Laurie TEISSIER 9 déc 2009 PCL1-CPE IUFM Aix-Marseille Fiche de lecture - Grill
Laurie TEISSIER 9 déc 2009 PCL1-CPE IUFM Aix-Marseille Fiche de lecture - Grille CPE Module « Sociologie de l’éducation » 2009-2010 Référence bibliographique de l’ouvrage ou article BOURDIEU Pierre, PASSERON Jean-Claude (1964), Les Héritiers. Les étudiants et la culture, Paris, Minuit, coll. « Le sens commun ». L’ouvrage de P. Bourdieu et J.C. Passeron est une étude sociologique des étudiants de l’enseignement supérieur et plus précisément des facultés françaises de lettres entre les années 1960 et 1963. Question ou problématique posée par l’auteur L’objectif de l’ouvrage est de réinscrire l’étude des étudiants de l’enseignement supérieur dans une sociologie des inégalités devant l’école. En effet, si les sociologues s’accordent à reconnaître l’existence d’une corrélation entre l’origine sociale et la réussite scolaire, certains réduisent l’inégalité des chances à l’inégalité d’accès à l’enseignement supérieur produite par la possession inégale de capital économique. L’égalité formelle des élèves serait donc la démocratisation réelle de l’école, mettant fin aux discriminations sociales à l’intérieur d’une institution jugeant uniquement le mérite individuel. Contre cette position théorique, les auteurs entreprennent un travail de redéfinition et de caractérisation de l’inégalité scolaire, du capital, et de la culture scolaire, pour exhiber les mécanismes de reproduction des privilèges sociaux qui sous-tendent l’apparente égalité des élèves de l’université. Il s’agit de démontrer que les chances objectives de réussite scolaire sont le produit de la possession plus ou moins importante de capital culturel. Réponse apportée ou analyse développée par l’auteur L’ouvrage est organisé en trois moments. Il s’agit tout d’abord de réinscrire l’étude des étudiants dans une sociologie des inégalités, par un travail de redéfinition des catégories d’inégalité, de capital et de transmission. Dans une deuxième partie, il s’agit de montrer que l’unité du milieu étudiant est l’unité de la signification qu’ils accordent à leurs pratiques. Dans un troisième temps, montrer que le lieu même de l’unité du milieu étudiant doit être repensé à l’intérieur d’une sociologie des inégalités dont les caractéristiques et les catégories ont été déterminées dans la première partie. Dans l’objectif de la préparation au concours, nous nous attacherons à développer uniquement le chapitre 1. Le point de départ de l’argumentation est le constat de l’inégale représentation des classes sociales dans l’enseignement supérieur. Mais si ce constat est commun à la sociologie traditionnelle de l’école, Bourdieu et Passeron s’opposent à elle sur trois points. Les inégalités devant l’enseignement supérieur ne peuvent être réduites à l’inégalité de l’accès ces études, elles continuent de différencier les élèves et de jouer au sein même des universités. Les inégalités des parcours scolaires ne sont pas uniquement le produit de la possession inégale de capital économique, mais aussi et principalement de capital culturel intériorisé. Enfin, l’université n’est pas un lieu neutre socialement où se rejouent malheureusement des distinctions de classe, mais le lieu même de la reproduction des privilèges et de la préservation des intérêts des héritiers. Le travail de Bourdieu et Passeron est donc d’abord un travail de redéfinition des catégories d’inégalité et de capital, dans le but de faire apparaître les mécanismes qui sous-tendent la corrélation entre les inégalités d’origine sociale et les parcours scolaires. 1 : Les auteurs démontrent donc dans un premier temps que, si les inégalités devant l’école se marquent dans l’inégalité de l’accès à l’enseignement supérieur, elles apparaissent aussi à l’intérieur de l’université. Ainsi, l’inégalité devant l’école est d’abord l’inégalité des chances d’accès à l’université. Mais, plus qu’une inégalité il s’agit en fait d’une véritable élimination des classes défavorisées. Ainsi les classes les plus défavorisées ont moins de 5 chances sur 100 d’accéder à l’enseignement supérieur, quand les enfants de cadres supérieurs et de professions libérales ont 60 chances sur 100 d’y faire leurs études. Les chances objectives deviennent donc des perceptions subjectives de l’école qui sont au principe des stratégies scolaires des individus : les défavorisés s’auto-éliminent, les héritiers s’auto-consacrent. 2 : Puisque les inégalités scolaires sont corrélées aux inégalités de possession de capital, c’est cette catégorie qu’il s’agit maintenant de redéfinir. Tout d’abord, il est posé que, de tous les facteurs de différenciation (le sexe, la religion, l’âge) l’origine sociale est le plus déterminant au regard de la réussite scolaire; ensuite il est démontré que l’origine sociale doit être définie en fonction du capital culturel (et non économique) possédé par les individus. En effet, « les obstacles économiques ne suffisent pas à expliquer que les taux de mortalités scolaires puissent différer autant selon les Laurie TEISSIER 9 déc 2009 PCL1-CPE IUFM Aix-Marseille classes sociales.» (p:19) Deux arguments étayent cette thèse: premièrement, après vingt ans d’action homogénéisant de l’école, on observe encore des différences d’attitudes et d’aptitudes entre les élèves qui sont donc le produit de la possession inégale de capital culturel. Deuxièmement, les défavorisés ayant tout de même accédé à l’enseignement supérieur ne le doivent qu’à une plus grande adaptabilité et à un milieu familial plus favorable. 