Art & scandales De la provocation de l’Art à l’Art de la provocation Art & scan
Art & scandales De la provocation de l’Art à l’Art de la provocation Art & scandales ! De la provocation de l’Art à l’Art de la provocation Ce dossier propose d’aborder certains grands scandales de l’Histoire de l’Art de la Renaissance à nos jours... Il a été réalisé dans le cadre de l’exposition Uncensored photographs (18.03 > 21.08.2016) consacrée à l’artiste américain Andres Serrano dont l’œuvre et le parcours ont fait l’objet de nombreuses polémiques. Le choix des exemples retenus est lié aux grands thèmes exploités par Andres Serrano tels que la mort, la sexualité, la religion, la violence… Il a pour but de replacer dans le contexte plus large de l’Histoire de l’Art le travail de cet artiste. Combien d’œuvres n’ont-elles pas engendré de scandales à leur époque et sont devenues par la suite de grands classiques ayant perdu leur caractère provocateur ? Chaque scandale n’est-il pas lié à un acte de transgression, bousculant les conventions pour apporter une nouvelle pierre à l’édifice de la modernité ? L’intention de l’artiste est-elle réellement de choquer ? L’acte créateur est-il lié à un acte provocateur ? Où se situent les limites ? De la provocation de l’Art à l’Art de la provocation, les questions, on le voit, restent posées … I. La mort Andres Serrano, Rat Poison Suicide II (The Morgue) 1992, Courtesy Andres Serrano & Galerie Nathalie Obadia, Paris-Bruxelles Bartholomaeus II Bruyn, Portrait d’homme sur son lit de mort, (2ème moitié XVIe S.) MRBAB, Bruxelles Andres Serrano, The Death of Juan Alberto, Funeral Parlor (Cuba), 2012, Courtesy Andres Serrano & Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles Hans Holbein le Jeune, Le Christ mort (détail), 1521, Kunstmuseum, Bâle Mortel ! Holbein “Ce tableau peut faire perdre la foi” Dostoïevskii Cette peinture n’a pas fait l’objet d’un véritable scandale mais a frappé les esprits par son réalisme. Elle représente une telle humanisation du divin que certains y ont décelé une image profane ! Il ne s’agit plus d’un Christ idéalisé mais bien d’un cadavre aux membres raides, aux lèvres bleuies, aux yeux révulsés, aux ongles noircis... Cette représentation d’un homme qui a succombé à la torture de la crucifixion révèle la nature humaine de Jésus. Le réalisme cru en annule la sacralité. Holbein rompt ici avec la tradition du beau médiéval qui réside dans la résistance, par la force spirituelle, à la douleur et la mort. Hans Holbein le Jeune, Le Christ mort, 1521, Kunstmuseum, Bâle Gonflé ! Le Caravage Autour de la vie et de l’œuvre du Caravage flotte une odeur de soufre ! Accusé de meurtre, impliqué dans des rixes et des duels ou des amours interdites, sa vie a fait l’objet de nombreuses biographies où la vérité côtoie le mensonge, à l’image de la clarté et de l’ombre si violemment opposées dans ses tableaux. La Mort de la Vierge, personnage reconnaissable uniquement par son auréole, fut refusée par les Carmes de Santa Maria della Scala qui avaient commandé l’œuvre au peintre. La raison : « avoir trop imité le motif d’une femme morte gonflée ». Le réalisme troublant, l’usage de modèles non professionnels - on parla même du cadavre d’une prostituée ! - la théâtralité, le mélange du sacré et du profane et l’usage particulier de la lumière chez Le Caravage ont souvent été comparés à l’univers d’Andres Serrano. Le Caravage, La Mort de la vierge, 1605-1606, Musée du Louvre, Paris Sacré ! David D’autres artistes, comme Jacques-Louis David prendront la voie contraire transformant une mort profane en scène sacrée ! Le révolutionnaire Marat, surnommé « l’ami du peuple », devient ici, à l’instar du Christ, un véritable martyr de la révolution. Stigmates, tête nimbée, position du corps…, Jacques-Louis David usera en effet à souhait de motifs iconographiques qui sont autant de références aux dépositions et autres pietàs. À la Restauration, David, régicide, s’exile à Bruxelles. Son « Marat » fut recouvert d’une couche de céruse blanche et caché dans l’atelier d’Antoine-Jean Gros. Jacques-Louis David, Marat assassiné, 1793, MRBAB, Bruxelles Fait divers ! Géricault « Rien ne repose l’âme et les yeux (…) On dirait que cet ouvrage a été fait pour réjouir la vue des vautours » La Gazette de France, 1819 S’inspirant d’un fait réel, lui-même à l’origine d’un scandale politique, Géricault s’empare de ce drame qui défraya la chronique. Le 2 juillet 1816, la frégate « La Méduse » s’échoue sur un banc de sable au large des côtes africaines. Seuls 250 des 400 passagers peuvent embarquer sur des bateaux de sauvetage tandis que les moins chanceux construisent un radeau de fortune qui sera lâchement abandonné. Sur ordre du capitaine français, la corde retenant le radeau