1 M. de Brazza, d’après une photographie faite par M. Pottier la veille du dépa

1 M. de Brazza, d’après une photographie faite par M. Pottier la veille du départ de l’explorateur pour la Sangha (L’Illustration du 23 Février 1895) 2 Une annonce remarquée Le Rapport Brazza Mission d’enquête du Congo : rapport et documents (1905-1907) de Pierre Savorgnan de Brazza / Commission Lanessan Préface de Catherine Coquery-Vidrovitch Ed. Le Passager clandestin Ce livre a reçu le soutien de l’association Sortir du colonialisme. Postface de Patrick Farbiaz. En mars 2014, La maison d’éditions Le passager clandestin publie pour la première fois le rapport établi entre 1905 et 1907 par le ministère des Colonies, à partir des informations rassemblées par la dernière mission de Pierre Savorgnan de Brazza au Congo. Ce document présenté par Catherine Coquery-Vidrovitch1 est accompagné de nombreuses autres archives inédites. Par cette publication, le passager clandestin met à la disposition de tous un document 1 Catherine Coquery-Vidrovitch est la seule historienne française à avoir pris connaissance du rapport Brazza, qu'elle a découvert dans le cadre de sa thèse d'Etat, en 1966. Professeure émérite de l'université Paris-Diderot, ses travaux sur l'Afrique portent sur la politique de colonisation et les notions d'impérialisme et de capitalisme sur ce continent. Elle est notamment l'auteure de Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, Ehess, 2001, et de Enjeux politiques de l'histoire coloniale, Agone, 2009. 3 fondamental pour appréhender l’histoire coloniale européenne au tournant du XXe siècle, ses enjeux, ses pratiques et ses effets. Dans sa postface, Patrick Farbiaz2 explique : « Il peut apparaître étonnant pour Sortir du Colonialisme, une association d’éducation populaire, de s’associer à la coédition de ce rapport de la Commission d’enquête du Congo dirigé par Pierre Savorgnan de Brazza. Nous ne sommes pas des historiens et notre public n’est pas composé d’universitaires. Mais si nous avons jugé important de nous associer à cette publication avec les Editions du Passager Clandestin, c’est qu‘elle se situe dans le prolongement de notre combat anticolonial : « La lutte pour l’ouverture des archives est une préoccupation constante du mouvement anticolonialiste. La pratique du secret est une caractéristique du pouvoir colonial depuis toujours. Le rapport Brazza avait disparu des radars depuis plus de 100 ans. Alors qu’il apportait une somme d’informations uniques sur les pratiques de la France coloniale, non seulement il n’a pas été publié mais il a été occulté pour les générations suivantes, dissimulé au sein des archives du Ministère des Colonies, puis du Ministère des Affaires Etrangères. Si nous voulons nous réapproprier notre histoire, il est essentiel que la documentation sur la réalité de l’Empire colonial soit connue et partagée par tous ceux qui veulent comprendre cette période essentielle pour notre histoire. Rappelons-nous la polémique sur l’ouverture des archives sur le 17 octobre 1961. Publier ce rapport c’est un apport au combat pour la transparence. « Ce rapport est un acte d’accusation qui met la France coloniale en examen pour crimes contre l’humanité. Ces crimes ne se réduisent évidemment pas au territoire du Congo français. Ils ont eu lieu sur l’ensemble des territoires soumis à l’autorité de la France coloniale. Ce rapport finalement ne fait que rapporter du point de vue de l’appareil d’Etat des pratiques qui se sont étendus durant tout le temps de la colonisation et sur tous les territoires. Mais là où il est d’un apport considérable c’est qu’il est rédigé de l’intérieur de l’Etat colonial. Lorsque Brazza meurt à la fin de sa mission, ce que l’on appelle le « parti colonial », ce puissant lobby, lui organise des obsèques solennelles. Le groupe colonial qui réunit des députés favorables à l’expansion coloniale de la France est fort de plus de 200 députés. On comprend mieux pourquoi le rapport sera étouffé malgré le soutien d’intellectuels comme Charles Péguy et de sa revue «Les Cahiers de la Quinzaine ». La colonisation était – elle donc «positive» comme les nostalgiques de ce « temps béni des colonies » tentent de nous le faire croire ? Ce rapport donne la réponse à cette question. Il montre que la colonisation et son idéologie le colonialisme ont été d’une brutalité inouïe et ont constitué un état d’exception permanent. Le rapport en pointant le quotidien de la colonisation est à lui seul un livre noir. Le colonialisme ce n’est pas seulement des grands massacres, des enfumades, le travail forcé, les exécutions sommaires. « C’est d’abord l’humiliation au quotidien. Lorsque le gouverneur Gentil avec ses deux gardes du corps armés de gourdin passent devant les indigènes, il faut que ceux-ci se découvrent sinon ils sont tabassés. C’est ce type de pratique qui nous fait découvrir mieux que mille discours la réalité de la colonisation française en Afrique. La lutte contre le révisionnisme colonial fait partie intégrante du travail de mémoire des anticolonialistes depuis la loi du 23 février 2005 où ces négationnistes demandèrent que le mensonge d’Etat de la colonisation dite « positive » soit enseigné aux élèves de France. Puisse la publication de ce rapport contribuer au travail de mémoire. 