Alain CORBIN L'Harmonie des plaisirs Les manières de jouir du siècle des Lumièr

Alain CORBIN L'Harmonie des plaisirs Les manières de jouir du siècle des Lumières à l'avènement de la sexologie HK-Fauriel-2011-20120 / Maëliss N. Paris, Perrin, 2008, rééd. Flammarion Champs Histoire, 2010, 670 p. Biblio., index, table, pas d'illustration. L’AUTEUR Alain CORBIN, né à Lonlay L'Abbaye en 1936, professeur émérite à l'université Paris I Panthéon- Sorbonne depuis plusieurs années, est un historien français reconnu et un spécialiste de l'histoire des sens. Son domaine de recherche est principalement accès sur le XIXe siècle. Il est notamment auteur de Le Miasme et la Jonquille, l'odorat et l'imaginaire social, très certainement son œuvre la plus reconnue et de Les Cloches de la terre, paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIXe siècle. Son oeuvre a été traduite en une quinzaine de langue, portant ses réflexions à une reconnaissance de tous, étudiants et homologue. L’ESSENTIEL XVIIIème siècle à nos jours. Une pèriode au premier abord bien vague pour ce qui est du thème de la sexualité. D'immenses écarts de pensées morales, de pensées théologiques, sociales ou même scientifiques. Impensable pour les contemporains d'imaginer une époque où le mot même de « sexualité » n'existait pas, où la distinction homo- et hétérosexuels n'était pas instaurée et où toute notion de « vie sexuelle » se basait sur des fondements religieux. Le sexe y est à la fois libertin et profane, à la fois sans convention et révélateur de vises. Cet ouvrage se penche clairement sur l'évolution des mœurs sexuelles, sur la vision et la place du plaisir dans le coït, tantôt sur la soumission de la femme et tantôt sur son pouvoir de séduction diabolique. Alain Corbin se pose la question de l' « orgasme » féminin, masculin, sur ses causes psychologiques, ses causes physiques, ses manifestations, ses significations en allant de l'espèce à l'individu, du scientifique au philosophique, sans ignorer le littéraire et le théologique. Mais il tente aussi de clarifier les notions de vices et de vertues, de condamnable et d'acceptable dans le domaine de la sexualité sur cette pèriode. Plan choisi : celui de l’ouvrage. I. La Régulation des ardeurs La qualité et les détails des plaisirs « Les médecins et les philosophes s'accordent sur [...] l'impossibilité de décrire le sommet du plaisir. » (p.83) Le plaisir est un mot à la fois précis et abstrait. Alain Corbin l'emploie en allusion au plaisir vénérien créé par le frottement des chairs, la création d'une énergie diffuse qui touche le corps des « créatures capables de génération, c'est-à-dire assujetties à la mort »(p.20), autrement dit, les êtres. Le plaisir sexuel féminin est décrit de manière très précise chez Haller, par exemple, qui le dit reposer presque entièrement sur le frottement avec le clitoris. Cette prise d'appui sur les travaux de Haller n'est pas anodine pour Corbin, car c'est effectivement avec celui-là que la question du plaisir et de l'orgasme semblent s'être posé pour la première fois, en 1774. Il est aussi le premier à relier le plaisir à l'imaginaire ( aux « phantasmes provoqués par les images lascives » (p46)). Se penchant particulièrement aussi sur les travaux scientifiques de l'époque, Corbin remarque l'étude du potentiel lien entre le plaisir vénérien et le cerveau. Lien confirmé plus tard par Gall, avec le cervelet, le plaçant comme « le siège de l'amour physique » (p.59). GROS PLAN N°1 : L'Enigme de Tirésias La grande question de « Lequel des deux partenaires, […], jouis-t-il avec le plus d'intensité? ». Scientifiquement parlant, on répond que c'est la femme qui vit l'orgasme le plus important, bien qu'il ne soit pas astreint au rythme de l'homme. Mais bien sur, toute mesure est prise relativement au plaisir déjà vécu par les scientifiques-hommes eux- même. Sur le plan philosophique et littéraire, on dira plus volontiers que « le plaisir de la femme […] n'est sans doute ni plus faible, ni plus fort, il est autre » (Moreau de la Sarthe en 1803). Adelon, Roussel ou Dumont reconnaissent finalement que la question est insoluble, à moins qu'un être puisse ressentir les deux genre du plaisirs. Les affres du manques et de l'excès « La nature n'a point donné d'organes pour ne point entrer en fonction. » (p.145) Ici se pose la question de la continence (s'abstenir ou se limiter très fortement), mise à la fois en opposition et en étroite relation avec l'excès. La continence provoque chez la femme la « congestion »(p.147) (accumulation de sang dans une partie du corps). Chez l'homme, « la continence […] constitue, en elle-même, une maladie » (Lallemand, p149). Pour les deux sexes, la continence est souvent synonyme (selon Lallemand) d'impuissance ou de frigidité. L'excès et la dissipation