1 Séquence 6 – FR10 Séquence 6 L’expression poétique de la révolte contre la gu
1 Séquence 6 – FR10 Séquence 6 L’expression poétique de la révolte contre la guerre Sommaire Introduction 1. La guerre vue par les poètes de l’Antiquité au XVIe siècle 2. La dénonciation de la guerre au XIXe siècle 3. La dénonciation de la guerre au XXe siècle Bilan Lecture cursive E Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours Objet d’étude E Étude de deux groupements de textes Activités E T ahar Ben Jelloun, La remontée des cendres Lecture cursive © Cned – Académie en ligne 3 Séquence 6 – FR10 2ntroduction Objet d’étude : écriture poétique et quête du sens La poésie constitue une manière spécifique de rendre compte du monde par la place qu’elle donne à l’imagination et au travail sur la signification et la matérialité sonore des mots. Elle est en effet le genre par excellence où chaque auteur, inventant une langue qui lui est propre, transmet le plus directement au lecteur sa vision du monde et son émotion. Nous pourrons ainsi observer comment, à travers la diversité des formes et des genres poétiques, des poètes d’époques différentes, s’interrogent sur leur époque, leurs expériences et le sens qu’ils peuvent leur donner. Problématique : l’expression de la révolte contre la guerre Le thème de la guerre, qui traverse l’histoire humaine, sera l’occasion d’observer comment les poètes face à des situations extrêmement différentes tant du point de vue historique (guerres de conquête, guerres civiles, guerres mondiales, occupation...) que personnel (soldat, victime, prisonnier, résistant, pacifiste...) expriment leur désarroi ou leur révolte. Nous verrons que cette révolte contre la guerre en tant que telle se fait de plus en plus forte, depuis la déploration tragique du sort des victimes dans l’Antiquité jusqu’au pacifisme intégral de l’époque contemporaine, en passant par la dénonciation constante de l’horreur et de l’absurdité des conflits armés. L’évolution des formes poétiques depuis l’alexandrin strictement codifié, les formes fixes de la ballade ou du sonnet jusqu’à la souplesse du vers libre ou de la chanson, vous permettra d’apprécier des écritures différentes, des manières propres à chaque poète, de vous émouvoir, de vous choquer, de vous faire réagir, et pourquoi pas, de vous pousser à inventer votre propre langue poétique ! A B I 3 © Cned – Académie en ligne 4 Séquence 6 – FR10 1 La guerre vue par les poètes de l’Antiquité au XVIe siècle Dans l’Antiquité L’Antiquité grecque est marquée par l’héroïsme épique de l’Iliade d’Homère qui exalte les valeurs guerrières de bravoure et d’honneur. Cependant, même dans cette œuvre, le poète est sensible à la cruauté de la guerre, à ses victimes, à la douleur des guerriers, des parents ou des épouses qui ont perdu l’être aimé. Les auteurs tragiques, trois siècles après Homère, se placent souvent dans le camp des vaincus, pour déplorer les malheurs de la guerre et en montrer une vision plus humaine dépourvue de l’exaltation et de l’amplification épiques. Ils s’interrogent sur les responsabilités humaines ou divines, sur la valeur morale des actes des hommes, en montrant que tout n’est pas permis aux vainqueurs. Texte A : Homère, Iliade (VIIIe siècle avant J.-C.) Homère est le premier auteur de la littérature grecque, et même occidentale. Son influence a été considérable sur toute notre culture. Il a vécu, semble-t-il, au VIIIe siècle avant J.-C., certainement dans le monde grec d’Asie Mineure, dont la civilisation était brillante. On ne sait rien de façon sûre sur lui : la tradition en fait un aveugle. La «question homérique» agite les esprits depuis l’Antiquité : Homère a-t-il existé ? S’agit-il d’un ou plusieurs auteurs ? N’est-il qu’un compilateur ? Il est établi que l’Iliade et l’Odyssée évoquent des événements qui se situent vers l’an 1200 (la guerre de Troie et le retour des guerriers achéens1 dans leur patrie), donc quatre siècles avant l’écriture des épopées homériques. On sait qu’il a existé, pendant toute cette période, une très riche poésie orale transmise à travers les générations. Les poèmes homériques sont le résultat de toute cette tradition, et on est convenu d’appeler Homère le poète responsable de la composition de l’ensemble, même s’il emprunte vraisemblablement à des sources diverses. L’Iliade, le plus ancien des deux poèmes homériques, raconte un épisode du siège de Troie : Achille, le plus fameux des guerriers grecs, qui a été humilié par Agamemnon le chef de l’expédition, refuse désormais de combattre. L’armée grecque essuie alors de nombreux revers, jusqu’à ce que Patrocle, le