whitehead, le cri qui retentit dans toute son œuvre : non, le prédicat est irréductible à tout attribut. Et pourquoi? Parce que le prédicat est événement. La notion fondamentale, ça va être celle d'événement. Or je pense que c'est pour la troisième fois dans l'histoire de la philosophie que ce cri retentit, et sans doute, chaque fois il retentissait d'une manière nouvelle : Tout est événement. Vous me direz non, tout n'est pas événement [12 :00] puisque l'événement c'est le prédicat. Pour le moment nous disons : tout est événement puisque le sujet est une aventure qui surgit d’un événement. [Pause] Y a t-il un sujet dont la naissance ne soit pas événement? Tout est événement. Je vais essayer de le dire rapidement. Cela a retenti une première fois avec les Stoïciens, et ils s'opposaient à Aristote précisément dans l'entreprise aristotélicienne de définir la substance par l'attribut. Et eux se réclamaient de ce qu'il faut bien appeler un "maniérisme" [13 :00] [Pause] puisque à la notion d'attribut ils opposaient celle de manière d'être. L'être comment, le comment être. L'attribut c'est ce que la chose est, mais le comment de la chose, la manière d'être, ça c'est tout à fait autre chose. Et les Stoïciens firent la première grande théorie de l'événement. Et sans doute il y eut une suite dans les logiques du moyen-âge, on pourrait se trouver la continuation de traditions Stoïciennes, tout ça mais il fallut attendre longtemps, longtemps, pour que pour la seconde fois le cri, cette espèce de cri retentisse à nouveau : tout est événement! C'est ce que j'ai essayé de montrer depuis le début, à savoir c'est Leibniz, [14 :00] et il n'y a pas de pire contresens.... Enfin, je peux considérer ça comme acquis, mais si vous n’êtes uploads/Philosophie/12b-gd-leibniz10march1987fr-final-notes.pdf

  • 34
  • 0
  • 0
Afficher les détails des licences
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise
Partager