Kena Upanishad Par Qui ? Traduction d'extraits du commentaire de Vimala Thakar

Kena Upanishad Par Qui ? Traduction d'extraits du commentaire de Vimala Thakar (Dalhousie sept.1994) par Patrick Delhumeau - 2 - Introduction Nous allons essayer de voir en quoi ces anciens textes peuvent avoir une signification actuelle, spécialement pour des étudiants en yoga. Les Upanishads se présentent sous forme de dialogues entre professeur et étudiants. C'est une voie de découverte de la vérité à travers un dialogue où les professeurs essaient de transmettre ce qu'ils ont découvert au cours de leur vie. Les Rishis essaient de verbaliser cette vérité, immanente à toute la création, la source première de toute création. Kena Upanishad est une part du SamaVeda. Les huit chapitres précédents ont décrit des rituels sacrificiels, ce neuvième chapitre commence par une prière : une invocation, un chant de paix. Traduction d'extraits du commentaire de Vimala Thakar (Dalhousie sept.1994) par Patrick Delhumeau - 3 - INVOCATION DE LA PAIX Cette prière indique l’essence de l'Upanishad, sorte d'autosuggestion pour le professeur et les élèves afin que la vérité puisse prendre place. Puisse-t-il y avoir un développement holistique de tous mes membres : la parole, la force vitale, les yeux, les oreilles, tous mes sens. Ceci est important car tout est Brahman, tout s'origine dans Brahman et en est donc l'émanation. Ne me laisse pas ignorer la véritable nature de mes membres, sinon je serai isolé, ma propre nature sera isolée de la Nature toute entière. Puisse-t-il y avoir une connaissance mutuelle de moi par Cela et de Cela par moi, sinon il ne peut pas y avoir d'interaction. Cette reconnaissance mutuelle, le fait de s'apprécier mutuellement, fait que toutes les vertus de l'absolu décrites dans les Upanishads vont pouvoir s'exprimer en moi. Je suis une expression particulière de Cela, mais je ne suis pas différent de Cela, je ne suis pas coupé de Cela. Comme la goutte d'eau est séparée de l'océan, mais dans sa nature elle n'est pas différente, elle n'est pas coupée de l'océan, ainsi je suis un membre, une part organique du tout de la vie, de l'absolu, du Brahman. Que la paix soit en moi, que la paix soit autour de moi, que la paix soit avec nous. Traduction d'extraits du commentaire de Vimala Thakar (Dalhousie sept.1994) par Patrick Delhumeau - 4 - I-1 Maintenant les élèves, posent la question : Kena ? par qui ? Quelle est la force qui dirige l'esprit vers son objet ? Quelle est la force qui fait que l'énergie vitale est en moi ? Quelle est la force qui fait que les yeux voient, que les oreilles entendent, qu'ils sont capables d'aller vers les objets sensibles ? Les professeurs avaient dit : tout est Brahman. Mais y a-t-il une intelligence séparée des sens, ou les sens sont-ils intelligents ? Nous voyons comment chacun de nos sens perçoit ce qui l'entoure, mais pourquoi le perçoit- il ? Les professeurs ne vont pas fournir de réponse, mais seulement aider l'élève à trouver une réponse. Ainsi ils commencent par stimuler leur questionnement, puis ils tentent d'éveiller leur propre énergie créatrice, apportant seulement des éléments pour qu'ils découvrent par eux-mêmes, qu'ils trouvent leurs propres réponses. Si les professeurs se contentent de distribuer des connaissances toutes faites, ces connaissances deviendraient un contenu mort, des mémoires, au lieu d'être un savoir vivant, une découverte personnelle. I-2 Les organes des sens ne sont que des organes, ce ne sont pas eux qui perçoivent mais l'énergie qui les traverse, qui est en quelque sorte l'oreille de l'oreille, les yeux des yeux, l'esprit de l'esprit ... etc. Les yeux ne voient, les oreilles n'entendent que parce qu'à l'intérieur il y a une énergie qui désire voir et entendre. La voix module des sons qui ont leur propre énergie, cette énergie traverse les oreilles et l'attention va à la rencontre de cette énergie. Le lait donne la crème, la crème donne le beurre mais la crème n'est pas le lait, le beurre n'est pas la crème, même si le lait est la source de la crème et la crème du beurre. Ainsi les mots, les sons ont leur énergie propre qui est différente de leur source (la pensée) et aussi différents de l'énergie qui les capte : l'ouïe. Les sons naissent du silence et y retournent. L'oreille perçoit les sons, les transmet sous forme d'influx nerveux, et la pensée les interprète. Le silence, lui, n'est pas une sensation. Il y a un silence entre les sons, de même qu'entre