compagnon le plus cher d’Achille, 1. Achéens : nom donné aux Grecs dans les poèmes homériques. A © Cned – Académie en ligne 5 Séquence 6 – FR10 supplie celui-ci de le laisser revenir au combat. Patrocle, revêtu des armes d’Achille, va alors être tué par Hector, le valeureux fils du roi de Troie, Priam. Achille, fou de douleur, repart à la bataille pour venger son ami et tuer Hector. Excessif dans sa douleur comme dans sa vengeance, il pousse la cruauté jusqu’à traîner le cadavre de son ennemi derrière son char sous les murs de la ville et à lui refuser la sépulture. Cependant, touché de compassion devant le vieux roi Priam, venu le supplier de lui rendre le corps de son fils, il finit par s’exécuter. Les Troyens peuvent alors célébrer les funérailles de leur héros et se lamenter sur son corps comme le fait ici Andromaque, son épouse. Andromaque, en tenant dans ses mains la tête du valeureux Hector, commence les gémissements en disant : « Cher époux, tu es mort à la fleur de ton âge, et tu me laisses veuve dans ton palais ! Ce fils si jeune, que nous fûmes assez malheureux pour mettre au monde, ne parviendra jamais jusqu’à l’adolescence ; car, avant ce temps, notre ville sera précipitée du haut de son faîte. Hector, tu n’es plus, toi le défenseur d’Ilion, toi le protecteur de notre belle cité, toi le sauveur des Troyennes et de leurs jeunes enfants ! Bientôt, sans doute, nos ennemis nous entraîneront sur leurs navires et nous réduiront toutes à l’esclavage. Ils t’emmèneront aussi, ô mon fils ; ils te soumettront à des travaux avilissants et grossiers, et tu seras sous les ordres d’un maître cruel. Peut-être bien aussi qu’ils t’arracheront de mes bras pour te précipiter du haut des tours, afin de venger par ta mort le meurtre d’un frère, d’un père ou d’un fils ; car Hector ne pardonnait jamais à ses adversaires, et il a privé de la vie un grand nombre d’Achéens. Voilà pourquoi tout le peuple le pleure maintenant dans Ilion. Cher époux, ta mort plonge tes parents dans la tristesse, et elle me réserve à moi des douleurs profondes ! Hélas ! tu ne m’as point tendu la main en rendant le dernier soupir ; tu ne m’as point adressé tes dernières paroles, ces ordres sacrés dont je me serais souvenu et que j’aurais répétés sans cesse la nuit et le jour en répandant des larmes ! » Ainsi gémit Andromaque, et ses femmes pleurent autour d’elle. Homère, Iliade, chant XXIV, v.723-746. Traduction de Bareste, 1843.2 Texte B : Eschyle, Les Perses (Ve siècle avant J.-C.) Eschyle (vers 526-456 av. J.-C.) est le premier des grands auteurs tragiques grecs. Ses pièces réfléchissent sur l’équilibre de la cité, ou le rôle des dieux dans l’existence humaine. Sa tragédie Les Perses (472) a la particularité de ne pas emprunter son sujet à la mythologie, mais à l’histoire contemporaine, puisqu’elle fait allusion à la bataille de Salamine (480), lors de laquelle les Grecs ont vaincu l’armée perse commandée par le roi Xerxès. Eschyle a lui-même participé à cette bataille navale. Il situe la pièce dans le camp des vaincus, imaginant la mère du Roi et tout son palais recevant la nouvelle de la défaite. La tragédie ne comporte que peu d’actions et consiste en une déploration lyrique sur les malheurs de la guerre. 2. Sur le site Remacle : http://remacle.org © Cned – Académie en ligne 6 Séquence 6 – FR10 Le Chœur (constitué des vieillards qui forment le conseil du Roi Xerxès) Ô roi Zeus ! tu viens donc de la détruire, cette armée des Perses, cette armée superbe, innombrable ! tu as plongé dans les ténèbres du deuil les cités de Suse et d’Ecbatane3. Combien de mères, de leurs faibles mains, déchirent leurs voiles et baignent leur sein d’abondantes larmes ! Et les femmes perses qui espéraient revoir les époux naguère associés à leur joug ! elles se livrent tout entières aux tendres regrets. La couche aux molles draperies leur rappelle les doux embrassements, ces jouissances de la jeunesse perdues pour elles, et qu’elles pleurent en proie à une douleur inconsolable. Et moi-même, le destin lamentable de ceux qui ne sont plus me pénètre d’une sincère pitié. Tout entière aujourd’hui gémit l’Asie dépeuplée. Eschyle, Les Perses, v. 532-549 ; Traduction : A. PIERRON, Charpentier, 18704 Texte C : Euripide, Les Troyennes (Ve siècle avant J.-C.) Euripide (480-406 av. J.-C.), le dernier des tragiques, se place aussi du côté des vaincus dans sa tragédie Les Troyennes (415) uploads/Histoire/ al7fr10tepa0211-sequence-06.pdf
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- Publié le Fev 24, 2021
- Catégorie History / Histoire
- Langue French
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