ETERNEL RETOUR L’Éternel retour, aussi appelé retour Éternel, est un concept ph

ETERNEL RETOUR L’Éternel retour, aussi appelé retour Éternel, est un concept philosophique originellement héraclitéen et stoïcien, puis repris par la pensée nietzschéenne. I- Qu’est-ce que le retour Eternel ? Chez Nietzsche, le concept est à la fois moral et cosmologique : il naît d'une expérience vécue près de Sils Maria en 1881, décrite comme une illumination ; mais l'on trouve dans ses écrits posthumes les traces de son élaboration progressive à partir de la littérature cosmologique et scientifique de son temps (notamment Johann Gustav Vogt et Auguste Blanqui qui sont les deux sources principales d'inspiration de Nietzsche). DEF : Les œuvres posthumes de Nietzsche comprennent des textes achevés ou non, ou des notes contenues dans ses carnets. Explication : D'après l'interprétation exclusivement éthique qu'en donne Patrick Wotling, on pourrait grossièrement résumer l'idée de l'Éternel Retour en un simple précepte tel que celui- ci : mène ta vie en sorte que tu puisses souhaiter qu’elle se répète éternellement. Ce concept est alors très éloigné de l’idée de résurrection ou de réincarnation présente dans certaines religions : Nietzsche ne semble pas tenir pour véritable la possibilité de revivre à l’infini sa propre vie, mais il fait de cette perspective une pierre de touche pour la valeur de sa propre existence. Ainsi, pour de nombreux penseurs de la fin du XIXe siècle en Allemagne, époque phare du pessimisme, le bilan que la plupart des hommes feraient au soir de leur vie suffit à prouver l’absurdité de l’existence Ce concept est alors très éloigné de l’idée de résurrection ou de réincarnation présente dans certaines religions : Nietzsche ne semble pas tenir pour véritable la possibilité de revivre à l’infini sa propre vie, mais il fait de cette perspective une pierre de touche pour la valeur de sa propre existence. Ainsi, pour de nombreux penseurs de la fin du XIXe siècle en Allemagne, époque phare du pessimisme, le bilan que la plupart des hommes feraient au soir de leur vie suffit à prouver l’absurdité de l’existence (sur ce point, voir l'aphorisme no 36, Dernières paroles). Si en effet la mort venait nous voir ce jour même en nous annonçant que notre heure est venue mais que nous pouvons décider, au lieu de sombrer dans le néant, de revivre à l’infini et dans ses moindres détails toute la vie que nous avons menée jusqu’ici, il y a fort à parier que nous préfèrerions retourner au néant c'est ce que Nietzsche appelle le nihilisme incomplet, par opposition au nihilisme complet qu'il propose, celui qui caractérise le surhumain. Aussi faut-il tâcher de vivre de telle sorte que l’on puisse souhaiter que chaque instant se reproduise éternellement. Sur le plan éthique, ce point de vue est contraire à celui adopté par le bouddhisme ou le jaïnisme avec notamment la notion de saṃsāra : dans ces spiritualités, le sage cherche à se libérer du cycle des renaissances successives ; il cherche la paix, le repos, et la disparition des désirs (appelé le nirvāṇa). Nietzsche, pour sa part, exalte la lutte, tout comme Héraclite, d'après qui « la guerre est le père de toute chose, et de toute chose il est le roi » ; être en bonne santé, être plein de vigueur, c'est être prêt à se battre et à affronter la souffrance, de sorte que ceux qui cherchent le repos sont malades – ils ne veulent plus vivre. Le temps qui importe n'est pas à venir, c'est le temps présent, la vie telle que nous la connaissons. C'est un temps que nous mettons à profit si nous le consacrons à ce qu'Aristote aurait nommé notre entéléchie. La comparaison entre Éternel Retour et saṃsāra demande d'examiner ces deux concepts en matière métaphysique. Le rapport entre Nietzsche et les spiritualités extrême-orientales n'est pas anodin : Schopenhauer est l'un de ses plus grands inspirateurs, tout en étant l'un de ses rivaux en popularité. En comprenant l'Éternel retour à la façon d'Héraclite et des stoïciens, une consistance métaphysique en découle : même si l'individu sombre dans le néant et n'a qu'une seule vie, le monde, lui, ne cesse jamais de répéter les mêmes schémas, éternellement. Couplée à la critique que Nietzsche fait de la notion d'individualité, le surhumain est alors celui qui embrasse pleinement cette lutte éternelle, celle de la volonté de puissance, qui constitue le monde. I- Origine du retour Eternel On le trouve présent dès Le Gai Savoir. C'est à cette période (1881-1882) que Nietzsche élabore cette idée, comme le montre les Fragments posthumes du Gai Savoir . Comme relevé par Heidegger (Essais et conférences, p. 139), on trouve dans Ainsi parlait Zarathoustra, partie III (écrit en janvier 1884), le premier exposé de l’Éternel Retour fait par Zarathoustra : « Il dit : "Comment ? était-ce là la vie ? Allons ! Recommençons encore une fois !" » Toutefois il a été suggéré que Nietzsche aurait pris connaissance des théories de Louis-Auguste Blanqui sur l’éternel retour. En effet, il a été retrouvé dans la bibliothèque de Nietzsche le livre écrit par Friedrich-Albert Lange (philosophe de la même époque que Nietzsche) l’Histoire du matérialisme. Celui-ci y fait mention des thèses de Blanqui sur l'éternel retour, présentées dans L'Éternité par les astres, paru en 1872. La coïncidence entre certains passages de Blanqui et celui de Nietzsche sur l’éternel retour dans le Gai Savoir est effectivement troublante. Ainsi, Blanqui écrit : « Tout être humain est donc éternel dans chacune des secondes de son existence. Ce que j'écris en ce moment dans un cachot du fort du Taureau, je l'ai écrit et je l'écrirai pendant l'éternité, sur une table, avec une plume, sous des habits, dans des circonstances toutes semblables. Ainsi de chacun. Toutes ces terres s'abîment, l'une après l'autre, dans les flammes rénovatrices, pour en renaître et y retomber encore, écoulement monotone d'un sablier qui se retourne et se vide éternellement lui-même. C'est du nouveau toujours vieux, et du vieux toujours nouveau. » L’Éternel retour nietzschéen se distingue de toutes les anciennes conceptions cycliques (par exemple la perspective du cycle des réincarnations tel qu’il est exposé dans les textes hindous) : si la loi du karma lie l’existence future d’un être à son existence passée, et proclame que l’existence sert à payer les erreurs d’une existence passée, Nietzsche, pour sa part, nie toute dette et toute faute, et conçoit le devenir cyclique plus loin que le bien et mal. Le devenir est ainsi justifié, on ne peut l’évaluer d’un point de vue moral. Cependant, il est à noter que lorsque Nietzsche attaque la morale, il attaque la morale chrétienne, et même uniquement la morale du christianisme (Nietzsche conçoit la noblesse de l'éthique juive sachant défier Dieu). Pour conclure , Penser l’éternel retour serait alors l’état maximal de la puissance humaine ; c’est par cette pensée assumée jusqu’en ses ultimes conséquences qu’advient le surhomme. En ce sens, la volonté de puissance découle de la pensée de l’Éternel Retour. uploads/Philosophie/ eternel-retour.pdf

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