© Librairie Arthème Fayard, 2009. ISBN : 978-2-213-65671-7 Le Prix du Quai des
© Librairie Arthème Fayard, 2009. ISBN : 978-2-213-65671-7 Le Prix du Quai des Orfèvres a été décerné sur manuscrit anonyme par un jury présidé par Monsieur Christian Flaesch, Directeur de la Police judiciaire, au 36, quai des Orfèvres. Il est proclamé par M. le Préfet de Police. Novembre 2009 Table des matières Page de titre Page de Copyright Table des matières Chapitre Un Chapitre Deux Chapitre Trois Chapitre Quatre Chapitre Cinq Chapitre Six Chapitre Sept Chapitre Huit Chapitre Neuf Chapitre Dix Chapitre Onze Chapitre Douze Chapitre Treize Chapitre Quatorze Chapitre Quinze Chapitre Seize Chapitre Dix-Sept Chapitre Dix-Huit Chapitre Dix-Neuf Chapitre Vingt Chapitre Vingt et Un Chapitre Vingt-Deux Chapitre Vingt-Trois Chapitre Vingt-Quatre Chapitre Vingt-Cinq Chapitre Vingt-Six Chapitre Vingt-Sept Chapitre Vingt-Huit Chapitre Vingt-Neuf Chapitre Trente Chapitre Trente et Un Chapitre Trente-Deux Chapitre Trente-Trois Chapitre Trente-Quatre Chapitre Trente-Cinq Chapitre Trente-Six Chapitre Trente-Sept Chapitre Trente-Huit Chapitre Trente-Neuf Chapitre Quarante Chapitre Quarante et Un Chapitre Quarante-Deux Chapitre Quarante-Trois Chapitre Quarante-Quatre Chapitre Quarante-Cinq Chapitre Quarante-Six Chapitre Quarante-Sept Chapitre Quarante-Huit Remerciements Du Même Auteur PRIX DU QUAI DES ORFÈVRES Chapitre Un Vincent Brémont s’écarta du mur contre lequel il s’était adossé pour fumer une dernière cigarette. Il lui avait semblé entendre les échos d’une dispute lointaine. Était-ce un effet des vapeurs de whisky qui noyaient son cerveau ? Le bruit ne se répéta pas. Il avait dû se tromper, ou bien confondre avec une émission de télévision. La nuit, les sons portent loin. Et ce soir particulièrement, tandis que Cabourg dormait, se remettant de la chaleur inhabituelle de cette journée d’avril. Au moins sa fille profiterait-elle de leurs vacances ! Il tira sur sa cigarette dont le bout grésilla dans l’obscurité, et regarda sans la voir la petite maison achetée cinq ans plus tôt avec Alexandra. Ne ferait-il pas mieux de la revendre maintenant qu’elle n’était plus là ? Revenir ici était peut-être une erreur. Un an après, Julia se remettait à peine du suicide de sa mère. Elle commençait seulement à s’accoutumer à ne plus entendre le son de sa voix, à ne plus la croiser dans les couloirs de leur grande maison de Nanterre… Mais ici, en Normandie, partout les murs renvoyaient l’ombre de la disparue, la décoration portait son empreinte, et la collection de ses CD évoquait encore son plaisir à accompagner de la voix les refrains de ses chanteurs préférés… Le début de la semaine avait été difficile. Retrouvant cette résidence de vacances, Julia semblait y chercher sa mère dans les moindres recoins. Comme si sa disparition n’était qu’un mauvais rêve lié à la région parisienne, et qu’elle allait la voir apparaître dans cette petite station balnéaire, souriante et détendue comme à chaque fois qu’ils s’y retrouvaient en famille. Mais son attente demeurerait vaine, et Vincent savait que cette absence lui manquerait plus que jamais. Alors que le temps aurait dû contribuer à atténuer sa douleur, l’horloge biologique de Julia lui faisait ressentir de plus en plus durement le vide laissé par cette disparition. À l’âge difficile où les petites filles se transforment en jeunes femmes, elle avait besoin d’une présence féminine capable de l’accompagner dans cette métamorphose. Vincent la voyait parfois se retourner brusquement, comme si elle sentait sa mère derrière elle. Mais il n’y avait personne, et elle portait alors vers lui un regard éperdu, les yeux pleins de larmes. Il ne pouvait rien pour elle car lui aussi souffrait de la même absence. Le soir surtout, à l’heure où le crépuscule se transforme en obscurité, et où les ombres referment leurs griffes sur le monde, il croyait souvent entrevoir Alexandra, et sa désillusion était chaque fois terrible et dévastatrice. Il se retrouvait seul alors, avec ce grand vide qu’il tentait de noyer faute de pouvoir le combler. Depuis un an, le whisky était devenu son meilleur ami, son plus fidèle compagnon. Il ne se demandait même pas jusqu’où l’abus d’alcool risquait de le mener. Pour l’instant, il vivait au jour le jour avec cette béquille. Mais Julia ? Sa fille. Leur fille, que lui restait- il ? Sur quoi et sur qui pouvait-elle s’appuyer ? Conscient de ne pas lui être d’un grand secours, il s’était d’abord cru très fort, puis avait découvert à quel point il était faible sans la présence de celle qu’il aimait. La mort d’Alexandra lui avait révélé sa propre fragilité, une faille personnelle qu’il ignorait et qui s’imposait à lui. Pourquoi donc Alexandra avait-elle choisi d’en finir avec la vie ? Depuis un an, inlassablement, cette question