K risknam urti Le présent ouvrage est un recueil d’entretiens qui ont eu lieu à

K risknam urti Le présent ouvrage est un recueil d’entretiens qui ont eu lieu à des dates différentes. Il n’est donc pas destiné à être lu à la façon d’un traité de philosophie. rishnamurti 0 J A I 1 9 4 9 T r a d u c t i o n de C a r l o S u a r e s Seule traduction autorisée LE CERCLE D U LIVRE 66, Bd Raspail — Paris 1 9 5 2 Copyright by KRISHNAMURT1 W RITINGS INC. Ojaï, Madras and London : 1950 CAUSERIES • O JAI 1949 I J E suis sûr que ceux qui viennent à ces réunions, et qui vont à d’autres réunions plus ou moins semblables, s’imaginent être très sérieux et sincères, il est important, en effet, qu’on le soit. .Mais nous devrions essayer de bien comprendre ce que l’on entend par là. Est-on sérieux, est-on sincère, lorsqu’on va d’un conférencier à un autre, d’un ch ef politique ou spirituel à un autre, lorsque 1 on s’adresse à différents groupes, à différentes organisations, en vue d’obtenir quelque ch ose? Ainsi, avant même de ch erch er à savoir ce qu’est la sincérité, tâch ons de connaî­ tre l’objet de nos poursuites. Que poursuivons-nous? Que veut ch acun de nous? Dans ce monde agité, où ch acun s’efforce de trouver une paix d’une certaine sorte, un bonh eur, un refuge d’une certaine sorte, n’est-il pas important, pour ch acun de nous, de savoir ce que nous ch erch ons? Que voulons-nous obte­ nir? Que voulons-nous découvrir? Il est probable que la plupart d’entre nous ch erch ent un bonh eur, une paix. Dans ce monde de guerres, de tumulte, de conflits, de souffrances, nous voulons un refuge. Je crois que ch a­ cun de nous est plus ou moins en quête d’un h avre de paix, et, dans cette poursuite, nous passons d’un ch ef à un autre, d un guide à un autre, d’une organisation reli­ gieuse à une autre. Mais est-ce vraiment le bonh eur que nous ch erch ons? 7 N ’est-ce pas plutôt un plaisir dont nous espérons qu’il nous donnera le bonh eur? Bonh eur et satisfaction sont deux ch oses bien différentes. Peut-on aller à la rech erch e du bonh eur? On peut «trouver » la satisfaction, mais il est bien certain qu’on ne peut pas « trouver » le bonh eur. Le bonh eur est le dérivé de quelque ch ose, c’est un sous- produit. Donc, avant de consacrer notre esprit et notre cœur à ce qui exige tant d’attention, de vigilance, de sin­ cérité, il nous faut connaître, n’est-ce pas, notre but réel. Voulons-nous le bonh eur ou la satisfaction? Je crains que la plupart d’entre nous désirent se satisfaire, éprouver un sentiment de plénitude au bout de leur rech erch e. Mais peut-on, en fait, aller « à la rech erch e » de quoi que ce soit? Pourquoi venez-vous à ces réunions? Pour­ quoi êtes-vous tous assis là, en train de m’écouter? Il serait intéressant de savoir pourquoi vous venez de si loin, par une journée si ch aude, pour m’entendre. Et, qu’écoutez- vous en ce moment? Est-ce une solution à vos tracas que vous ch erch ez, et est-ce cela que vous poursuivez en allant d’un conférencier à l’autre, d’une organisation religieuse à l’autre, et en consultant des biblioth èques? Ou est-ce la cause même de la souffrance, des conflits, de la misère, que vous voulez découvrir? Mais dans ce cas, si c’est la cause et non la solution que vous voulez connaître, pour­ quoi tant lire et tant écouter? Car ce qu’il importe d’avoir, c’est une clarté d’intention. Après tout, si c’est la paix qu’on ch erch e, il n’est pas très difficile de la trouver. Il suffit de se dévouer aveu­ glément à une cause, à une idée, et ainsi y prendre refuge. Cela ne résout évidemment rien. S’isoler, se confiner dans une idée, n’est pas se libérer de l’état de conflit. Il nous faut donc découvrir intérieurement et extérieurement ce que nous voulons, ch acun de nous. Dès qué nous clarifions ainsi nos intentions profondes, nous n’avons besoin d’aller consulter aucune Eglise, aucun Maître, aucune organisa­ tion. Notre difficulté consiste donc à clarifier nos inten­ tions. Mais pouvons-nous être clairs? Cette clarté est-elle le fruit de la rech erch e? Devons-nous aller écouter ce que ch acun dit, depuis le maître le plus élevé jusqu’au prêtre du coin de la rue? Devons-nous aller ch ez qui que ce soit? Et pourtant n’est-ce pas précisément ce que nous faisons? Nous lisons d’innombrables volumes, nous allons à des conférences, nous devenons membres d’associations, car