TPE Carla Miguez semestre 4 2021 1 LA DANSE TECHNO La philosophie de la danse e

TPE Carla Miguez semestre 4 2021 1 LA DANSE TECHNO La philosophie de la danse est une discipline particulièrement récente. La danse en tant que pratique sportive a été quelque peu traitée dans l’antiquité, mais surtout comme participant à l’éducation. Ensuite son absence des études sur l’art se base sur son manque de “sérieux” et son statut d’unique divertissement, pour enfin être reconsidérée par la philosophie, surtout par le biais de Nietzsche et de Valéry, comme une métaphore des arts en général. Mais ces études ont pris comme objet les danses pratiquées sur scènes, elles-mêmes associées au théâtre ou au pantomime, et donc à une discipline artistique déjà légitime, codifiée et ayant certaines exigences esthétiques. Dans ce cadre de division de la scène et du public, ce dernier est en contemplation, et ne peut qu’admirer ce qu’il voit comme une prouesse de technicité et d’harmonie, marquée par le sublime de l’art. Encore aujourd’hui, les danses étudiées philosophiquement sont des chorégraphies, dont la technique est très importante. Nous nous sommes donc demandé ce qu’il en est des autres danses, car on peut remarquer que la danse est une capacité commune à tous les hommes (en général), et qu’elle semble tout d’abord être vécue non comme un art mais comme un vecteur de lien social, que nous appellerons danse populaire, ou comme une façon d’être en intime harmonie avec son corps, avec ses sens, et non avec son esprit, si l’on reprend le dualisme de la danse légitime. Nous avons donc pensé à l’exact opposé de la forme de danse classiquement étudiée, une danse non seulement profane, mais dont le principe même est illégale, pour tenter de discerner s’il était possible d’en donner une théorie : la techno. Celle-ci est en général plus assimilée à un style de musique qu’à un style de danse, et nous allons donc tenter de clarifier ce qu’est la techno pour ensuite nous demander : comment une musique aussi minimale dans son rythme et dans sa technique peut-elle engendrer une danse aussi paroxystique dans son expressivité et ses mouvements, dans quel cadre, et quelles en sont les conséquences sur la société. Premièrement, il s’agit de clarifier ce qu’est la danse techno, terme auquel sont associés quelques préjugés. Le débat de son émergence en tant que style musical se fait entre l’Angleterre, dans la fin des années 1980, et Détroit, aux Etats-Unis, peu de temps après. Elle est en réalité, comme la plupart des genres musicaux, née d’une série d’inspirations diverses ainsi que de nouveautés technologique, la faisant progresser et diversifier jusqu’à ce que l’on connaît de nos jours. Son aspect principal est cependant la réduction de la complexité des sons. En effet, elle se développe à une époque où le rock, qui comme la techno est une musique pulsée, nous y reviendrons, et tous ses dérivés sont de plus en plus complexes, et arrivent à un niveau jamais répété ensuite. La concordance des différents instruments demande un grand niveau de maîtrise, mais peut à la fois donner une impression de cacophonie, et l’on doit aiguiser l’oreille pour entendre les sons les plus bas. Cela demande un grand niveau de concentration, qui se joue uniquement dans l’écoute, et dans le plaisir que peu provoquer l’harmonie de ses instruments, devenant cependant parfois irréguliers et durs à suivre et anticiper, des mélodies parfois dissonantes. Cette hypertechnicité est un critère de validité et d’intérêt qu’on lui porte, et c’est à cela que répond la naissance de la techno. Celle-ci veut se réduire et se simplifier, son unique nécessité est ce que l’on appelle la répétition régulière de la pulsation, répétitive et interminable, les DJ y ajoutent des éléments différents qui s’inspirent de tous les genres musicaux. Un « set » peut comporter le même tempo produit par le même son pendant plusieurs heures, sans changer rythmiquement. Il comporte des sons secondaires, pouvant eux varier, comprenant des sons de hip hop comme de musique indienne, de rap, de musique classique. Cela crée un décalage et permet d’apprécier une certaine mélodie TPE Carla Miguez semestre 4 2021 2 tout en ayant le tempo initial et indispensable à ce genre de musique. La pulsation est toujours présente, résonnante, et répétitive, et même lassante si on ne fait que l’écouter. En effet, comme il est souvent dit, et compris par la culture légitime, le « boum boum » vide de sens et infini peut devenir même désagréable. Comment donc une musique aussi simple, aussi brute, peut-elle s’être transformée en une culture de masse, être autant écoutée et développée ? Ne préfère-t-on