DESHAYES Clément Date de création : 01.09.2000 Date de dépôt : 14.03.2005 Nivea

DESHAYES Clément Date de création : 01.09.2000 Date de dépôt : 14.03.2005 Niveau : BAC + 5 Pomme de terre transgéniques: une polémique scientifico-médiatico-politique (Août 1998-octobre 1999) Copyright © DESHAYES Clément Permission is granted to copy, distribute and/or modify this document under the terms of the GNU Free Documentation License, Version 1.2 or any later version published by the Free Software Foundation; with no Invariant Sections, no Front-Cover Texts, and no Back-Cover Texts. A copy of the license is included in the section entitled "GNU Free Documentation License". 1 Université Paris 7 – Denis Diderot DESS CISTEM option journalisme scientifique L’affaire des pommes de terre transgéniques Étude d’une polémique scientifico- médiatico-politique Août 1998 - Octobre 1999 Mémoire présenté par Clément Deshayes Sous la direction de Baudouin Jurdant 28 Septembre 2000 2 « Ce genre de modification génétique emmène l’Homme dans un royaume qui appartient à Dieu, et à Dieu seul. » Le Prince Charles, in The Daily Telegraph, 8 juin 1998. Illustration tirée du New Scientist, 16 octobre 1999 3 Plan du mémoire •Introduction------------------------------------------------pages 4 à 7 •Corpus et méthodologie--------------------------------pages 8 à 14 •Chronologie ------------------------------------------------pages 15 à 44 Préambule : Qui est Arpad Pusztai, et quelle était la nature et le but de ses expérimentations ? Acte 1 : Août 1998, les révélations Acte 2 : Février 1999, la polémique à son maximum Acte 3 : Mai 1999, les plus hautes institutions scientifiques britanniques apportent leur contribution Acte 4: Octobre 1999, The Lancet publie les travaux de Pusztai •Remarques finales ---------------------------------------page 45 •Annexes ------------------------------------------------------page 46 4 Introduction Alimentation et santé, deux sujets qui mettent notre sensibilité à fleur de peau. Les Organismes Génétiquement Modifiés constituent à ce titre un thème très délicat. En manipulant directement le génome, et par là même le cœur de la vie, il peut sembler à cetains que l’homme s’immisce dans un territoire auquel il n’était pas destiné. Pour preuve l’épigraphe du Prince de Galles, donnant un aperçu de ce que pouvait être l’opinion de la société anglaise au sujet des OGM. Dans cette tribune, l’héritier de la couronne faisait part de ses doutes, et posait la question simple « Avons nous vraiment besoin des techniques de modification génétique ? ». C’était avant l’été qui fit davantage basculer le public, encore marqué par les dégâts liés à l’affaire de la “vache folle“. En oubliant que les plantes que nous consommons aujourd’hui sont le fruit de 10 000 ans de domestication agricole, on pourrait résumer l’enjeu par la formule « nourriture naturelle contre aliments génétiques »– comme on a pu le lire dans plusieurs journaux. Les premières cultures de plantes transgéniques eurent lieu en 1987 aux Etats-Unis. Et depuis l’autorisation à la vente du premier produit issu du génie génétique, la tomate “FlavrSavr” en 1994, toujours en Amérique, le thème des organismes transgéniques, spécialement les plantes, a été abondamment traité dans les médias. Parions sans risque que nous n’avons pas fini d’en entendre parler. 5 L’affaire qui m’a intéressé débuta il y a à peine plus de deux ans. L’enthousiasme initial au vu des perspectives surprenantes de l’ingénierie génétique, plutôt partagé par la population, avait déjà cédé du terrain, face aux doutes à propos des éventuels dangers, tout au moins dans l’opinion européenne. Avant José Bové en France et son combat contre la mondialisation, il y eut Arpad Pusztai en Grande-Bretagne, devenu peut-être un peu malgré lui un chantre de la lutte contre les OGM. Au milieu de la tranquillité du mois d’août 1998, ce chercheur écossais apparut dans un documentaire télévisé, évoquant les craintes inspirées par certains résultats préliminaires. Son étude semblait mettre en évidence la toxicité d’une pomme de terre transgénique donnée comme menu à des rats. La séquence d’à peine deux minutes trente a déclenché une polémique sans précédent Outre-Manche, dans cet été déjà “chaud” pour les biotechnologies : des voix commençaient à s’élever pour réclamer un moratoire sur l’utilisation des OGM, plusieurs groupes de militants écologiques avaient mis à sac des cultures transgéniques. Et quelques jours avant “la bombe”, le parlement britannique avait annoncé que les OGM seraient bannis… du restaurant des députés. Si l’on racontait les faits en s’en tenant strictement à l’écho que ces expériences ont trouvé dans les médias, on pourrait croire qu’il s’agit d’un feuilleton épique. Avec ses héros et plusieurs épisodes, bien distincts dans le temps, cette controverse a éclaté à un moment propice dans l’actualité concernant les Organismes Génétiquement Modifiés en général, et les craintes qu’ils suscitent dans l’opinion. La particularité qui fait l’intérêt de