sont eux aussi étudié. « Où commence l'excès, c'est-à-dire le danger ? » (p.175) (Lallemand). Très simplement alors, on dira que l'excès c'est ce qui va au-delà des besoins réels, cependant impossibles à mesurer. On peint alors les tableaux déplorables du débauché et de la nymphomane, l'excès de coït se manifestant de plusieurs manières sur leur corps. On prend conscience de la détérioration des corps que provoque facilement l'excès (surtout chez l'homme). A terme, la continence absolue ou le total excès mènent à l'abus. L'abus se manifeste par divers tracas, entre autre physique. « Plaisirs factices » et affaissement des voluptés L'ordre scientifique, tout comme l'ordre théologique, a des principes de « pêchés », ou du moins d'offenses. Non pas à Dieu, mais à la Nature. On condamne alors la contraception, la sodomie, le tribadisme (= lesbianisme), la masturbation ou « l'amour sans pénétration » pour la simple et bonne raison que ce sont des pratiques qui ne répondent pas aux exigences de reproduction de l'espèce. Corbin commence à aborder quelques « pathologies » comme l'impuissance, la « perte séminale involontaire » (ou l'éjaculation précoce, aujourd'hui) ou l'atteinte intellectuelle dû à la masturbation. Les caprices des organes Chez l'homme, l'impuissance et/ou l'éjaculation précoce, chez la femme, l'anaphrodisie (absence de désir ou de plaisir) et/ou l'agénésie (incapacité à concevoir) sont autant de caprice du corps mettant des embuches à la reproduction. Les scientifiques tentent alors de résoudre ces problèmes, non pas pour le plaisir en lui même, mais encore une fois, pour l'espèce. On associe alors rapidement l'impuissance à l'anaphrodisie, l'anaphrodisie à la stérilité. On ne néglige cependant pas les facteurs purement physiques pouvant causé chez l'homme l'impuissance (la trop forte consommation de tabac, l'estomac trop rempli, la prise abusive de café). La continence, elle aussi, mène l'homme ou la femme à l'impuissance. II. La Rébellion de la chair Le lit conjugal: ses interdits et ses plaisirs « Le mariage continue d'être perçu comme un état dangereux » (p.316) Les théologiens continuent de condamner les rapports physiques répétés, la relation exclusive à un Homme au dépend de « l'amour de Dieu ». La religion condamne tout élan vers le plaisir unique, telle qu'a pu le prohiber la science elle aussi, mais ceci pour une toute autre raison. Exemple concret: la religion condamne l'autosatisfaction et la masturbation car ils provoquent deux pêchés mortels : « le danger de pollution et le scandale du conjoint » (p.352). La contraception et bien d'autres pratiques conjugales allant à l'encontre de la création et de la volonté de Dieu, sont elles-aussi rejetés. Les discours des théologiens en la matière instaurent des règles plutôt précises et strictes: Ils annoncent clairement la « définition du coït licite et illicite entre les époux, la liste, la durée et l'intensité des caresses permises ». Mais il faut cependant relativiser les avis de l'époque. Ces discours ne font pas l'unanimité que ce soit chez les gens du peuple ou chez les théologiens eux-même. Ces restrictions ne dirigent pas autoritairement les actes conjugaux et la morale des Hommes. L'ensemble social a d'ailleurs tendance à ce moment à délaisser les sacrements de l'Église pour suivre un morale plus « populaire ». Le raffinement de l'examen intérieur de la lubricité Alain Corbin tente ici de traiter la place de la volonté, de celle des intentions et de celle du consentement. La tentation n'est pas un pêché. C'est ce qui suit qui est condamnable. Cette partie aborde plus précisément encore les sanctions morales qu'endurent les hommes ou femmes qui s'adonnent à des pratiques sexuelles prohibées. « […] Hors du mariage, tout attouchement suscité par un désir de délectation constitue un péché mortel » (p378). Il en est de même pour la masturbation, le tact des parties du corps du sexe opposés. Il faut préservé son esprit de la lubricité. Pour la question du viol, les théologiens apportent une réponse « simple »: il s'agit de conserver la pureté de l'âme avant-tout et de ne jamais consentir à recevoir un quelconque plaisir illicite (place du cri très importante). Le baiser même devient problème. La danse se voit elle aussi accusée d'être trop suggestive. « Proférer des paroles libidineuses (qui font appel à la libido, à l'imaginaire du plaisir) », des paroles grossières ou chanter des airs obscènes sont des pêchés mortels. L'Homme ne peut pas reporter la faute sur un quelconque facteur annulateur de son uploads/Religion/ compte-rendu-de-lecture-alain-corbin-l-x27-harmonie-des-plaisirs.pdf

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  • Publié le Jul 09, 2021
  • Catégorie Religion
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