La méthode généalogique foucaldienne et l’ouverture de l’actualité Mémoire Alex
La méthode généalogique foucaldienne et l’ouverture de l’actualité Mémoire Alexis Bouchard-Goupil Maîtrise en philosophie Maître ès arts (M.A.) Québec, Canada ©Alexis Bouchard-Goupil, 2016 iii Résumé Le travail de Foucault est multiforme. C’est le travail d’un historien et d’un sociologue autant que celui d’un philosophe. Sa réflexion est de ce fait traversée de lignes de force diverses qui lui permettent de mobiliser ses réflexions sur l’histoire, tant des idées que des institutions, en vue de comprendre de façon critique l’actualité de son époque. Le présent mémoire a pour but d’analyser l’objectif, propre à la méthode généalogique foucaldienne, d’ouvrir l’actualité par une analyse critique de celle-ci. Nous expliquerons en un premier temps comment l’ouverture de l’actualité nécessite, pour Foucault, le rejet de la notion de sujet originaire et comment Foucault établit ce rejet en réaction à l’épistémologie kantienne. Nous verrons par la suite par quelle perspective épistémologique Foucault vient remplacer cette épistémologie, soit par la perspective que la vérité est produite par des facteurs historiques et contingents, extérieurs au sujet qui connait. Nous verrons comment la description de ces facteurs historiques permet au généalogiste d’établir une description réaliste de son contexte contemporain, et comment cette description permet une modification de ce contexte. Nous prendrons également le temps d’évaluer les conséquences du tournant éthique de la pratique généalogique foucaldienne. Nous verrons que même si Foucault accorde finalement une capacité de subjectivation à l’individu qui travaille sur lui-même, cette pratique s’inscrit toujours dans un contexte culturel et institutionnel où la production de vérité sur soi et sur les autres est conditionnée par des facteurs historiques et contingents. Nous analyserons finalement la pratique généalogique comme une pratique de subjectivation éthique qui vise à se détacher de soi-même. v Table des matières Résumé .......................................................................................................................................... iii Table des matières .......................................................................................................................... v Liste des abréviations .................................................................................................................. vii Note concernant l’orthographe .................................................................................................... ix Remerciements .............................................................................................................................. xi Introduction .................................................................................................................................... 1 Chapitre 1 - Le rejet du sujet originaire et la discontinuité historique ..................................... 5 1. Le rejet du sujet originaire ................................................................................................................. 5 1.1 La subjectivité transcendantale comme fondement épistémologique de l’objectivité .................... 6 1.2 L’ambigüité constitutive du doublet empirico-transcendantal ..................................................... 10 2. La discontinuité historique des modes de véridiction .................................................................... 14 2.1 La discontinuité historique ........................................................................................................... 14 2.2 Les modes de véridiction .............................................................................................................. 16 2.3 Les modes de véridiction discursifs et le projet archéologique .................................................... 18 Chapitre 2 - Les rapports savoir-pouvoir .................................................................................. 26 1. Les modes de véridiction mixtes et le projet généalogique ............................................................ 26 2. Le dispositif du panoptisme disciplinaire ....................................................................................... 30 2.1 Le panoptisme disciplinaire .......................................................................................................... 30 2.2 L’âme du délinquant ..................................................................................................................... 37 3. Le dispositif de sexualité ................................................................................................................... 42 3.1 Le rejet de l’hypothèse répressive ................................................................................................ 42 3.2 Le sexe et la sexualité ................................................................................................................... 45 3.3 L’aveu ........................................................................................................................................... 50 4. La résistance ...................................................................................................................................... 54 vi Chapitre 3 - Le tournant éthique de la généalogie foucaldienne ............................................. 59 1. Réorientation du projet généalogique ............................................................................................. 59 1.1 L’expérience du sujet en ses trois axes constitutifs ...................................................................... 