3 : Les auteurs tirent alors la conséquence de ce qui a été précédemment démontré. Si les inégalités devant l’enseignement supérieur ne peuvent être réduites à des inégalités d’accès l’enseignement supérieur, elles se pérennisent à l’intérieur même de l’institution ; si le critère discriminant des ces inégalités est l’origine sociale, alors il y a pas à proprement parler de milieu étudiant, c’est-à-dire de groupe homogène et intégré. Contre une sociologie isolant l’enseignement supérieur comme si cet objet pouvait être autonomisé du reste du monde social, Bourdieu et Passeron défendent deux thèses : l’origine sociale continue d’être un facteur de différenciation dans la réussite scolaire des étudiants à l’université, ce pourquoi il n’est pas de milieu étudiant ; et, masquée par l’idéologie du don, l’institution sélectionne en fait les étudiants des classes sociales privilégiées, en faisant fonctionner comme critère du jugement l’ethos de l’élite. Ainsi, certaines compétences nécessaires à la réussite scolaire sont le produit du milieu où l’enfant a été originairement socialisé. Ce que le professeur valorise et impute au don est en fait le produit de déterminismes sociaux. L’école, en dévaluant elle-même la culture acquise laborieusement, à laquelle manque la fluidité qui caractérise sa fréquentation ancienne, sert directement l’intérêt des héritiers à la reproduction de leurs privilèges. Alors, les inégalités objectives dans l’accès à la culture sont redoublées par l’attitude que l’école adopte face à ces inégalités. 4 : Mais poser une relation causale entre la possession de capital symbolique et la réussite scolaire suppose de définir le capital culturel. Bourdieu et Passeron s’opposent à une définition de celui-ci comme uniquement composé d’un ensemble de connaissances et de techniques explicites, pour le caractériser par un ensemble de savoir-faire, de goût et de bon goût dont la rentabilité scolaire est indirecte et néanmoins certaine. Pour les héritiers, la transmission du capital culturel et son intériorisation les rendent indépendants de l’école pour accéder à la culture, et donc paradoxalement capables d’y réussir, puisque la culture scolaire est la culture de l’élite. Les défavorisés le sont du double point de vue de la capacité à acquérir la culture et de la totale dépendance à l’école pour y accéder. 5 : La détermination du rôle du capital culturel et avec le capital scolaire permet aux auteurs d’examiner à la lumière de ces résultats la théorie du don, et de la faire apparaître comme idéologie. Il y a donc identité entre la relation d’un étudiant à la culture et à l’école et la relation de sa classe à la société. Les liens de chaque élève à l’école ne font que reproduire le rapport de sa classe au monde social. L’ascension dans la hiérarchie scolaire est donc pour les défavorisés acculturation, et pour les héritiers la simple mobilisation d’un héritage. Dans ce cadre, la théorie du don apparaît comme une idéologie destinée à masquer les déterminismes sociaux à l’oeuvre dans la réussite universitaire. 6 : Le premier chapitre s’achève par l’examen des exceptions au modèle de reproduction sociale de Bourdieu et Passeron. Le désavantage peut soit être intériorisé et écraser l’individu sous le poids de la fatalité, soit lui donner l’envie et le désir de surmonter le handicap. Ces parcours improbables sont soit le produit de singularités familiales, soit d’influences contraires dans le milieu élargi. En effet le milieu d’un individu ne se limite pas à la profession du père mais contient la famille élargie, les amis de la famille, en somme tous les éducateurs de l’enfant. Mise en perspective, réflexion sur le rôle du CPE à partir de l’analyse de l’auteur Le service public d’éducation est conçu et organisé afin de contribuer à l’égalité des chances, notion mentionné au Code de l’Education depuis 2005. Dans cette perspective, le CPE a des compétences en tant que professionnel de l’éducation en milieu scolaire : ✔ Collaborer au diagnostic éducatif afin de repérer les élèves en difficultés et ceux en réussite. ✔ Impulser des politiques éducatives locales. ✔ Participer à améliorer la vie des élèves au sein de l’établissement. ✔ Apporter une aide et un suivi collectif autour du jeune et de sa famille. ✔ Apporter un conseil et un avis concernant le projet personnel de l’élève (orientation). uploads/Societe et culture/ grille-fiche-de-lecture-sociologie.pdf
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- Publié le Aoû 26, 2021
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