2 Animateur et cofondateur de l’association Sortir du colonialisme 4 Enfin le rapport a des accents terriblement contemporains. Il met en exergue le système des concessions privées où domine un travail forcé proche de l’esclavage fondé sur le profit maximum. Après l’effondrement de l’Empire colonial, le néocolonialisme a prospéré. La colonisation avec un drapeau et une administration c’est toujours et encore l’ordre colonial imposé cette fois par procuration. La Françafrique a reconstitué l’alliage formé entre la classe politique française, l’Etat-major et les sociétés privées. Bolloré ou Total continuent à être présent à Libreville, Brazzaville ou Lomé, souvent protégé par des contingents de l’armée française qui a conservé ses bases militaires. Les élites locales ont été associées au pillage mais l’essentiel demeure, le pillage des ressources. Les massacres aussi d’ailleurs. Le Congo Brazzaville n’a cessé d’être un champ de bataille depuis des décennies dont tous les fils nous ramènent à La tour de Total à la Défense. Le Gabon livré aux frasques de Bongo père et fils a abondé les caisses noires des partis politiques français, la corruption à tous les niveaux et jugulé les révoltes populaires. L’uranium d’Areva a remplacé le caoutchouc rouge mais c’est toujours pour servir les intérêts de la France des financiers et des industriels en 2013 comme en 1905 que nos gouvernements qu’ils soient de droite ou de gauche protègent nos entreprises au nom de la mission civilisatrice de la France. C’est aussi en mettant en lumière le lien indissoluble entre la défense des profits et l’oppression des peuples que le rapport Brazza vient compléter et enrichir notre vision du poids de l’histoire coloniale dans la définition des sociétés occidentales. » Il est assez rare – bien des écrivains vous le diront – que la simple sortie d’un livre fasse grand bruit dans les médias. C’était d’autant plus étonnant que si ledit rapport est relatif à un scandale, celui-ci est vieux de plus d’un siècle. Il s’agit donc de faits connus depuis longtemps et le scandale réside autant dans les faits (une histoire d’exactions et de crimes contre l’humanité commis dur des indigènes dans des territoires colonisés) que dans l’impunité des responsable et le « classement vertical » du rapport. Certains - le site Africultures, pour ne pas les nommer - ont même si bien perçu la chose qu’ils ont adorné le livre d’un « bandeau », précisant « Le premier Secret d’Etat de la Françafrique ». Avec ce thème récurrent de la Françafrique dont chaque Président annonce lors de sa prise de pouvoir que cette fois elle est bien morte, mais qui doit sans cesse renaître, puisque le prochain Président fera de même, avec des lois sur la mémoire qui imposent de se souvenir ou d’oublier, la France peut s’adonner à son, goût pour la polémique… et les libraires font des affaires… Toutefois, l’affaire du rapport Brazza n’est pas « franchouillarde » ou franco-française et n’intéresse pas seulement l’Hexagone et ses satellites ex-coloniaux de la Françafrique. Et, si cela peut surprendre en Europe, cela n’étonnera sans doute guère les Africains. Ils savent par expérience que les deux Congo n’ont pas seulement les deux capitales les plus proches du monde, mais aussi une très longue frontière commune qui, représentée par le cours du fleuve Congo, est bien plus un moyen de communiquer, de transporter et de traverser qu’une séparation. En cas de troubles politiques ou sociaux, voire parfois pour fuir le chômage, « passer l’eau » est un réflexe aussi naturel d’un côté du fleuve que de l’autre. C’était ainsi du temps de Stanley, de Léopold II et de Brazza, c’était ainsi avec Kasa Vubu puis Mobutu sur une rive et l’abbé Youlou, puis Massemba Débat et Marien Ngouabi sur l’autre, et cela continue aujourd’hui entre le Congo de Joseph Kabila et celui de Denis Sassou Ngueso. Par certains côtés, le rapport Brazza, bien qu’appartenant à l’histoire du « Congo d’en face », touche aussi à l’histoire duCongo- Kinshasa, même si parfois ce n’est que par la bande. 5 Que le rapport Brazza ne soit pas sans signification pour le Congo-Kinshasa n’a pas uploads/Histoire/ 1905-le-rapport-brazza-pdf.pdf

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  • Publié le Oct 29, 2021
  • Catégorie History / Histoire
  • Langue French
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