nous sommes en quête de remèdes. Ou, si nous ne nous agitons pas, c’est qüe nous pensons avoir trouvé : nous déclarons que telle organisation, tel maître, tel livre nous satisfont, que nous y avons trouvé les réponses à nos ques­ tions. Alors, nous nous y installons et y demeurons cristal­ lisés. Nous devons donc en arriver à nous demander sincè­ rement, sérieusement, profondément, si la paix, le bonh eur, la réalité, Dieu — employez le mot que vous voudrez — peut nous être accordé par qui que ce soit. Cette incessante rech erch e, cette aspiration, peuvent-elles nous apporter l’extraordinaire sens du réel, l’état créatif, qui se produisent lorsque nous nous comprenons nous-mêmes? La connais­ sance de soi est-elle le fruit de rech erch es, d’adh ésions à des croyances, de lectures? Ces questions sont de la plus h aute importance, car si nous ne nous comprenons pas nous-mêmes, notre pensée n’a aucune base et nos rech er­ ch es sont vaines. Nous pouvons nous évader dans des illusions; fuir les luttes et les conflits; adorer; faire notre salut par différents moyens; mais tant que nous demeurons dans l’ignorance de nous-mêmes, tant que nous ne perce­ vons pas le processus total de notre conscience, nous n’avons aucune base pour penser, sentir, agir. 9 2 Mais nous connaître nous-mêmes est la dernière ch ose que nous désirions, bien que ce soit la seule fondation sur laquelle nous puissions construire. Avant de bâtir, avant de transformer, de condamner ou de détruire, il nous faut savoir ce que nous sommes. Nous en aller en quête de maîtres, de «gourous», de yogas, de rituels, etc..., est donc tout à fait inutile. Cela n’a aucun sens, même si les personnes que nous suivons nous disent de nous étudier nous-mêmes. Ce que nous sommes, ainsi est la société. Si nous sommes mesquins, jaloux, vains, avides, ainsi est tout ce que nous engendrons autour de nous, ainsi est la société dans laquelle nous vivons. Donc il me semble qu’avant de partir en voyage pour découvrir la réalité ou Dieu; qu’avant d’agir; qu’avant d’entretenir des rapports avec nos semblables (la société étant l’ensemble de ces rapports), il est essentiel que nous nous connaissions nous-mêmes. Et je considère sérieuse et sincère la personne pour qui cette connaissance est le pre­ mier et principal intérêt, non la personne qui se préoc­ cupe d’atteindre un but. Si vous et moi ne nous compre­ nons pas nous-mêmes, comment pouvons-nous, par notre action, amener une transformation dans la société, ou ail­ leurs? Ce qui ne veut pas dire, évidemment, que la connaissance de soi s’oppose aux rapports h umains et nous isole; ni qu’elle mette l’accent sur l’individu, le moi, en contraste avec la masse, avec les autres. Je ne sais pas si quelques-uns d’entre vous ont entrepris de s’étudier sérieusement, d’observer ch acun de leurs mots, ch acune de leurs réactions, d’observer ch aque mouvement de leur pensée et de leurs Sentiments ; de se mettre en somme dans un état total et impartial d’observation. Etes-vous cons­ cients de vos réflexes corporels? Savez-vous si ce sont vos centres ph ysiologiques ou vos idées qui vous font agir? 10 Et comment répondez-vous aux conditions extérieures? Je ne sais pas si vous avez jamais pénétré profondément dans ces questions, sauf sporadiquement peut-être, et en der­ nière ressource, dans des moments de désarroi et de fail­ lite générale. Mais quel que soit le ch amp de votre pensée, il ne con­ tiendra aucun élément de vérité tant que vous ne vous connaîtrez pas, tant que vous ne saurez pas pourquoi vous pensez de telle ou telle manière, quels sont les éléments de votre conditionnement, et pour quelles raisons vous avez certaines croyances sur l’art, la religion, votre pays, votre voisin et vous-même. Si vous ne connaissez pas toute cette armature, et la substance de votre pensée, et son origine, votre rech erch e est futile, votre action n’a aucun sens. Que vous soyez Américain ou Hindou, que vous apparteniez à telle ou telle religion, n’a aucun sens non plus. Donc, avant de ch erch er à comprendre si la vie a un sens et quelle est la signification de toutes ces guerres, de ces antagonismes nationaux, de ces conflits, de ce désordre, il est évident qu’il nous faut commencer par nous-mêmes. Cela a l’air uploads/Philosophie/ j-krishnamurti-ojai-1949 1 .pdf

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