Noël au Royaume de Séraphin Avertissement aux lecteurs Ce livre est la suite du
Noël au Royaume de Séraphin Avertissement aux lecteurs Ce livre est la suite du roman « le Royaume de Séraphin » « Prendre conscience que la vie peut s’arrêter du jour au lendemain, c’est profiter de chaque jour comme si c’était le dernier et sourire à ses proches comme si c’était la dernière fois qu’on les voyait. » Mélodie Ducoeur Chapitre 1 Timéo, 1er septembre 2021 Je suis réveillé depuis environ une heure, mais il est encore trop tôt pour me lever. Je patiente dans mon lit. Au royaume de Séraphin, le premier septembre est un jour banal. Sur Terre, en revanche, c’est la rentrée scolaire, du moins en France et en Belgique. Comme de nombreux enfants, mon frère et ma sœur vont reprendre le chemin de l’école après deux mois passés à la maison. Je suis impatient de les suivre dans cette nouvelle aventure. Jérémy va commencer la première primaire, l’équivalent du CP en France. C’est une étape importante pour lui, et je sais qu’il redoute un peu ce moment. D’autant plus qu’il confond les lettres et écrit certains chiffres à l’envers. Il se sent nul et ne comprend pas pourquoi les autres y arrivent et pas lui. Ce qu’il aime, lui, c’est observer le ciel, feuilleter des livres d’astronomie et regarder des vidéos explicatives. Fasciné par le système solaire et incollable sur les planètes, il peut toutes les citer, et dans l’ordre ! Il connaît les caractéristiques de chacune et apprend à reconnaître les constellations. Sa préférée, c’est Orion. De chez lui, comme de partout en France, il peut la contempler durant tout l’hiver. Je me rappelle qu’un jour Jérémy a expliqué à notre sœur Célia que le moyen le plus simple pour la trouver dans le ciel était de commencer par repérer trois étoiles bien brillantes alignées. Elles représentent la ceinture d’Orion, située au centre d’un carré formé par les quatre autres astres que compte cette constellation. Pour la tracer, Jérémy a précisé qu’il fallait relier ces quatre points entre eux en incluant les extrémités de la ceinture, de manière à obtenir un sablier ou un nœud papillon. Quand mon frère parle des étoiles, j’en vois briller dans ses yeux. Célia, elle, va rentrer en quatrième primaire, soit l’équivalent du CM1 en France. Je ne m’inquiète pas pour elle parce qu’elle est très studieuse. Maman non plus, d’ailleurs. Célia réussit avec d’incroyables facilités et elle a plein d’amis, tant au sein de son école à Limes, en Belgique, que dans le village d’Avioth, en France, où elle habite avec Jérémy et mes parents. Elle pratique la danse et joue du piano. Pendant l’été, les ados du royaume ont mis au point des tablettes individuelles qui permettent d’observer la vie sur Terre. Il faut toujours qu’on se rende en salle de cinéma, mais nous pouvons à présent être plusieurs personnes en même temps à regarder ce qui se passe dans nos familles respectives. Je prends la direction de cette salle, car je sais que sur Terre, Maman est déjà réveillée. À l’entrée, Isabelle m’accueille chaleureusement : – Bonjour, Timéo, tu es bien matinal ! – Bonjour, Isabelle. C’est un grand jour pour ma famille aujourd’hui, et je meurs d’impatience d’aller lui rendre visite, mais comme Titouan et Tifanie dorment encore à poings fermés, en attendant, j’aimerais bien savoir ce que Maman est en train de faire. – Voici ta tablette. Fais attention à ne déranger personne. – Je vais essayer. Merci, Isabelle. Je rentre dans la salle obscure, survole quelques marches, puis m’assieds sur le premier siège à ma droite. Il n’y a qu’une poignée d’enfants disséminés çà et là. Tous portent des écouteurs et un seul lève la tête quand je m’installe à quelques places de lui. J’appuie sur « on », et l’image apparaît sur l’écran après quelques secondes. Une tasse de café dans une main, un livre ouvert dans l’autre, Maman se réveille doucement. L’horloge indique six heures trente. Elle a déjà pris sa douche. Comme chaque matin, avant de démarrer sa journée rythmée par les tétées et les tâches ménagères, elle savoure ces précieuses minutes de calme. C’est devenu un rituel indispensable à son bien-être. Ça, je l’ai bien compris. Dans environ une demi-heure, Papa fera son apparition dans la cuisine, avec un des jumeaux sur chaque hanche. À partir de ce moment-là, je sais que Maman n’aura plus une seconde de répit avant leur coucher, vers vingt et une heures. C’est un peu ma faute si sa vie est mouvementée à ce point, c’est vrai, mais je suis tellement content de