Étape 6 Se préparer à l’explication de texte Lire très attentivement le texte s

Étape 6 Se préparer à l’explication de texte Lire très attentivement le texte suivant : « Nous imaginons que, si nous étions subitement introduits dans ce monde, nous pourrions dès l’abord inférer qu’une bille de billard communique du mouvement à une autre par impulsion, et que nous n’aurions nul besoin d’attendre la réalisation de cet événement pour prononcer avec certitude à son sujet. Telle est l’influence de la coutume que, là où elle est la plus forte, elle ne masque pas seulement notre ignorance naturelle, mais elle se cache elle-même et semble ne pas intervenir, uniquement parce qu’elle intervient au suprême degré. Mais pour nous convaincre que toutes les lois de la nature et toutes les opérations des corps sans exception se connaissent seulement par expérience, les réflexions suivantes peuvent sans doute suffire. Si un objet se présentait à nous et qu’on nous demande de nous prononcer sur l’effet qui en résultera sans consulter l’expérience passée, de quelle manière faut-il, je vous prie, que l’esprit procède dans cette opération ? Faut-il qu’il invente ou qu’il imagine un événement qu’il attribuera à l’objet comme effet ? Manifestement, il faut que cette invention soit entièrement arbitraire. L’esprit ne peut jamais trouver l’effet dans la cause supposée par la recherche et l’examen les plus précis. Car l’effet est totalement différent de la cause et, par suite, on ne peut jamais l’y découvrir. Le mouvement de la seconde bille de billard est un événement absolument distinct du mouvement de la première ; il n’y a rien dans l’un qui suggère la plus petite indication sur l’autre. Une pierre ou un morceau de métal élevés en l’air et laissés sans support tombent immédiatement ; mais, à considérer la question a priori, découvrons-nous rien dans cette situation qui puisse engendrer l’idée d’une chute plutôt que d’une élévation ou de tout autre mouvement, dans la pierre ou le morceau de métal ? » Hume, Enquête sur l’entendement humain (1748), traduction Leroy, GF, p.88-89. 1. Se poser les questions préalables à l’explication ordonnée et progressive du texte Expliquer un texte, c’est en rendre pleinement intelligible l’argumentation et les enjeux. L’explication ne peut être possible que si on interroge activement les affirmations du texte. Les questions qui suivent sont celles qu’il faudrait sans doute savoir se poser dans les lectures progressives que l’on fait du texte. Chaque question fait apparaître la nécessité de réfléchir sur le sens à donner aux arguments qui structurent le texte. Pour chaque question, vous prendrez bien soin de relire le texte ou le passage du texte concerné. 1 a. Dans ce texte, Hume réfléchit à partir d’une expérience de pensée originale. Il convient de bien l’analyser : pourquoi prend-il appui sur une expérience imaginaire et non sur une expérience réelle ? Que permet-elle de révéler ? b. Quel sens donner à la formule initiale du texte « nous imaginons » ? Repérez dans la suite du texte, le retour de ce terme, associé à celui d’invention. c. Inférer, c’est produire un raisonnement qui à partir d’un donné initial élabore de façon logique une conclusion rigoureuse. Quel sens donner, selon Hume, au principe de l’inférence causale ? L’explication de texte devra se montrer attentive à cette réflexion sur la causalité : il faut être en mesure d’expliquer ce qu’est une relation causale, une loi nécessaire, un effet prédictible. d. La thèse de Hume met en avant le rôle de la coutume : il ne faut pas y voir là une réflexion sur les mœurs d’un pays. La coutume, c’est le rapport habituel que nous avons avec le réel. Cette « coutume » s’élabore dans l’expérience régulière que nous avons faite et continuons de faire des choses : nous nous habituons à associer telle chose à telle autre car elles se présentent toujours ensemble. L’explication de texte doit veiller à donner tout son sens à cette notion de coutume ainsi qu’à celle d’expérience. e. Pourquoi Hume dit-il de la coutume qu’elle « masque notre ignorance naturelle » et qu’elle « se cache elle-même » ? Avons-nous conscience de ce qui est habituel ? f. Caractérisez précisément la thèse que soutient Hume et qui s’énonce en ouverture du § 2. On appelle empirisme la doctrine philosophique qui considère que tout ce que l’on sait a pour origine l’expérience que nous avons et que nous faisons du réel. Prenez bien soin d’analyser les raisons qui permettent de voir dans ce texte une position empiriste : pour autant peut-on dire que l’expérience nous fournit tout ce qui structure la connaissance que nous avons du réel ? Qu’est-ce qui fait problème, même dans une perspective empiriste ? g. Analysez le parallélisme de structure entre le § 1 (« si nous étions ») et le § 2 (« Si un objet se présentait »). h. Dans l’expression « il faut que cette invention soit entièrement arbitraire », il n’est pas question d’un impératif, mais d’une nécessité à laquelle on ne peut échapper (=on ne peut pas faire autrement qu’inventer de façon arbitraire). Analysez précisément ce qu’il faut entendre par « arbitraire ». Si l’invention ne peut être qu’arbitraire, que ne peut-elle pas être ? i. La fin du texte mobilise l’expression a priori (avant et indépendamment de toute expérience). A priori s’oppose à a posteriori (après l’expérience et à la faveur de celle- ci). Les expériences de pensée qui structurent le texte et qui s’efforcent de penser une position a priori relèvent d’une stratégie habile de réfutation : que s’agit-il de critiquer ? Comment pourrait-on nommer la position philosophique que Hume rejette comme inconsistante ? j. Si l’origine de l’inférence causale est introuvable, quelle incidence cela a-t-il sur la conception que l’on se fait de la science ? 2 2. Élaborer le problème, la thèse et l’enjeu du texte : les différents moments constitutifs de l’introduction La connaissance scientifique s’efforce, pour rendre intelligible l’expérience que nous faisons du réel, d’expliquer comment telle cause produit de façon nécessaire tel effet en raison des lois universelles de la nature. Les lois de la physique newtonienne permettent ainsi d’expliquer et de prédire les mouvements de tous les corps physiques. Mais ce principe causal, qui est à l’œuvre dans toute explication scientifique, comment en prend-on au juste connaissance ? Comment parvient-on à mettre en relation les phénomènes du réel et à savoir que tel phénomène est cause de tel autre ? Où trouve-ton le principe de causalité qui organise la connaissance du réel et permet l’élaboration des lois nécessaires de la nature ? Le problème que pose Hume est redoutable : il s’agit d’interroger le fondement même de notre connaissance du réel et de voir dans quelle mesure nos inférences causales sont rationnellement justifiées : que disons-nous quand nous affirmons que le mouvement d’une boule de billard « cause » nécessairement le déplacement d’une autre boule qu’elle heurte ? D’où nous vient une telle connaissance ? La thèse que Hume va élaborer est résolument empiriste : le principe causal qui nous permet d’ordonner l’expérience que nous faisons du réel et de prévoir, à l’avance, que la boule heurtée sera mise en mouvement, ne peut pas être constitué a priori, c’est-à-dire indépendamment de l’expérience que nous faisons du déplacement des corps physiques. Une connaissance strictement rationnelle, qui prétendrait se constituer sans le recours à l’expérience, ne parviendrait pas à produire la relation qui règle l’ordre d’apparition des phénomènes. Hume se fait ainsi le défenseur d’une position empiriste : seule l’expérience produit en nous l’idée d’un rapport réglé, régulier entre tel phénomène et tel autre qui lui est habituellement associé. En d’autres termes, le principe de causalité est l’expression de notre rapport habituel au réel : c’est parce nous sommes habitués à voir les corps se mouvoir selon un certain ordre que nous faisons de cet ordre habituel l’ordre nécessaire de la nature dans lequel les mêmes causes entraînent nécessairement les mêmes effets. L’enjeu du texte est alors déterminant : si la connaissance des lois de la nature qui permettent de produire des inférences causales entre les phénomènes n’est issue que de l’expérience habituelle et contingente que nous faisons des choses, quel est alors le fondement nécessaire et rationnel du savoir scientifique ? L’ordre élaboré dans les phénomènes du réel n’est-il que la projection de notre expérience répétée, régulière, habituelle du réel : ne serait-il donc jamais justifiable rationnellement, serait-il dépourvu de toute vraie nécessité ? 3. Élaborer l’analyse de l’argumentation à l’œuvre dans le texte : exemple détaillé de l’analyse de la première partie du texte de Hume (§1) 3 Première partie : pourquoi croyons-nous que l’impulsion donnée à une boule de billard a nécessairement un effet sur la boule qu’elle heurte ? Pourquoi nous attendons-nous à ce qu’il en soit ainsi ? espace a. Comment croyons-nous qu’un extraterrestre réagirait s’il assistait à une partie de billard ? – Il s’agit d’une expérience de pensée : Hume invite le lecteur à élaborer un dispositif fictionnel et à analyser les conclusions que l’on serait disposé à tirer de ce dispositif hypothétique. L’expérience de pensée vise, pour Hume, uploads/Philosophie/ cours-philo-cned-methode 1 .pdf

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