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Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l'Université de Montréal, l'Université Laval et l'Université du Québec à Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. Érudit offre des services d'édition numérique de documents scientifiques depuis 1998. Pour communiquer avec les responsables d'Érudit : erudit@umontreal.ca Article Philip Knee Laval théologique et philosophique, vol. 43, n° 2, 1987, p. 235-248. Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI: http://id.erudit.org/iderudit/400304ar DOI: 10.7202/400304ar Note : les règles d'écriture des références bibliographiques peuvent varier selon les différents domaines du savoir. Ce document est protégé par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des services d'Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d'utilisation que vous pouvez consulter à l'URI http://www.erudit.org/apropos/utilisation.html Document téléchargé le 11 août 2014 01:32 « Note sur Le problème Jean-Jacques Rousseau de Cassirer » Laval théologique et philosophique, 43, 2 (juin 1987) NOTE SUR LE PROBLÈME JEAN-JA CQUES ROUSSEA U DE CASSIRER Philip KNEE « Faut-il admettre (...) que Rousseau n'est plus que précurseur et ne se comprend plus que par rapport à ce qu'il a produit dans d'autres esprits ? Eric WEIL RÉSUMÉ— À l'occasion de la publication en français de l'essai de Cassirer Le problème Jean-Jacques Rousseau, cette note évoque brièvement quelques enjeux de l'interprétation cassirerienne de Rousseau: Vidée de loi comme clé de l'unité de sa pensée, sa critique de l'intellectualisme cartésien, et son rapport avec la morale kantienne. C ETTE traduction française de l'essai de Cassirerl qui paraît enfin plus de cinquante ans après sa publication en Allemagne et plus de vingt ans après une édition américaine, est déjà connue des lecteurs de la Revue de Métaphysique et de Morale2. Mais il faut se réjouir que cette collection (qui nous avait déjà donné il y a peu un attachant petit texte de Todorov sur Rousseau, Frêle bonheur) ait choisi de rendre cet essai accessible à un large public, en le décomposant en chapitres et en l'accompagnant d'une préface de Jean Starobinski qui y fait preuve de son habituelle finesse. Non certes qu'après tant et tant d'années consacrées à Rousseau cet essai apporte des révélations au lecteur d'aujourd'hui, mais la stature de son auteur, la densité de l'interprétation et surtout le rôle de pivot de celle-ci pour l'histoire de la pensée moderne, en font un point de repère et une source de réflexion irremplaçables. C'est à ce titre que nous en évoquerons brièvement ici quelques enjeux. 1. Ernst CASSIRER, Le problème Jean-Jacques Rousseau, Hachette, Coll. Textes du XXe siècle, Paris, 1987. 2. Le texte y a paru en trois livraisons dans les n° 2, 3 et 4, 1986. 235 PHILIP KNFF L'éthique de la loi : Rousseau et Cassirer Comme nous y engagent Starobinski et Philonenko3, il convient de souligner préalablement le contexte d'un essai paru en Allemagne en 1932, juste avant l'exil de Cassirer face au nazisme. Il est clair qu'il n'affronte pas directement les problèmes politiques, préférant remonter à leurs sources intellectuelles pour élaborer une pédagogie politique plus indirecte. Mais on ne peut manquer de reconnaître la signification politique, à cette époque, d'une interprétation qui fait de Rousseau un précurseur de Kant, qui insiste de cette manière sur l'idée de loi chez Rousseau et sur l'unité de sa pensée contre toutes les tentatives de la tirer dans un sens soit totalitaire, soit anarchiste — ce à quoi, on l'a assez vu, elle peut se prêter4. C'est de la « lucidité » et du « courage » de Cassirer qu'il faut parler au sujet d'une telle thèse, selon Philonenko, car elle équivaut à une véritable affirmation du libéralisme en Allemagne. Alors que montent les dangers politiques dans les années '20, c'est, en effet, à La Philosophie des Lumières que Cassirer consacre ses cours, jusqu'à la publication cette même année 1932 de ce grand ouvrage synthétique où l'on retrouve des reprises très précises de l'essai sur Rousseau5. L'admiration et les controverses qu'a toujours suscitées ce livre sur les Lumières résultent d'une méthode qui préside aussi au Problème J.J. Rousseau, et dont on a voulu voir les fondements dans le néo-kantisme de l'école de Marbourg du tournant du siècle auquel a été associé Cassirer sans en être toutefois un représentant type. Évoquant, dans son introduction, l'absence de rupture, de conflit dans cette présentation du XVIIIe siècle par Cassirer, ainsi que le brio des éclairages synthétiques qui s'y déploient, P. Quillet n'hésite pas à parler à ce sujet d'une «teléologie implicite », qui fait penser parfois à la « ruse de la raison »6. Nous ne saurions