aux barques et ralentissant ces dernières sera coupée ! Durant 17 jours, les naufragés subiront l’horreur : mutineries, déshydratation, actes de cannibalisme... Une quinzaine d’hommes seulement survivra. D’une affaire politique, Géricault fera un scandale artistique. Le peintre se documente, recueille des témoignages, fait réaliser une copie du radeau et va jusqu’à faire venir dans son atelier des fragments de cadavres de l’hôpital Beaujon. Ce double rapport à une réalité à la fois scientifique et historique provoquera une polémique ! Les uns défendent l’œuvre et la cause, les autres ne peuvent supporter cet amas de chairs cadavériques. Le Caravage, La Mort de la vierge, 1605-1606, Musée du Louvre, Paris II. Du sacré au profane Andres Serrano, Magdalena (Holy Works), 2011, Courtesy Andres Serrano & Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles Maître du Saint-Sang, Lucrèce, MRBAB, Bruxelles Culottés ! Michel-Ange Au bout de cinq années de travail acharné, Michel-Ange révèle la fresque du Jugement dernier à son commanditaire, le pape Paul III. Plusieurs membres de l’entourage du pape s’offusquent de la présence lascive de nus dans un lieu symbolique de la papauté. Paul III soutient malgré tout l’artiste. Ni Paul IV, poussé par le Concile de Trente, ni Pie IV ne parviennent à faire effacer la fresque. Ce n’est qu’en 1565, un an après la mort de Michel-Ange, que Charles Borromée confie à Daniele da Volterra la tâche de cacher la nudité de certaines figures. Daniele da Voltera s’exécute en peignant des « braghe » (culottes). Il en gardera lui aussi la marque par l’attribution d’un surnom qui, à l’instar de ses culottes peintes, lui colle désormais à la peau : Il braghettone ! Michel-Ange, Le Jugement dernier (détail) et dessin préparatoire pour La Chapelle Sixtine, 1536-1541, Muse Vaticani, Rome Une histoire de titre ! Véronèse Réalisée pour l’Eglise Santi Giovanni e Paolo de Venise et censée représenter le dernier repas du Christ, cette immense peinture fit l’objet en son temps d’un grand scandale. Le tribunal de l’Inquisition, rétabli depuis 1541, convoque en effet Véronèse. Fait rare, le procès-verbal fut conservé. On lui reproche d’avoir transformé la dernière « cène » en « scène » de banquet aux multiples personnages dont des nains, des enfants, un chien, des serviteurs et, comble de tout, des lansquenets buvant, mangeant, discutant parmi les apôtres et le Christ. Ce glissement d’un thème sacré vers un thème profane distrait le spectateur du sujet religieux. Le tribunal de l’Inquisition demande des comptes à Véronèse qui répond : « Nous les peintres, prenons des libertés, tout comme les poètes et les fous ! ». Il ne le condamne pas mais lui demande de corriger la toile. Véronèse trouve un subterfuge en changeant simplement le titre de l’œuvre. La Cène devient alors Le repas chez Lévi . À l’instar du Piss Christ d’Andres Serrano, le titre seul peut parfois faire basculer l’œuvre d’icône à scandale. Véronèse, Le Repas chez Lévi, 1573, Galleria dell’Accademia, Venise Déshabillez-moi ! Titien À l’origine, La Vénus d’Urbino peinte par Titien en 1538 ne représentait pas spécifiquement la déesse de l’Amour mais une femme nue captée dans l’intimité d’un acte érotique. La scène se déroule dans un intérieur contemporain et la présence de servantes démystifie ici le propos. C’est Vasari qui lui donna le nom de « Vénus d’Urbino » après avoir vu l’œuvre dans cette ville en 1548. Ce titre a sans doute permis à cette peinture d’échapper à la censure ou au scandale. La proposition troublante du Titien n’échappera pourtant pas à d’autres générations d’artistes… Manet En 1863, Edouard Manet réalise une œuvre qui provoquera un scandale dont les critiques artistiques de l’époque se feront l’écho. On pouvait lire entre autre : « La foule se presse comme à la morgue devant l’Olympia faisandée de M. Manet ». L’Olympia reprend la pose et la composition de La Vénus d’Urbino peinte par Titien. Mais il s’agit ici d’un « déesse » parisienne, aux accessoires contemporains dont le regard interpelle le spectateur devenu « voyeur ». De déesse, L’Olympia devient courtisane admirée comme pourrait en témoigner le bouquet. Manet lui-même attendra deux ans avant d’exposer son tableau au Salon des refusés. Le Salon du Palais de l’Industrie surnommé Salon des refusés, fut créé par Napoléon III en 1863 afin d’y exposer les œuvres exclues des salons officiels. Cette année- là, Manet y présente Le Déjeuner sur l’herbe intitulé à l’époque « Le Bain ». Les visiteurs s’offusquent au point que uploads/s3/ serrano-art-et-scandales-censored-pdf.pdf
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- Publié le Mar 13, 2021
- Catégorie Creative Arts / Ar...
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