139 LA POESIE COMME ELEMENT DE PROMOTION DES VALEURS AUTHENTIQUES Brahim Baouch

139 LA POESIE COMME ELEMENT DE PROMOTION DES VALEURS AUTHENTIQUES Brahim Baouch Avant de commencer cette intervention, je voudrais bien vous lire ces magnifiques vers du poète Ali Widda : Usigh kem a tisit Ur ek ktigh a yighef inu Ur ek ukizegh allig sawelegh… J’ ai pris le miroir, Je n’ ai pas remarqué que c’ était moi-même Je ne me suis remarqué que seulement quand j’ ai parlé Ce Maroc ! Quand on parle du Maroc, on parle d’ abord d’ un pays qui a des racines profondes dans l’ Afrique et qui s’ ouvre à la fois sur l’ Atlantique et la Méditerranée, C’ est un pays purement amazigh (berbère) qui s’ est arabisé partiellement avec la conquête coloniale et la mise en place de l’ école moderne. Le Maroc est un pays africain qui a produit une diversité culturelle basée sur tamazight, comme langue, culture et civilisation. Le pays, que les observateurs considèrent très différent de l’ Orient arabe, reflète une spécificité très typique, basée sur une richesse artistique et une tradition populaire orale spécifique et universelle, c’ est son mode de chants et de danses. Ces modes expriment la pensée d’ ordre philosophique et sociale et l’ environnement de l’ homme Amazigh, le noble et le libre. Les chants et les danses des Imazighen sont une expression artistique d’ un peuple africain qui évolue en gardant des traditions. Qui improvise ? Dans mon intervention, je vais essayer un peu de consacrer tout mon temps limité pour la poésie amazigh chantée. Tout d’ abord, on va avouer que c’ est difficile de séparer la poésie des chants ou des danses de Ahidous ou Ahouach. Un poète amazigh s’ exprime toujours en chantant, sa poésie est reprise en chœur dans les cercles de Ahouach ou Ahidous. Amedyaz ou Amarir (Anechad) est un poète respecté qui traite tous les thèmes de sa société et son environnement. Amedyaz ou Amarir a tout un lexique, très diversifié ou il peut puiser tamedyazt ou turart pour exprimer ses émotions. Tout amazigh ou Tamazight doit réciter et apprendre par cœur beaucoup de chants et poèmes des ancêtres, comme il est obligé (e) d’ apprendre comment entamer une danse, et plus précisément la danse de sa tribu. Comment devenir improvisateur ? 2003-11-06 140 Amdyaz ou Amarir est à la fois, un sage et un maître de l’ art de versification, l’ Amarir a un rôle de faire des vers ou versifier la vie. Chaque versificateur traverse les vallées et les montagnes pour présenter à un public amazigh attentif, des « spectacles poétiques qui marquent pour un temps la vie locale » (H. Jouad). Dans le quotidien, un amazigh reçoit tout un bagage de « parole de sagesse » soit des vers où des proverbes, l’ amour des chants et des danses oblige l’ amazigh de réciter ou d’ improviser des vers ou des chants. Je dois avouer que la splendeur et la magnificence de la poésie Amazigh résident dans le fait qu’ elle est spontanée et naturelle. Ce n’ est pas facile d’ être un poète improvisateur, la coutume amazigh, voulait qu’ un jeune amazigh devrait apprendre l’ accumulation produites pas les ancêtres. C’ est un adepte qui apprend le métier d’ un autre Amarir. Il n’ existe pas d’ école pour enseigner l’ improvisation des chants et de danses, mais l’ amazigh considère la vie comme le seul canal qui lui permet d’ apprendre, d’ ailleurs toutes les expressions orales ne s’ apprennent que par la participation dans l’ acte. Il y a d’ ailleurs une procédure à suivre dans le domaine artistique amazigh, d’ abord pour être poète, il faut maîtriser et dominer la langue amazigh (awal) et réciter les vers des grands poètes (le verbe hèsu : apprendre par cœur), puis, il faut avoir une belle voix. En général être poète nécessite d’ être autodidacte et performant. Mais la condition principale demeure dans le contenu. Le groupe musical Archach chantait : Sawel ukan a yamdyaz Ini yat awal n sawab I warraw n umazigh Ka yeran ad as yessflid Dit (raconte, parle) ô poète Dit la parole de la raison Au fils d’ amazigh Le seul qui a la volonté de l’ entendre Le poète amazigh est un improvisateur qui « produit » les vers, c’ est un bon connaisseur de son métier, il s’ adonne aux genres poétiques différents : Gloire addur, poésie lyrique tayri/badâd, éloge tulgha, satire argam, description… Les thèses de tamedyazt ne