Sommaire du N°71 de la revue Péninsule : LA DOUBLE LÉGITIMATION DES POUVOIRS EN
Sommaire du N°71 de la revue Péninsule : LA DOUBLE LÉGITIMATION DES POUVOIRS EN ASIE DU SUD-EST ASSOCIATION PÉNINSULE Administration 30, rue Boissière – 75116, Paris (France) Courriel : mdevienne@wanadoo.fr Site internet : http://peninsule.free.fr Le numéro : 28 € Le versement est à effectuer au nom de Péninsule, en euros, par chèque postal ou bancaire compensable en France, à l’adresse de l’Association ou par virement au compte BRED Paris Kléber Code IBAN FR76 1010 7001 3000 6190 3790 233 Présentation du numéro I. Approches péninsulaires Michel LORRILLARD : Sceaux et autres symboles de l’autorité dans l’espace lao ancien Grégory MIKAELIAN : Le souverain des Kambujā, ses neveux jöraï, ses dépendants kuoy et pear. Un aperçu de la double légitimation du pouvoir dans le Cambodge du XVIIe siècle Vanina BOUTÉ : Une double légitimation des pouvoirs aux marches du royaume de Luang Prabang NGUYEN Thi Hai : Haute région de la rivière Gâm : un siècle d’intégration d’une marche frontière au Vietnam (1820-1925) Sylvain VOGEL : « Les maisons de pierre du village de Chiang ». Un point de vue bunong sur les temples d’Angkor et la distinction entre peuples des collines et de la plaine II. Contrepoints insulaires Marie Sybille de VIENNE : Rites de couronnement et mythe de fondation au Brunei, Sakai, sjair & silsilah E lsa CLAVÉ : Lignées et légitimité politique dans le sultanat de Magindanao (XVIe-XVIIIe siècles) James J. FOX : Internal social Differenciation in three Polities of Eastern Indonesia Compte rendus d’ouvrages Résumés Commande Contact 7 Michel LORRILLARD SCEAUX ET AUTRES SYMBOLES DE L’AUTORITÉ DANS L’ESPACE LAO ANCIEN INTRODUCTION Bien que considérés comme des sources de premier ordre par les historiens, les sceaux peuvent facilement être oubliés dans les études historiques sur certaines régions, dès lors que leur représentation est faible dans les corpus documentaires. La quantité de témoignages retrouvés est bien entendu en rapport avec l’importance de l’usage – laïc ou religieux – que ce type d’objets avait dans la société, mais elle est également et surtout liée aux conditions de leur préservation. Les sceaux ou leur empreinte sont des artéfacts de petite taille, susceptibles de disparaître facilement. Beaucoup ont été détruits de façon naturelle, à cause de leur fragilité même. D’autres l’ont été par l’action de l’homme, soit parce qu’ils étaient faits de matériaux récupérables tels que le métal, soit parce que cela relevait d’une nécessité liée à la modification d’un contexte, avec l’émergence d’un nouveau rapport de force. Dans ce dernier cas, il est intéressant de souligner que la raison de la destruction ne diffère en aucune manière de celle qui a conduit à la conservation scrupuleuse des objets : c’est parce que ceux-ci signifiaient quelque chose, pour la valeur symbolique dont ils étaient chargés, qu’ils furent préservés ou au contraire anéantis. Le sceau est toujours la représentation concrète d’une forme de pouvoir. Le territoire que recouvre aujourd’hui le Laos ne paraît pas être un terrain privilégié pour étudier la question des sceaux anciens, surtout lorsque l’on sait le peu de sources écrites que ce pays a conservé. De nombreux Péninsule n° 71 – 2015 (2) Michel LORRILLARD 8 témoignages prouvent pourtant qu’une grande partie de la vallée moyenne du Mékong a été placée sous l’autorité de souverains lao ayant la maîtrise de vastes territoires – d’abord à partir d’un centre de pouvoir unique et puissant, entre le XIVe et le XVIIe siècle, puis, après l’éclatement du grand royaume du Lān Xāng en principautés rivales, par le biais d’une influence plus lâche, mais toujours présente. Il ne semble pas, même dans les muang les plus éloignés et durant les périodes les plus troublées, que la conscience collective lao ait jamais oublié l’existence de formes d’autorités supérieures, à la tête desquelles se trouvait le pouvoir du roi, « Maître de la terre » (chao phaen din) et « Maître des vies » (chao sivit). Ce pouvoir n’était pas forcément attaché à un domaine fixe et homogène. Comme dans toutes les sociétés organisées d’une façon pyramidale, il était représenté en grande partie par des officiers intermédiaires qui relayaient vers la base, avec plus ou moins d’efficacité, les directives venues du sommet. Il était toutefois fréquent que le roi éprouvât le besoin de s’assurer que l’intégrité d’un ordre fut respectée, tant sur le plan spatial (non altéré par la distance) que sur le plan temporel (préservation dans la durée). Il est alors certain que l’autorité centrale a utilisé des formes de communication directe, dont l’aspect très codifié garantissait l’authenticité et la légitimité. Une attention plus grande portée à la typologie des différents témoignages qui nous sont