ce cas ? Jusqu’à octobre 1999, les recherches n’avaient pas reçu le sacro-saint aval de la publication dans une revue scientifique. Dès le début, une fraction de la classe politique et les écologistes se sont emparé de ces résultats pour réclamer un moratoire sur le commerce des produits issus de l’ingénierie génétique. Dans le même temps, les scientifiques s’échinaient à avoir accès aux données « solides », qui permettraient de valider ou au contraire rejeter ces découvertes. Ils 6 contestaient également la pratique hétérodoxe de faire une annonce publique avant l’examen des données par les pairs. Pourtant, ce n’était pas la première fois que des scientifiques s’exprimaient dans les médias avant la validation par les collègues de résultats controversés. On se souvient de l’affaire dite de la « fusion froide », en mars 1989. Stanley Pons et Martin Fleischman de l'Université de Southampton, en Grande-Bretagne, annonçaient au monde entier qu'ils avaient réalisé une expérience de fusion dans une éprouvette, à la température de la pièce.1 Quelques années plus tard, en 1992, les observations du satellite COBE (COsmic Background Explorer), défrayèrent la chronique au Royaume-Uni. La portée de ces résultats – des “vaguelettes” détectées dans le rayonnement de fond (background) du cosmos – était absolument considérable, puisque ce ne serait rien d’autre qu’une preuve du Big Bang.2. Et l’affaire de la « mémoire de l’eau », encore plus ancienne, continue à faire parler d’elle. Le 30 juin 1988 paraissait dans Nature un article signé Jacques Benvéniste, accompagné d’un éditorial du rédacteur en chef John Maddox intitulé « Quand croire à l’incroyable ». Le jour même paraissait dans Le Monde une tribune du même chercheur invitant ses collègues à réfléchir à un autre monde conceptuel…3 L’objectif que je me propose de réaliser consiste en l’analyse de cette “fureur médiatique ”, son traitement dans la presse, essentiellement anglaise puisque le débat a surtout eu lieu Outre-Manche - quoique la presse française en ait régulièrement fait le récit, dans une moindre mesure. Dans une longue première partie, les différents rebondissements successifs de cette peur alimentaire seront rappelés. Puis on tâchera de proposer quelques réflexions sur le pourquoi de cette alerte à la “nourriture Frankenstein”, en considérant le jeu des différents 1 Voir par exemple « Dix ans de fusion froide » (http://www.cybersciences.com/cyber/3.0/n1163.asp) 2 Pour une analyse du traitement de cette affaire dans les quotidiens, voir Massimiano Bucchi, A Public Explosion : Big Bang Theory in the UK Daily Press, in Between Understanding and Trust – The Public , Science and Technology, ouvrage dirigé par M. Dierkes et C. von Grote, 2000. 7 acteurs de cette pièce tragique. Comment les journalistes, scientifiques ou non, ont-ils rendu compte des tenants et aboutissants de ces travaux ? L’annonce ayant été faite sans une relecture par les pairs, comment la communauté scientifique a-t-elle réagi ? Et pour les politiques, pris en étau entre la pression des groupes écologiques et la volonté de rassurer les électeurs, quelles furent les répercussions ? Cette controverse aura-t-elle fait avancer les débats sur les OGM, les instances de contrôle de leur sûreté, et leur acceptation par les consommateurs ? Ou bien est-ce que cette querelle n’aura été qu’une illustration de plus de ce qu’il faut faire ou ne pas faire en matière de communication de résultats scientifiques ? Beaucoup d’interrogations, auxquelles j’espère pouvoir apporter certains éléments de réponse, à défaut de prétendre mettre un terme définitif aux questions posées par la “nourriture génétique”. 3 Pour une analyse de cette polémique, lire pages 74 à 80 dans Françoise Tristani-Potteaux, Les journalistes scientifiques, médiateurs des savoirs, éd. Economica, 1997. 8 Méthodologie et constitution du corpus Pourquoi avoir choisi ce sujet pour en faire mon mémoire ? Lorsque j’ai commencé à réfléchir à un thème d’investigation, il m’est d’abord simplement venu l’idée de me pencher sur un cas de vulgarisation scientifique, qui serait intéressant et significatif en tant que cause de débats de société, étant donné les implications réelles ou supposées de la découverte. Pour faciliter la compréhension, il faudrait que ce sujet ait un lien avec la biologie, mon domaine initial de formation – ce qui ne devait pas être trop difficile avec toutes les interrogations suscitées par les nouvelles biotechnologies, clonage ou organismes transgéniques en premier lieu. En discutant avec mon entourage et en parcourant ma collection de La Recherche, je me suis remémoré la polémique qui agita le Royaume-Uni à propos de ces pommes de terre génétiquement modifiées, sensées nuire à la santé de rats qui en avaient ingurgité. Après quelques recherches préliminaires, une fois uploads/Litterature/arpad-pusztai-pomme-de-terre-gm-une-polemique-scientifico-mediatique-politique-par-deshayes-clement-universite-de-paris-7.pdf

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