sont pas stables, le poète peut chanter « pour critiquer, conseiller, se plaindre, se résigner » (M. Mokhlis) Improviser c’ est être libre Pour improviser une tamdyazt, le poète amène tout son arsenal linguistique et met à la portée de sa pensée toutes les images poétiques qu’ il possède pour batir son univers allégorique. L’ improvisation est le point fort de la poésie amazigh, le poète qui n’ improvise pas le chant ne sera pas admis parmi les meilleurs. La technique de l’ improvisation permet au poète un champs vaste pour traiter ses thèses, il surprit la foule par ses vers inattendus, il profite de cette liberté pour montrer ses performances et ses capacités comme un poète de la tribu, pour « voyager dans le monde des mots ». D’ ailleurs, les poètes disent que le poète « voyage » quand il improvise : Yemudda umarir= le poète a voyagé ou yedda umedyaz= le poète est parti ou yesewat umarg= il est englouti par le chant… 141 Avant d’ entamer son voyage, le poète s’ adresse d’ abord à Rebbi, le Dieu tout puissant, il sollicite son aide sa miséricorde et sa clémence, puis il demande l’ aide des Saints du pays (igurramen n tmazirt). Le poète du Moyen Atlas disait : Zzurex ec a yisem n bab n lqudra la ec neqqar Je commence par ton nom, le tout puissant, je te sollicite… Celui du Souss chantait : Nenna bismi llah ùrhim u rràhim nezur ek A Rebbi lli yellan f ida larzaq ndâlb ek Je dis au nom de Dieu le miséricordieux et le Clément, je commence par toi Ô mon Dieu qui est à l’ origine des destinées, je te demande… Le poète personnage respecté La parole poétique est respectée chez l’ amazigh, le poète, lui aussi, se voit comme un individu béni, qui a des perfermances gigantesques, il a les droits de modeler la langue comme il veut, il la conforme à son univers poétique. La poésie « exprime une vision de l’ existence et de la vie, c’ est un besoin existentiel, un souffle de vie omniprèsent dans toutes les activités de l’ homme amazigh, tissage, moisson, fêtes… »(M. Moukhliss. Actes de la 4eme rencontre de l’ Université d’ été d’ Agadir. Août 1991) Le poète prend en considération, au moment de la « production » des vers, la tradition orale authentique, il inspire et provoque l’ enthousiasme de sa pensée et son discours poétique de la vie quotidienne et de l’ expérience acquise dans l’ Asays (un vaste endroit où s’ organise les cérémonies de chants et de danses amazigh). Certaines fois, on a du mal à définir les convictions profondes d’ un poète, son savoir s’ adresse à la raison (ixef= la tête), à la passion et à l’ envie, il choisit les termes les plus profondes pour convaincre l’ écouteur/ le récepteur, pour critiquer pour définir ses émotions, c’ est un prédicateur du message profane… etc. Le poète promouvoit les valeurs de sa société La poésie amazigh est comblée des valeurs sociales qui sont le produit d’ une société purement amazigh. Le poète comme un individu de ce milieu, joue un rôle remarquable pour préserver et promulguer ce patrimoine dans les foules pendant les cérémonies d’ Ahouach et Ahidous. C’ est un préposé à Asays, sa fonction est de tisser la parole, de sculpter sa tayffart ou tamedyazt et composer les mots qui aboutissent à divulguer ces valeurs sociales. Il est difficile de différentier entre tamedyazt et tayffart comme deux formes poétiques, cependant le dictionnaire de Miloud Taïfi définit tamedyazt comme long poème chanté et tayffart comme poème chanté de plusieurs vers qui comporte des devinettes, des allégories… Ces deux formes sont chantées par imedyazen et imhellelen qui se déplacent de tribu en tribu ou de village en village. L’ amour du pays La valeur la plus importante véhiculé par le poète amazigh est son amour éternel de la terre akal/tamurt/tamazirt. Ecoutons Ali N Ayt Tirit U Buâezza décrivant la beauté de l’ Amur, le pays des Maures (Mauro en espagnol) : Kkix ed iyenna, kkix ed ilalen Annayex tagut 142 Anniy en tlalan in sacris d zzin Kkix ed Lmadina d Mekka D Lquds aha d Mizra Nugga asen i Ssudan x isaffen Ddunit zi nniy ifuday nezêra tt Nnix ac kkes tarict Ur ttafat am tamazirt umur (Revue Amazigh, N°1- 1981) J’ ai voyagé à travers le ciel et océans J’ ai vu les pays des brouillards (l’ Europe) Là ou naissent les pluies uploads/Litterature/ xdz5-ld-000169-17.pdf

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