l'inspire et l'expire et c'est ce silence qui a un parfum d'éternité. Traduction d'extraits du commentaire de Vimala Thakar (Dalhousie sept.1994) par Patrick Delhumeau - 5 - L'organe en lui-même ne percevrait rien, c'est l'énergie vitale qui perçoit à travers l'organe. L'énergie vitale est à la base de toute perception ; c'est cette intelligence vitale qui anime le corps humain et le fait fonctionner. La source de cette intelligence n'est pas l'homme lui-même, mais la source de l'homme. Nous devons essayer de discriminer ce qui vient de l'accumulation, la mémorisation des pensées, des sensations de ce qui est la source. Ainsi les mots, tout le langage, sont un fruit culturel de tout un passé, et ils ne peuvent rien dire de la source. La source ne peut pas être mise en mots, le langage ne peut l'atteindre. La pensée ne va pas pouvoir l'atteindre davantage car la pensée s'est construite, structurée sur des mots. Comment pouvons-nous procéder ? Les mots sont des sons modulés de façon ingénieuse : au départ, ils ont été imités, puis mémorisés par nous depuis l'enfance, et nous pensons avec eux. Si l'absolu, la vie, l'énergie est ce qui permet de produire des sons, par contre c'est nous qui avons fabriqué depuis des générations les mots et leur signification. Les sons naissent du silence, les mots naissent des sons, comme la crème vient du lait et le beurre de la crème ; mais si le beurre est dans la crème et la crème dans le lait, on ne peut néanmoins revenir en arrière. Si nous voulons comprendre la source, il faut revenir directement au silence et ce ne sont pas les mots, ni même les sons qui nous y conduiront. Il faut trouver le silence, la source, alors tous les sens pourront en percevoir la présence, mais ce ne sont pas eux qui peuvent nous y conduire. Même le prana ne peut nous y conduire. Le silence n'est pas une sensation, mais lorsque le souffle s'arrête, il peut y avoir un silence, juste dans l'intervalle entre les mouvements du souffle, des mots, des sensations. Dans les mots, les sensations, la dualité est toujours présente. Je pense, je perçois un objet : il y a une division sujet objet, alors que dans le silence, il ne peut y avoir de division car nous accédons alors à notre nature véritable, à l'essence de tout ce qui est. Celui qui a expérimenté cela connaît l'essence de tout, alors que le plus souvent nous aimons la division, la tension de la division : nous disons "je sens, je fais, quelque chose m'arrive", cela nous donne le sentiment d'exister personnellement. Celui qui connaît l'essence n'est plus attiré par les sensations diverses, il est satisfait d'être. Il n'est pas impatient de faire, de sentir ... il n'aspire pas à tout cela, il ne le vit que pour assumer la vie sociale. Traduction d'extraits du commentaire de Vimala Thakar (Dalhousie sept.1994) par Patrick Delhumeau - 6 - I-3 Nous continuons notre exploration. Le "Je" ne peut le percevoir, les sens ne peuvent le sentir et le mental ne peut le concevoir. Les mots ne peuvent pas le dire, nous ne savons pas ce que c'est, nous ne savons pas vous l'enseigner. Tout serait facile s'il s'agissait de connaissances, mais il s'agit de l'essence, de l'origine de tout. Donc, il n'y a pas de technique, pas de méthode pour partir à la découverte de la vérité. Alors, qu'est-ce qu'un professeur ? Il y en a depuis la nuit des temps, mais pourquoi faire ? Les élèves sont assis avec les professeurs et dans leur questionnement interactif, ils laissent une opportunité à la vérité de se révéler elle-même, à chacun. Ce que nous avons entendu de nos professeurs, c'est que l'essence est différente de toutes les connaissances du monde. Les connaissances peuvent donner une idée, mais non la connaissance directe de l'essence. Imaginez une personne qui ne saurait pas ce qu'est un cheval, vous lui montrez une image, une photo, vous le décrivez. Si elle va dans un champ, elle reconnaîtra le cheval et elle montera dessus ; alors le cheval la mettra par terre ! Toutes les descriptions n'auront pu lui permettre de connaître la vie présente dans le cheval, le seul moyen de connaître cette vie est de vivre avec le cheval, à son contact, alors seulement on peut s'harmoniser avec lui et le monter. Ainsi en est-il de l'absolu ou de Dieu, dont tant de descriptions ont été faites, tant de définitions données. Vous pouvez bien lire tous les livres sacrés et ne rien connaître uploads/Philosophie/ kena.pdf

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