entrer ici dans ce vaste débat qui met en jeu la philosophie des «formes symboliques» de Cassirer pour comprendre le sens de ses reconstructions historiques7, mais cette méthode est à l'origine, nous semble-t-il, du sentiment d'ambivalence que ne peut manquer de provoquer aussi chez le lecteur l'essai sur Rousseau, en ce qu'à la fois il s'impose par une extraordinaire force de conviction et suscite des doutes quant à la logique implacable des continuités intellectuelles qu'il met en place. Cassirer invite d'abord à adopter une certaine posture face à Rousseau, permettant de déceler chez lui moins des résultats qu'une dynamique, un élan 3. A. PHILONENKO fait une brève présentation de l'essai dans la première livraison de la Revue de Métaphysique et de Morale. 4. L'unité dans l'œuvre de Rousseau est d'ailleurs le titre de la conférence donnée par Cassirer en 1932 à la Société française de Philosophie, qui reprend de manière abrégée certaines thèses du présent essai. Cette conférence a été republiée récemment, avec d'autres textes, dans le volume Pensée de Rousseau, coll. Points, Seuil, 1984. 5. E. CASSIRER, La philosophie des Lumières, Fayard, 1966. Dans la nouvelle édition de poche de l'ouvrage (coll. Agora, 1986), voir en particulier sur Rousseau les passages sur le problème de la théodicée, pp. 214-220; et sur le problème du droit, pp. 333-350. 6. P. QUIEEET, Introduction à la Philosophie des Lumières, p. 28. 7. Voir à ce sujet la préface de STAROBINSKI : Le problème..., pp. XVII-XIX. 236 LE PROBLEME JEAN-JA CQUES ROUSSE A U créateur, et à être donc attentif aux présupposés de cette œuvre et à l'impulsion à laquelle elle obéit. D'où un parti-pris méthodologique qu'on pourrait appeler « totalisateur » dans l'étude des textes, l'exigence de laisser l'œuvre se déployer d'elle- même dans son unité interne et surtout de rendre compte par un éclairage réciproque de ses deux aspects indissociables : la doctrine, d'un côté, la vie et la personnalité qui la portent, de l'autre8 — et Starobinski tient à marquer, à cet égard, sa dette envers une telle approche pour le champ qu'elle a ouvert à ses propres recherches, notamment par la voie de la psychanalyse. De plus, c'est seulement ainsi qu'on peut prendre en charge l'extraordinaire multiplicité des interprétations qu'a suscitée l'œuvre, et commencer à les ordonner. On connaît les nombreux débats qui ont mis aux prises les tenants de l'individualisme et ceux du socialisme de la politique de Rousseau ; ceux du déisme et ceux du calvinisme de sa religion; et si Cassirer mentionne, quant à lui, les commentateurs principaux du tournant du siècle (Faguet et Mornet, Schinz et Masson, etc.), cette diversité reste aussi vigoureuse aujourd'hui, comme en témoignent, par exemple, les perspectives contrastées de deux auteurs contemporains précédemment cités : Todorov et Philonenko9. Rares toutefois sont les interprètes qui, depuis Cassirer, n'admettent pas l'unité profonde de l'œuvre, et en cela on doit considérer que tous, aussi différents qu'ils soient, sont tributaires de cet essai. Schématisons sa thèse en disant que Vidée de loi dans l'œuvre de Rousseau permet à la fois d'en saisir l'unité et de placer cette unité sous le signe de son illustre successeur : Kant. La fameuse illumination de Vincennes 10 marque chez Rousseau l'expérience fondatrice de la discordance et du paraître par rapport à la société parisienne et ses représentants intellectuels, donnant naissance à la critique des sciences et des arts du Premier Discours. Il s'agit alors de voir que la «science» que prône Rousseau (en semblant se contredire) cherche non à se détacher de la vie, à s'élever au-dessus d'elle, mais à donner la priorité à la volonté morale, et qu'ainsi tout le mouvement théorique représenté par le Contrat social n'est en rien contradictoire avec les Discours, comme on l'a souvent soutenu, mais prolonge et amplifie leur critique morale par une éthique de la loi. C'est quand l'homme sait trouver en lui la loi stable qui lui convient qu'il peut se tourner vers le savoir, car un ordre éthique faussé détourne ce savoir de sa voie naturelle vers les ravages du paraître social. Cassirer illustre cela par une belle discussion du problème de la théodicée u, où apparaissent d'une autre manière les deux faces apparemment contradictoires de la position de Rousseau. D'un côté, celui-ci ne cesse de proclamer, contre l'idée de péché, la bonté originelle de l'homme, ce qui lui attire les difficultés que l'on sait de la part des 8. On peut remarquer, par exemple, l'utilisation importante faite par Cassirer, contrairement à la uploads/Philosophie/knee-cassirer-rousseau-pdf.pdf
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- Publié le Fev 05, 2022
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