parvenus permet aujourd’hui de distinguer parmi ceux-ci les signes conventionnels, autrefois immédiatement repérables, qui assuraient à un document l’autorité dont on voulait qu’elle fut investie, voire son caractère inviolable et sacré. Le sceau, au sens traditionnel du terme, a bien entendu été un objet privilégié pour représenter cette autorité. Nous verrons cependant que sa fonction symbolique a pris dans l’espace lao ancien les formes les plus diverses, tant du point de vue matériel que conceptuel. I. LA « MATRICE » CHINOISE DE L’AUTORITÉ ROYALE LAO (XIIIe-XVe siècles) 1. Sources textuelles et premières références chinoises L’histoire des sceaux au Laos commence pour l’instant avec des références assez précises données par les sources chinoises anciennes, lorsque celles-ci évoquent les premiers centres de pouvoir t’ai situés dans la vallée moyenne du Mékong1. Les annales de la dynastie Yuan (1279-1368) fournissent des 1 On n’a pas encore découvert au Laos, comme cela a été le cas en Thaïlande et au Cambodge pour la période s’étendant du milieu du 1er millénaire au début du 2nd millénaire, des sceaux liés aux civilisations mône et khmère. On trouvera des exemples de ces objets dans KRAIRIKSH, Sceaux et autres symboles de l’autorité dans l’espace lao ancien 9 informations sur cette région dès la fin du XIIIe siècle2. De nombreux envois de tributs par les chefs aborigènes sont dès lors répertoriés. L’établissement d’un « Poste de commandement général militaire et civil » (junmin zongguan fu) en rapport avec le territoire lao est indiqué pour le second quart du XIVe siècle3, c’est-à-dire au moment où les chroniques lao situent le début du règne de Fā Ngum, le grand roi lao conquérant dont l’historicité est prouvée. Selon les annales Ming (1368-1644), qui succèdent aux annales Yuan, le Commissariat (ou Superintendance) de pacification militaire et civile (tusi) du « Laos » (Laowo) est officiellement établi en juin 1404 (une semi- reconnaissance existait déjà en 1402 au plus tard) et confère l’autorité afférente à ce nouveau statut au souverain autochtone (tuguan) Dao Xiang- dai, en qui l’on reconnaît Thao Sām Saen Thai, fils de Fā Ngum. Le ministère des Rites reçoit alors l’ordre de fondre un sceau (yin) à son intention. L’objet est envoyé avec un brevet d’investiture, un couvre-chef et une tunique au Superintendant du Laos en juillet 1404. En novembre de la même année, un document d’accréditation (xinfu) et une plaque rouge ornée de caractères en or sont produits et adressés au Laowo4. Le souverain lao ne fut pas le seul à bénéficier de cette attention de la part de la Chine, puisque plusieurs autres Superintendances de pacification militaire et civile furent fondées au même moment dans des territoires voisins, parmi lesquelles celle du Lān Nā5. Les annales chinoises confirment ici les chroniques locales qui situent à la fin du XIIIe et surtout au XIVe siècle l’émergence en Asie du Sud-Est continentale de grands royaumes t’ai, dont le royaume lao du Lān Xāng qui paraît alors bien établi sur les rives du Mékong. C’est à partir de la même époque que commencent à apparaître des inscriptions dans les dialectes t’ai du nord. Piriya, The Roots of Thai Art, Bangkok, River Books, 2012, 416 p. Ils concernent alors les cultures dites de « Dvaravati » et de « Lopburi ». 2 LIEW-HERRES, Foon Ming ; GRABOWSKY, Volker & WICHIENKEEO, Aroonrut, Lan Na in Chinese Historiography – Sino-Tai Relations as Reflected in the Yuan and Ming Sources (13th to 17th Centuries), Bangkok, Institute of Asian Studies – Chulalongkorn University, s.d., pp. 26-28. 3 Communication personnelle de Mme Foon Ming Liew-Herres. Au territoire lao actuel sont supposément associés les noms de Laoguo en 1338 et Laoya en 1347, sans que ce qui les distingue soit parfaitement établi, d’autant que c’est Laowo qui désigne ensuite le même (?) espace. Dans ce dernier cas, il apparaît en tout cas comme quasiment certain que le centre politique est représenté par Luang Prabang. Je remercie Alain Arrault de m’avoir précisé certains points, notamment quand la notion de « route » est indiquée. 4 WADE, Geoff, Southeast Asia in the Ming Shi-lu: an open access resource, National University of Singapore, http://epress.nus.edu.sg/msl/. Cf. également LIEW-HERRES FOON, M. et al., op. cit. Les traductions des deux auteurs offrent de faibles divergences. 5 LIEW-HERRES, F. M. et al., op. cit., p. 37. Michel LORRILLARD 10 Le sceau est présenté dans les annales des Ming comme un instrument essentiel de la reconnaissance du pouvoir d’une autorité locale. Les matériaux mêmes avec lesquels uploads/Politique/2015-sceaux-et-autres-symboles-de-lautor.pdf
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- Publié le Dec 12, 2022
- Catégorie Politics / Politiq...
- Langue French
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