Déchets hospitaliers et risques pour la santé Brigitte CHARDON, Consultante for

Déchets hospitaliers et risques pour la santé Brigitte CHARDON, Consultante formatrice en environnement et santé, Centre pour l’Environnement, le Développement Durable et l’Éducation à la Santé (CEDDES) (France) 1. DÉFINITION DES DÉCHETS HOSPITALIERS De par leurs activités, les établissements de soins produisent des déchets en grande quantité, et de nature très diverse : ce sont les déchets d’activités de soins (DAS), définis comme : «déchets issus des activités de diagnostic, de suivi et de traitement préventif, curatif ou palliatif, dans les domaines de la médecine humaine et vétérinaire. Sont assimilés aux déchets d’activités de soins les déchets issus des activités d’enseignement, de recherche et de production industrielle ainsi que ceux issus des activités de thanatopraxie.» Les DAS sont générés par des sources majeures, comme les hôpitaux, les cliniques, les laboratoires, les centres de recherche,… ou par des sources mineures, comme les cliniques dentaires, les services ambulanciers, les soins à domicile…. 2. TYPOLOGIE La typologie repose sur la présence ou l’absence de risques, et permet ainsi de distinguer deux types de DAS : ¾ Les déchets assimilés aux déchets ménagers Ce sont les déchets de secrétariat, de restauration, les emballages de matériel stérilisé,… Ils ne présentent pas de risque pour la santé et pour l’environnement, et peuvent, à ce titre, être éliminés par la filière des déchets ménagers. Ils constituent environ 85% de la production. La production pour un hôpital de taille moyenne en France se situe autour de 370 kg par lit et par an. ¾ Les déchets à risques Ils représentent autour de 15% de la production, ils sont classés en trois groupes : • Les déchets à risques infectieux (DASRI) Ils représentent environ 10% des déchets à risques, ils sont définis par l’OMS comme «les déchets susceptibles de contenir des agents pathogènes (bactéries, parasites, virus, champignons) en quantité ou en concentration suffisante pour causer des maladies chez des hôtes sensibles» : piquants coupants tranchants, cultures et stocks d’agents infectieux des laboratoires, déchets de chirurgie et d’autopsie des patients à maladies infectieuses, déchets anatomiques, déchets des patients en isolement, déchets en contact avec des patients sous hémodialyse, animaux infectés des laboratoires, tout instrument ou matériel en contact avec des personnes ou des animaux infectés. La production pour un hôpital de taille moyenne en France est de 250 kg par lit et par an. • Les déchets à risques chimiques et toxiques Ils proviennent de nombreux services et sont divers : déchets des laboratoires, médicaments non utilisés (MNU), déchets des médicaments cytostatiques, déchets d’imagerie médicale, déchets mercuriels, effluents des blanchisseries et des morgues, déchets des garages et zones techniques,… Les risques, identifiés par des pictogrammes, sont variés : explosif, facilement inflammable, extrêmement inflammable, comburant, toxique, très toxique, irritant, nocif, corrosif, dangereux pour l’environnement. PRÉSENTATION POWER POINT • Les déchets à risque radioactif Les déchets radioactifs des établissements de soins sont générés par les sources non scellées utilisées pour des applications in vivo, diagnostiques (technétium 99m, iode 123,…) et thérapeutiques (iode 131, strontium 89,...) et pour des radioanalyses in vitro (iode 125, soufre 35,…). Ils se caractérisent par : − une faible quantité de déchets par service de production − une faible ou très faible activité − l’extrême diversité de types de déchets, provenant du matériel utilisé dans les établissements, et des patients eux-mêmes : solides (piquants, mous,…), liquides (solvants, urines des patients,…), mixtes (applications in vitro), gazeux (effluents d’exploration pulmonaire) − la présence éventuelle d’autres risques sanitaires (infectieux, chimiques, toxiques). L’état du déchet : solide, liquide ou gazeux est également pris en compte pour la gestion des DAS à risques. 3. LES RISQUES TOUT AU LONG DE LA FILIÈRE D’ÉLIMINATION DES DAS La filière d’élimination des DAS comprend une succession d’étapes, depuis la production jusqu’à l’élimination finale. Les risques liés aux DAS concernent toutes les personnes le long de cette filière : personnel soignant des établissements de soins, personnel des services annexes (blanchisserie, manutention, transport), patients, visiteurs, personnel des installations d’élimination des déchets, grand public. Il s’impose donc que la filière soit appropriée et bien identifiée, et que chaque étape respecte les règles d’hygiène et de sécurité. ¾ Pour les déchets d’activités de soins à risques infectieux Les étapes de la filière sont le tri, le conditionnement, l’entreposage intermédiaire, la collecte, l’entreposage centralisé, l’enlèvement, le transport, le traitement. Le risque infectieux varie selon la nature, la quantité, le métabolisme du micro-organisme pathogène dans le déchet. Les micro-organismes pathogènes présents dans les DAS peuvent se transmettre par contact (mains, supports inertes), par voie cutanéo-muqueuse (effraction sur une peau saine ou sur une lésion préexistante), par aérosolisation, ou par un vecteur. Ils sont responsables de maladies infectieuses classiques, et d’infections opportunistes. 