Cet article est disponible en ligne à l’adresse : http://www.cairn.info/article

Cet article est disponible en ligne à l’adresse : http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=RMM&ID_NUMPUBLIE=RMM_041&ID_ARTICLE=RMM_041_0041 Le Traité théologico-politique dans la correspondance de Spinoza par Henri LAUX | Presses Universitaires de France | Revue de Métaphysique et de Morale 2004/1 - n° 41 ISSN 0035-1571 | ISBN 2-1305-4346-4 | pages 41 à 57 Pour citer cet article : — Laux H., Le Traité théologico-politique dans la correspondance de Spinoza, Revue de Métaphysique et de Morale 2004/1, n° 41, p. 41-57. Distribution électronique Cairn pour les Presses Universitaires de France. © Presses Universitaires de France. Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Le Traité théologico-politique dans la correspondance de Spinoza RÉSUMÉ. — La seule œuvre majeure publiée par Spinoza de son vivant est le Traité théologico-politique. Il y a donc un intérêt tout spécial à étudier la correspondance du philosophe pour rechercher ce qui peut être dit de ce texte. On découvre ainsi successive- ment : la formulation de thèmes et d’enjeux autour desquels s’élabore le Traité ; des informations historiques relatives à son contexte et à sa réception ; enfin et surtout des réactions qui sont de trois types : apologétique, dialogal, interprétatif ; c’est ce dernier type de réaction, constitué à partir d’une lettre de Lambert Van Velthuysen, qui permet de donner l’accès le plus précis à la philosophie du traité en posant les principes de son interprétation. ABSTRACT. — The only principal work published by Spinoza in his lifetime is the Theological-political Treatise. There is therefore a very special interest studying the cor- respondence of the philosopher in order to enquire on what could be said about this text. In so doing, one discovers successively : the formulation of themes and the major question around which the treatise is elaborated ; historical informations relative to his context and his reception ; lastly and more importantly, reactions that are threefold : apologetical, dialogical, interpretative ; it is this latter reaction, composed from a letter by Lambert Van Velthuysen, that permits to lend the most precise access into the philosophy of the Treatise, by posing the principles of its interpretation. Le Traité théologico-politique a dû représenter un événement tout à fait spéci- fique et exceptionnel dans la vie de Spinoza : non seulement par ses thèses et ce qui s’y engage (on pourrait en dire au moins autant de l’Éthique, ou de ses autres écrits), mais par le fait même de sa publication (1670), puisqu’il s’agit de l’œuvre majeure publiée de son vivant. Il y a donc un intérêt spécial à étudier la corres- pondance de Spinoza, pour y rechercher à la fois des traces de l’élaboration de ce texte et des réactions à sa publication, susceptibles d’en éclairer la compréhen- sion. L’intérêt se redouble car le Traité est la seule œuvre qui puisse se prêter à cet examen (les Principes ont un autre statut, et d’ailleurs leur publication coïn- cide approximativement avec le début de la correspondance) : un tel examen ne renvoie alors pas seulement à des questions philosophiques ou théologiques Revue de Métaphysique et de Morale, No 1/2004 particulières, mais à une œuvre en tant que telle, à un système d’argumentation connu et discuté 1. AVANT 1670, DES THÈMES ET DES ENJEUX Les lettres d’avant la publication nous apprennent assez peu de choses sur la nature du Traité, tout en montrant que se constitue peu à peu un univers de pensée. Elles expriment à la fois des thèmes et des enjeux. Des thèmes De décembre 1664 à juin 1665, la correspondance avec Blyenbergh est susci- tée par la publication des Principes de la philosophie de Descartes et des Pensées métaphysiques. Dans le cadre d’une discussion sur le problème du mal, sont développées des considérations sur la nature de Dieu, l’identité de la volonté et de l’entendement en Dieu 2, mais aussi des questions d’ordre plus théologique, spécialement proches du Traité : l’Écriture adopte un langage anthropomorphi- que à usage du vulgaire de sorte que les prophètes présentent leurs enseignements comme des lois, au moyen de paraboles, à la différence des philosophes qui « pratiquent la vertu par amour » de la vertu 3 ; son objet n’est pas la