lui avoir offert ces deux bambins que je ne regrette rien. Je sais qu’elle va entendre des cris, des pleurs, des soupirs, des objets qui tombent, qui cassent parfois, mais également des gazouillis et des éclats de rire. Je l’entendrai soupirer, râler, donner des ordres, mais aussi encourager, féliciter et dire des mots d’amour. Bref, je serai le témoin invisible du quotidien d’une maman avec des enfants en bas âge. Comme beaucoup d’autres mamans, je sais que la mienne se sentira parfois, même souvent, dépassée par la situation. Je sais qu’elle aura parfois envie de pleurer, de crier, mais elle a un pouvoir spécial, ma maman. Elle se répète intimement qu’elle a de la chance d’avoir une si belle famille et que ses enfants soient en bonne santé. Depuis que je l’ai quittée, elle a fait un énorme travail sur elle. Elle est devenue encore plus forte après cette épreuve. Il y a bien évidemment des moments plus difficiles que d’autres, notamment juste avant de s’endormir, quand le calme lui rappelle qu’elle n’a jamais entendu le son de ma voix. Mais elle avance, pas après pas, dans sa reconstruction. Elle ne voit plus du tout la vie de la même façon depuis le drame. Maintenant, par exemple, elle prend du temps pour elle, ce qu’elle n’aurait jamais pu envisager il y a deux ans. À cette époque, elle vivait à vive allure. Elle jonglait entre son travail au restaurant avec Papa, les tâches ménagères, ses deux premiers enfants et sa troisième grossesse. Sa vie était réglée comme du papier à musique et elle était fière de tout assumer. Mais ça, c’était avant ! Avant que la tristesse ne s’installe dans son foyer ! Avant qu’elle ne se rende compte que tout pouvait s’arrêter brutalement, du jour au lendemain ! Avant qu’elle ne réalise que ça n’arrivait pas qu’aux autres ! Avant que je rejoigne les étoiles et que j’emporte avec moi toutes ses certitudes ! Tout à coup, sa vie lui avait semblé bien désuète. J’étais parti en laissant un vide immense dans son ventre, dans la chambre qu’elle avait préparée pour moi et dans son cœur de maman blessée. Aucun de ses sens ne pouvait plus détecter ma présence. Elle ne pouvait ni me voir, ni me sentir, ni me toucher, ni m’entendre, ni goûter au bonheur d’être une nouvelle fois maman. Pourtant, dans sa tête, j’étais partout et tout le temps. J’emplissais ses pensées. J’étais même présent dans ses rêves et ses cauchemars. J’étais partout et pourtant je n’étais nulle part. Je n’étais pas là où elle avait envie que je sois. Pendant neuf mois, elle s’était préparée à notre rencontre. Elle en avait rêvé, l’avait mille fois imaginée. Elle aurait dû entendre mon cri alors que l’air serait brusquement entré dans mes poumons. Elle aurait dû fondre de tendresse en découvrant ma petite bouille ronde. Elle aurait dû tomber en admiration alors qu’instinctivement, j’aurais cherché à téter son sein. Elle aurait dû lire la fierté dans les yeux de Papa. Elle aurait dû s’émerveiller quand je me serais endormi repu, peau à peau, contre le torse de Papa et que j’aurais esquissé mon tout premier sourire. Elle aurait dû figer ces instants magiques dans son esprit et sur la carte mémoire de son appareil-photo. Elle aurait dû me présenter à mon frère et à ma sœur avant de prendre un selfie de notre belle famille. Mais rien de tout cela ne s’était produit. À la place, un désarroi abyssal l’avait envahie. Emporté par mes pensées, je n’ai pas vu l’heure défiler. Il est déjà presque sept heures, Maman profite de ses dernières minutes de répit. Elle se délecte de ces instants de lecture qui lui permettent de s’évader et de démarrer ses journées en toute quiétude. Elle sait qu’à partir du moment où Papa va débarquer dans la cuisine avec les jumeaux, elle sera projetée de manière brutale dans sa vie de maman et qu’à de nombreuses reprises, elle devra prendre sur elle pour rester zen, sans se laisser submerger par ses émotions. Il est temps pour moi de rendre la tablette à Isabelle. Je vais aller voir si Tifanie et Titouan sont réveillés. Même si je n’ai pas beaucoup dormi, je me sens en pleine forme, impatient d’aller sur Terre pour rendre visite à nos familles. Un sourire aux lèvres, je suis penché au-dessus de Titouan, à quelques centimètres à peine de son visage. Il ouvre un œil, uploads/Geographie/ extrait-noel-au-royaume-de-seraphin-monbestseller-com.pdf
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- Publié le Dec 30, 2022
- Catégorie Geography / Geogra...
- Langue French
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