le taraudait et restait sans réponse. Qu’avait-il fait ou dit, que n’avait-il pas fait ou pas dit, pour justifier un tel acte ? Si même Alexandra en avait à ce point assez de lui, pourquoi en arriver à une telle extrémité ? Comment avait-elle pu décider d’abandonner aussi sa fille ? À onze ans, Julia avait encore tellement besoin d’elle. Comment Alexandra, si responsable et attentionnée jusque-là, avait-elle pu se montrer soudain égoïste, alors qu’elle avait toujours fait passer leur fille avant tout ? Comme elle ne pouvait en vouloir à Julia, la raison de son suicide devait donc relever forcément de sa responsabilité à lui. Fallait-il qu’elle le déteste pour en arriver là et s’y prendre ainsi, alors qu’il n’avait rien vu venir, sans même un mot d’explication, sans indice précurseur : rien dans son comportement ne laissait présager cette fin. Comment peut-on susciter tant de haine chez la personne que l’on croit être la plus proche ? Vincent en était là de ses pensées quand, subitement dégrisé, il jeta sa cigarette et porta par réflexe sa main à la hanche, mais son Glock était resté à Paris. Une détonation venait de résonner dans les ruelles entre les petites maisons. Elle provenait de moins de cent mètres. Il se mit à courir, puis une seconde retentit, plus proche. Vincent accéléra sa course. Il surgit dans l’avenue du Général Castelnau et jugea la situation d’un regard. Un corps gisait sur le trottoir, à trente mètres de lui, masse confuse sous l’éclairage cru d’un réverbère. Une ombre fuyante disparaissait au détour d’une rue, cinquante mètres plus loin. En s’approchant, il découvrit le corps d’un homme blanc, d’une cinquantaine d’années, allongé sur le ventre, la tête tournée de côté, mal rasé et portant des vêtements ordinaires, avec de mauvaises chaussures aux pieds. Une tache de sang s’élargissait dans le dos de sa veste, et l’arrière de son crâne était éclaté. Vincent ne pouvait plus rien pour cet inconnu. Que devait-il faire ? Attendre l’arrivée de la police locale ? L ’assassin venait juste de quitter les lieux. Avec un peu de chance, il pouvait le rattraper. Mais il n’avait pas d’arme, et la ville tanguait autour de lui, sous l’effet de l’alcool que l’effort fourni avait augmenté. Il s’appuya d’une main contre un mur, et inspira une grande goulée d’air pur. Saleté de cigarette ! Il ne fumait pourtant pas beaucoup, à peine une ou deux après dîner… Mais la cigarette n’était pas seule responsable de son état de délabrement physique. Attendre sur place ne le mènerait à rien, alors que le meurtrier se perdait dans les rues obscures… Il se remit à courir, ignorant toute prudence, et concentrant son attention sur les rues au-delà du carrefour où il avait cru voir disparaître quelqu’un. Il venait rarement de ce côté-ci. La plage où il emmenait Julia se situait à l’opposé, et quand ils arrivaient de Paris, ce quartier n’était pas sur leur chemin. Il se plaqua contre le mur à l’angle du croisement et risqua un œil prudent. Deux malheureux réverbères éclairaient la rue, laissant entre leurs cônes de lumière assez de zones d’ombres pour dissimuler une petite armée parmi les voitures garées de chaque côté de la chaussée, ou dans l’encoignure des portes donnant sur des jardins particulièrement sombres. Rien ni personne ne bougeait. Quarante mètres plus loin, une autre ruelle croisait cette rue. Vincent fonça, escomptant que le meurtrier aurait profité de son avance pour filer plutôt que d’attendre pour régler son compte à un éventuel poursuivant. S’il se trompait, il serait vite fixé. Il tendit l’oreille, mais aucun bruit de course ne lui parvint. Le fugitif pouvait avoir pris n’importe quelle direction… D’expérience, il savait que la psychologie du fuyard le poussait à chercher à s’éloigner le plus vite possible. Tourner à droite l’aurait ramené vers le lieu du crime. Vincent prit à gauche et se remit à courir, conscient maintenant qu’il ne lui restait plus que quelques secondes pour le rattraper ou bien s’avouer vaincu. Il accéléra encore l’allure, jusqu’à parvenir au croisement suivant où il s’arrêta, les mains sur les cuisses pour reprendre à nouveau son souffle. Une voiture le frôla, son conducteur et sa passagère le dévisageant au passage. Il se redressa, attendant que sa respiration se calme et que les battements de son cœur retrouvent un rythme normal, apaisé. Le meurtrier pouvait être n’importe où. Peut-être même était-il revenu sur ses pas ? Peut-être s’était-il glissé dans l’un des jardins que Vincent venait de dépasser ? Ou bien le tueur se tenait-il tapi uploads/Litterature/ au-pays-des-ombres-gilbert-gallerne.pdf
Documents similaires
-
15
-
0
-
0
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise- Détails
- Publié le Fev 26, 2021
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
- Taille du fichier 0.8624MB