85% de la contamination dans un établissement de soins est une contamination croisée par contact : le lavage des mains est primordial et doit faire l’objet de rappels réguliers. Le tri est l’étape clé de la gestion des DASRI, il doit se faire à la source même du déchet, être fiable et pérenne en respectant des critères de simplicité, sécurité, cohérence, stabilité dans le temps, suivi. Le conditionnement doit protéger les personnes des risques d’accidents par exposition au sang (AES) et de transmission du VIH, VHB, VHC, et éviter la dispersion, grâce à l’utilisation d’emballages appropriés. Dans les pays avancés, les emballages sont homologués, à usage unique, identifiés par un code couleur et le symbole du risque biologique, adaptés aux différents types de DASRI (fûts, sacs, collecteurs à aiguilles,..) Dans les pays en développement, le problème des aiguilles est une préoccupation de premier ordre : il s’agit avant tout d’éviter la dispersion dans l’environnement, et les piqûres, en les stockant dans le contenant jugé le plus approprié. Pour l’entreposage des DASRI, dans les pays avancés, deux problèmes se posent : l’emplacement du local n’est pas toujours prévu, et s’il existe, il ne répond pas toujours aux normes réglementaires (accès, ventilation, sécurité, identification…), pouvant ainsi engendrer des risques d’AES et des manquements ergonomiques. Dans les pays en développement, les recommandations pour les délais d’élimination entre production et traitement sont en relation avec les conditions climatiques : − sous climat tempéré : 72 heures en hiver, 48 heures en été − sous climat chaud : 48 heures en saison froide, 24 heures en saison chaude Dans les pays avancés, la législation impose des délais variables selon la production. Ainsi en France, l’arrêté du 7 septembre 1999 stipule : − pour une production supérieure à 100 kg par semaine : 72 heures − pour une production comprise entre 100 kg par semaine et 5 kg par mois : 7 jours − pour une production inférieure à 5 kg par mois : 3 mois Le transport des DASRI doit s’effectuer en accord d’une part avec les réglementations nationales ou, si elles sont absentes, avec les «Recommandations pour le transport des marchandises dangereuses» des Nations Unies et d’autre part, avec les réglementations internationales en cas de traitement des déchets à l’étranger. En Europe, le transport des DASRI doit être conforme à l’ «Accord européen relatif au transport international des marchandises dangereuses par route» (ADR). L’identification des DASRI (classe de risques 6.2, code UN 3291, pictogramme du danger biologique, code couleur) et la traçabilité (bordereau de suivi, agrément des transporteurs, autorisation pour les installations d’élimination) garantissent la sécurité des personnes (professionnels, population) et la protection de l’environnement. Dans les pays en développement, le transport est sécurisé par un tri préalable des déchets, la décontamination avant transport dans des collecteurs de sécurité, une note de colisage. Il doit être conforme aux normes réglementaires nationales ou internationales. Le traitement des DASRI, dans les pays industrialisés, se fait par incinération, dans une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), et selon des normes strictes de température, de filtration des fumées, de contrôles (dioxines, métaux lourds,…),… et obligation de récupération d’énergie. Le coût global d’élimination des DASRI, incluant le conditionnement de précollecte, le petit matériel, le matériel amortissable, le personnel, le transport, le traitement, se situe dans la fourchette de 550 à 900 € TTC par tonne (source ADEME 2000). Dans les pays en développement, deux modes de traitement sont possibles : l’incinération et l’enfouissement. La première possibilité est l’incinération. Les modèles d’incinérateurs, et leurs performances, sont variables : − four à simple chambre : température inférieure à 400°C − four à double chambre : température de 800 à 900°C − four tournant : température de 1200 à 1600°C L’incinération, peu ou pas contrôlée, présente des risques importants pour la santé des populations avoisinantes, et pour l’environnement. En effet, une combustion incomplète des DASRI, en cas de température trop basse, entraîne la persistance du risque infectieux, des risques de piqûres avec les cendres, de pollution du sol et de l’eau, et la production de déchets secondaires. L’émission non contrôlée des rejets dans l’atmosphère engendre la formation de gaz toxiques : dioxines, furanes, polychlorobiphényls (PCB), oxydes d’azote et de soufre, particules. Il existe aussi un risque de contamination de la chaîne alimentaire, par bioaccumulation des dioxines. Une exposition durable de faible intensité peut perturber le système immunitaire, et provoquer des anomalies uploads/Sante/ a-chardon-comm.pdf

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  • Publié le Jui 02, 2021
  • Catégorie Health / Santé
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