La revue Prescrire • Février 2021 • Page 1 Vaccin covid-19 à ARN messager de la

La revue Prescrire • Février 2021 • Page 1 Vaccin covid-19 à ARN messager de la firme Moderna : quelques données et des incertitudes, comme avec le vaccin tozinaméran (Comirnaty°, des firmes Pfizer et BioNTech) Début janvier 2021, le vaccin covid-19 Sars-CoV-2 ARNm- 1273 de la firme Moderna est annoncé dans l’Union européenne. En France, il est prévu qu’il soit proposé, comme le vaccin tozinaméran (Comirnaty° des firmes Pfizer et BioNTech) (a), d’abord aux personnes âgées et à certains professionnels de santé dont ceux à risque accru de forme grave de covid-19 à cause d’un problème de santé ou de leur âge. Quelles sont les principales données de l’évaluation clinique du vaccin Sars-CoV-2 ARNm-1273 chez ces per- sonnes ? Un vaccin à ARN messager, proche du vaccin tozinamé- ran. Le vaccin Sars-CoV-2 ARNm-1273 est un vaccin à ARNm (acide ribonucléique messager). Il est très proche du vaccin tozinaméran (a). Dans ces deux vaccins, les brins d’ARNm codent pour une protéine de surface du virus dite protéine Spike. Les brins d’ARNm sont contenus dans des nanoparticules lipidiques, différentes selon le vaccin, qui elles-mêmes contiennent du polyéthylène glycol (PEG) 2000. Ces deux vaccins sont sans adjuvant ni conservateur (1,2). Un essai clinique chez environ 30 000 adultes, dont envi- ron 7 600 professionnels de santé. Début janvier 2021, l’évaluation clinique du vaccin Sars-CoV-2 ARNm-1273 est centrée sur un essai randomisé, versus placebo, chez environ 30 000 personnes âgées de 18 ans et plus. Le vaccin ou le placebo ont été administrés en deux injections espacées de 28 jours. La moitié des participants étaient âgés de 53 ans ou plus. Environ 25 % étaient âgés de 65 ans ou plus, et environ 5 % étaient âgés de 75 ans ou plus. L ’absence d’antécédent de maladie covid-19 a été confirmée chez 95 % de l’ensemble des participants. 22 % avaient au moins un facteur de risque de covid-19 grave en dehors de l’âge. Environ 25 000 participants avaient une activité professionnelle les exposant à un risque élevé de contracter la maladie covid-19, dont environ 7 600 professionnels de santé (1). Dans cet essai, les injections du vaccin ou du placebo ont été réalisées au cours de l’été et de l’automne 2020 aux États-Unis d’Amérique, c’est-à-dire avant l’identifi- cation de certains variants du virus Sars-CoV-2, isolés en décembre 2020 notamment au Royaume-Uni et en Afrique du Sud (1,3). Les participants à l’essai et les investigateurs évaluant l’efficacité et les effets indésirables n’avaient pas connais- sance du produit injecté. Mais comme dans le principal essai ayant évalué l’efficacité clinique du vaccin tozinamé- ran, les personnes responsables de la réception des vaccins, de la préparation des doses ou de l’injection avaient connaissance de cette information. Cela a rendu possible une divulgation de cette information à des per- sonnes censées ne pas la connaître (investigateurs et participants) (4). Il est aussi possible que certains parti- cipants aient deviné quel produit leur était injecté compte tenu des effets indésirables locaux ou systémiques très fréquents du vaccin (lire ci-dessous). Ces incertitudes autour du respect du secret concernant le produit injec- té diminuent le niveau de preuves des résultats. À court terme, forte diminution du nombre de cas de maladie covid-19 symptomatique dans le groupe vaccin. L ’efficacité a été évaluée en recensant, à partir du 14e jour après la deuxième injection, les cas de maladie covid-19 symptomatique confirmée par un examen biologique (critère principal d’évaluation). Avec un suivi médian de 9 semaines après la deuxième injection, il y a eu 12 cas de covid-19 dans le groupe vaccin versus 187 dans le groupe placebo, soit une réduction relative du risque de covid-19 symptomatique de 94 % (intervalle de confiance à 95 % (IC95) : 89 % à 97 %). Un effet préventif du vaccin a semblé apparaître environ 15 jours après la première injection (1,5). Chez les 675 patients ayant eu une infection par le Sars-CoV-2 documentée avant l’essai, il y a eu un seul cas de covid-19, qui a été rapporté dans le groupe place- bo (1,5). À partir du 14e jour après la deuxième injection, une personne du groupe vaccin a eu une maladie covid19 considérée comme sévère (mais non prise en compte par les investigateurs de l’essai car confirmée par RT -PCR dans un laboratoire d’analyses extérieur à l’essai) versus 30 personnes dans le groupe placebo. Parmi ces 30 per- sonnes, 9 ont été hospitalisées et une est morte des suites de la maladie covid-19 (1). Efficace chez les personnes âgées de moins de 65 ans avec un facteur de risque de covid-19 grave ; efficacité