pas une harmonieuse mélodie suivie d’un rythme enjoué ? Quoi donc dans cette pulsation a rendu des générations entières presque physiquement dépendante ? C’est là qu’intervient la danse techno. Car il est effectivement dur pour les oreilles de ne faire qu’écouter la techno, et elle devient très rapidement lassante. Or, si elle est devenue aujourd’hui un grand mouvement culturel, c’est justement parce qu’on ne fait pas que l’écouter : on la danse. On constate en effet que le phénomène techno joint l’ensemble des deux, et ou il y a de la musique, il y a de la danse. Mais comment est caractérisée cette danse ? Elle n’est tout d’abord pas une danse pratiquée sur scène, et c’est en cela qu’il est difficile de la qualifier de danse artistique, puisqu’elle n’a pas réellement de publique. Elle n’est pas non plus une danse populaire, chaque individu ne dansant que pour lui-même, parfois avec les yeux fermés, et ignorant de ce qui l’entoure. On peut également observer que chacun, dans son aliénation du monde, fait des gestes différents, avec une énergie différente, qui dépend uniquement de ce qu’il ressent derrière ses yeux fermés et son ouï tendue. On ne peut pas apprendre la danse techno, comme on apprend à faire un « Scooby-Doo » en hip-hop, ce qui nécessite une certaine tenue, un certain marquage du rythme avec un enchainement des mouvements des mains et des jambes précis. La danse techno est individuelle et sans code, et exprime par le geste ce qu’elle veut. Nous pourrions la comparer à la danse moderne, qui se proclame « danse libre », car chaque chorégraphe y apporte sa touche personnelle, sa créativité. Mais celle-ci, encore une fois, est faite pour être contemplée, et n’est donc pas libre du regard de l’observateur, à l’inverse de la techno, ou les danseurs font eux-mêmes partie du public, public de la musique, qui est objet de toutes les attentions. Les danseurs ne l’écoutent pas seulement, mais sont tournés face à elle, face au système sonore, reproduisant l’impression d’un concert là où il n’y a qu’un DJ, des « set » préenregistrés, ou des chansons, toutes caractérisées par cette pulsation simple et répétitive. Cependant, la solitude de chacun face à la musique n’est que partielle, car toutes ces solitudes sont réunies en un seul et même endroit, parfois clos, d’autres fois à l’air libre, qui peut rassembler jusqu’à des milliers de personnes. Quel est l’impact de cette foule sur la danse individuelle ? Comment peut-on rester libres dans ces mouvements et dans son expression, quand autant d’inconnu nous entourent ? Cela est-il comparable aux mouvements de foules, ou le soi, l’identité personnelle, se noie dans la masse ? Nous traiterons ce problème, qui pour l’instant nous aide à caractériser la danse techno en tant que telle : elle est une danse complètement vierge de technique, sans codes, possible sur une musique pulsée régulière, répétitive et semblant infinie (par la longueur des sets et les transitions parfaites entre les disques, donnant l’impressions que cela ne s’arrête jamais, et pouvant effectivement durer jusqu’à plusieurs jours), et que chacun danse individuellement tout en étant au sein d’une foule dansante. Elle semble être une grande possibilité de liberté, c’est-à-dire que ce n’est pas autrui qui détermine les mouvements et les comportements d’un individu. Comment est-ce possible, alors que nous sommes imbriqués dans les faits sociaux, alors que nos mouvements sont limités par nos exigences quotidiennes ? Nous nous demanderons donc comment cette danse individuelle, dépourvu de codes, qui s’appuie sur une musique aussi simple et potentiellement désagréable, dont les acteurs paraissent être victimes d’un phénomène de foule, où justement ils devraient être privés de leur individualité, peut-elle parvenir à donner un sentiment de liberté aux individus, sentiment qui résonne dans la société. TPE Carla Miguez semestre 4 2021 3 Nous tenterons de répondre en commençant par aborder la dimension sociale de la danse et du phénomène techno, puis nous continuerons en prenant en compte l’importance du rythme dans la liberté à la fois individuelle et sociale. Tout d’abord, il sera postulé que, puisque la danse est une pratique universelle, connue dans toutes les sociétés de tous les âges, nous pouvons les comparer entre elles en fonction de la culture qui les entoure et de leur fonction dans celle-ci, pour tenter de comprendre quel est le rôle et l’essence de la danse. Nous avons conscience que la transposition des idées à travers le temps n’est pas toujours pertinente, mais l’objectif uploads/s3/ la-danse-techno-tpe.pdf

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