spéculation, il est d’« aimer Dieu par-dessus toutes choses et son prochain comme soi- même 4 » ; elle tire son autorité d’être Parole de Dieu et non d’enseigner la vérité, ce qui conduit à séparer la philosophie de la théologie car seul l’entendement naturel a rapport à la vérité 5. On reconnaît des thèses du Traité : statut de la philosophie et de la théologie, nature de l’Écriture, question du salut, référée à la philosophie ou à l’Écriture ; ainsi, par exemple, la thèse du salut de tous, formu- lée à la fin du chapitre XV, est avancée ici de manière indirecte : « Mon entende- ment est incapable en raison de son exiguïté de déterminer tous les moyens par lesquels Dieu peut conduire les hommes à l’amour de lui, c’est-à-dire au salut 6. » Le Traité est donc présent mais de manière indirecte par ce qui est dit de l’Écri- ture ou de son rapport à la philosophie ; il n’est pas mentionné explicitement, à 1. La question de la religion dans la correspondance de Spinoza est un autre sujet. On en trouve une présentation dans Victor SANZ SANTACRUZ, « La religión en la correspondencia de Spinoza (I) : La relación Blyenbergh-Spinoza », Pensamiento, no 207 (1997), p. 453-472 ; « La religión en la correspondencia de Spinoza (II) : Velthuysen-Spinoza », Pensamiento, no 214 (2000), p. 27-51. 2. Ep. 19. 3. Ibid. 4. Ep. 21. 5. Ep. 23. 6. Ep. 21. 42 Henri Laux la différence des Principes de la philosophie ou même déjà de l’Éthique 7. Cela se comprend puisqu’il s’agit d’une correspondance qui se situe au début de sa rédaction, dont les thèmes sont imbriqués avec ceux de l’Éthique, mais il s’agit précisément de « thèmes », ou de considérations requises par l’argumentation d’un correspondant. Il faut y voir un indice de la gestation du Traité, sans qu’aucune indication puisse être tirée quant à son projet. C’est aussi à cette époque (septembre 1665) qu’une lettre d’Oldenburg, dont la correspondance avec Spinoza est d’ailleurs engagée depuis 1661, fait indirec- tement mais clairement allusion au Traité (ce que confirmera Spinoza dans sa réponse 8) : « Pour vous, je vois que vous vous occupez moins de philosophie, si l’on peut dire, que de théologie, puisque vous rédigez vos pensées sur les Anges, la prophétie, les miracles. Mais probablement vous le faites dans un esprit philo- sophique. Quoi qu’il en soit, je suis certain que l’ouvrage sera digne de vous et j’ai le plus vif désir de le connaître 9. » Si la référence est allusive, on y reconnaît cependant des thèmes qui correspondent à la toute première partie du Traité (les anges sont mentionnés dans les deux chapitres sur la prophétie et les prophètes). Il s’agit en tout cas de la première mention d’un traité auquel travaille Spinoza. Des enjeux Mais à côté de thèmes plus ou moins clairement exprimés, on décèle aussi l’évocation d’enjeux liés au contexte de l’époque et dont on voit qu’ils sont à l’origine du Traité. Ainsi, dès 1662, Oldenburg invite-t-il Spinoza à publier librement ce qu’il a pu composer « tant sur la philosophie que sur la théologie », à ne pas craindre ce qu’il appelle les « grognements [des] théologastres », à bannir « toute crainte d’irriter les homuncules [les avortons] de notre temps » ; en effet, « il est temps d’aller à toutes voiles vers la vraie science et de scruter les « secrets de la nature plus avant qu’on ne l’a fait jusqu’ici 10 », à quoi s’ajoute une allusion au danger d’imprimer, moindre aux Pays-Bas qu’à Londres. L’année suivante, il lui demande s’il a « achevé cet ouvrage d’un si haut intérêt où [il traite] de l’origine des choses, de leur dépendance de la cause première, comme aussi de la purification de notre entendement », et l’invite à nouveau à ne pas se préoccuper « des théologiens de notre siècle abâtardi, moins soucieux de la vérité que de leur intérêt propre 11 » ; le propos concerne alors la Réforme de l’entende- 7. « [...] dans mon Éthique (non encore publiée) » (Ep. 23, G [Gebhardt, vol. 4, page...] 151 ; A [Appuhn, page...] 221). 8. Ep. 30. 9. Ep. 29. 10. Ep. 7. 11. Ep. 11. 43 Le Traité théologico-politique dans la correspondance de Spinoza ment, voire le Court Traité 12, uploads/Philosophie/ 04-henri-laux-page-41-a-57-le-traite-theologico-politique-dans-la-correspondance-de-spinoza-pdf.pdf

  • 27
  • 0
  • 0
Afficher les détails des licences
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise
Partager