d’ampleur inconnue chez les personnes âgées de plus de 75 ans. Chez les participants âgés de moins de 65 ans ayant au moins un facteur de risque de covid-19 grave tel qu’une affection respiratoire chronique, une maladie cardiaque, une obésité sévère ou un diabète, la diminu- tion relative du risque de covid-19 toutes gravités confon- dues à partir du 14e jour après la deuxième injection a été de 94 % (IC95 : 77 % à 99 %) (5). Chez les personnes âgées de 65 ans et plus, l’efficacité a été de 86 %, avec un IC95 encore plus large, allant de 61 % à 95 % (1). Ces intervalles de confiance plus larges que celui obtenu pour l’ensemble des participants reflètent une plus grande incertitude quant à la diminution relative du risque dans ces sous-groupes de personnes. Cet essai n’a pas été conçu pour évaluer l’efficacité du vaccin Sars-CoV-2 ARNm-1273 chez les personnes âgées de 75 ans et plus, qui n’ont compté que pour envi- ron 5 % des participants. Chez ces personnes, on ne dispose que de données issues d’une analyse intermédiaire rapportant seulement 3 cas de covid-19, tous chez des personnes qui avaient reçu le placebo. Ces données ne permettent pas d’évaluer l’ampleur de la diminution du risque de covid-19 chez les personnes les plus âgées, même si une efficacité paraît vraisemblable quand on prend en compte l’ensemble des résultats (1,5). Dans l’actualité - 6 janvier 2021 a- Lire aussi : Prescrire Rédaction “Vaccin covid-19 à ARN messa- ger tozinaméran (Comirnaty° des firmes Pfizer et BioNTech) et personnes âgées : quelques données, beaucoup d’incertitudes” Application Prescrire, 23 décembre 2020. [NumIndex : 49624] Téléchargé sur prescrire.org le 15/05/2021 par NICOLAS RIPS Copyright(c)Prescrire. Usage personnel exclusivement La revue Prescrire • Février 2021 • Page 2 Dans l’actualité - 6 janvier 2021 Effets indésirables locaux et systémiques, dont des réac- tions d’hypersensibilité. Les principaux effets indésirables prévisibles des vaccins à ARNm sont ceux des vaccins en général : réactions locales au site d’injection et réac- tions systémiques. Une aggravation d’une éventuelle infection par le Sars-CoV-2 par le vaccin est une hypothèse à prendre en compte, vu ce qui a été observé dans cer- taines études animales avec un vaccin coronavirus Sars- CoV-1. La présence de polyéthylène glycol (PEG) expose à des réactions d’hypersensibilité et à des réactions anaphylactiques. Début 2021, le recul d’utilisation des vaccins à ARNm est faible, d’où de nombreuses inconnues concernant leur profil d’effets indésirables. Dans l’essai versus placebo chez environ 30 000 per- sonnes, selon une analyse de l’Agence étatsunienne du médicament (FDA), des réactions locales dans les 7 jours suivant une injection ont été rapportées chez 92 % des personnes dans le groupe vaccin versus 29 % dans le groupe placebo, avec surtout des douleurs et des adé- nopathies axillaires. La fréquence des réactions locales considérées comme intenses a été de 9 % dans le groupe vaccin versus 1 % dans le groupe placebo. La durée médiane des réactions locales a été de 2 à 3 jours (1). Des événements indésirables systémiques dans les 7 jours suivant la vaccination ont été rapportés chez 83 % des personnes dans le groupe vaccin versus 53 % dans le groupe placebo, avec surtout des : fatigues, maux de tête, douleurs musculaires ou articulaires, frissons, fièvres, nausées ou vomissements. La durée médiane a été de 2 jours. Chez une minorité de patients, la réaction systé- mique a duré au moins 7 jours. La fréquence des réactions considérées comme intenses après la deuxième dose a été de 16 % dans le groupe vaccin versus 4 % dans le groupe placebo (1). Des réactions d’hypersensibilité ont été rapportées chez 1,5 % des participants dans le groupe vaccin versus 1,1 % dans le groupe placebo. Il n’y a pas eu de réaction grave ni de réaction anaphylactique au cours de l’essai (1). Une réaction allergique grave a toutefois été rapportée en dehors de l’essai clinique chez une personne allergique aux fruits de mer (6). Un cas d’angiœdème des lèvres et deux cas de gonflement du visage ont été décrits lors de l’essai, tous les trois chez des femmes du groupe vaccin qui avaient reçu des injections de substances pour com- blement dermique. Des troubles semblables ont déjà été rapportés lors d’infections virales. Trois personnes qui ont reçu le vaccin ont eu une paralysie faciale (guérie dans deux cas) versus une personne dans le groupe placebo (1). Modalités pratiques différentes des deux vaccins à uploads/Sante/ dans-l-x27-actualite-6-janvier-2021.pdf

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  • Publié le Oct 29, 2022
  • Catégorie Health / Santé
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