60 1.2 Les jeux de vérité .......................................................................................................................... 62 1.3 Une histoire des problématisations ............................................................................................... 65 1.4 L’étude historique comme pratique de soi .................................................................................... 68 2. Les pratiques de soi et les formes du rapport à soi ........................................................................ 70 2.1 Méthodologie permettant l’étude des pratiques de soi ................................................................. 71 2.2 La constitution de soi du sujet et l’expérience morale .................................................................. 73 2.3 Les esthétiques de l’existence ....................................................................................................... 84 Chapitre 4 - L’ontologie critique de nous-mêmes et la question de l’actualité ...................... 88 1. Qu’est-ce que l’actualité? ................................................................................................................. 88 1.1 Les deux projets kantiens et la question de l’actualité .................................................................. 89 1.2 Comment définir ce qu’est l’actualité? ......................................................................................... 91 1.3 L’attitude de modernité................................................................................................................. 94 2. Méthodologie de l’ontologie critique de nous-mêmes .................................................................. 100 Conclusion ................................................................................................................................... 109 Bibliographie ............................................................................................................................... 117 vii Liste des abréviations CRP : Critique de la raison pure DÉI : Dits et écrits I DÉII : Dits et écrits II MC : Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines QL : « Qu’est-ce que les Lumières? », l’article tiré de The Foucault Reader SP : Surveiller et punir. Naissance de la prison UP : Histoire de la sexualité II. L’usage des plaisirs UPTS : « Usage des plaisirs et techniques de soi » VS : Histoire de la sexualité I. La volonté de savoir ix Note concernant l’orthographe Ce mémoire a été rédigé en respectant les normes de l’orthographe modernisée. xi Remerciements Je remercie chaleureusement ma directrice Sophie-Jan Arrien pour son intelligence, sa rigueur, sa générosité et sa patience. Sans elle, les pages qui suivent n’auraient jamais vu le jour. Je remercie également tous ceux et celles qui m’ont soutenu d’une manière ou d’une autre pendant la rédaction de ce mémoire. 1 Introduction La généalogie se présente, dans l’œuvre de Foucault, comme une description des modes de véridiction discursifs, des systèmes de domination et des rapports à soi qui se sont formés et transformés à différentes époques en Occident. Mais dépasser cette définition très générale de la pratique généalogique foucaldienne ne va pas sans difficulté puisque Foucault évite de définir de manière systématique et définitive les modèles procéduraux et les objectifs de sa pratique philosophique. Il affirme en effet qu’il ne désire pas offrir un modèle défini de pratique philosophique (modèle qui pourrait être repris par une éventuelle école foucaldienne). Une de nos hypothèses de travail est que ce refus provient d’un objectif central de sa philosophie, l’ouverture de l’actualité par une analyse critique de celle-ci, qui implique un perpétuel retour critique du penseur sur sa propre activité, mouvement qui force cette activité à éviter toute position de nécessité logique (scientifique, politique ou encore éthique) de peur de retomber dans un mode de véridiction qui pose comme naturel et nécessaire ce qui est en fait culturel et contingent. La généalogie, comme méthode dont l’opérateur ne peut définir en détail la procédure, se présente comme une activité réagissant aux discours d’autres penseurs : idéaliste, structuraliste, phénoménologique, communiste, etc. Cette position est assez bien assumée dans les écrits de Foucault qui définit souvent la méthode généalogique par ce qu’elle n’est pas plutôt que par ce qu’elle est. Cependant, Foucault nous présente à quelques reprises des modèles procéduraux qu’il semble retenir, au nombre desquels : la pensée du dehors de Maurice Blanchot, la généalogie de Nietzsche et l’ontologie critique de l’actualité qu’il reconnait dans un court article de Kant : Was ist Aufklärung?1. 1 Emmanuel Kant, « Was ist Aufklärung? » (« Qu’est-ce que les lumières? »), in Berlinische Monatsschrift, décembre 1784, pp. 481-494. Édition utilisée : Qu’est-ce que les lumières?, traduction, préface et notes de Jean Mondot, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2007. 2 Bien que chacun de ces « modèles » puisse être analysé pour éclairer les objectifs et modèles procéduraux qui se trouvent dans les écrits de Foucault, nous nous concentrerons pour notre part sur le rapport entre Foucault et Kant qui apparait comme le plus structurant – ce qui devrait s’attester dans les pages qui suivent. Pour schématiser disons que le rapport de Foucault à Kant est double. Il consiste d’abord en une remise en question radicale du projet critique kantien qui veut fonder la connaissance sur un sujet humain universalisable, duquel découlerait toute possibilité de dire vrai sur le monde et sur l’humain lui-même. Dans les années 60, Foucault présente l’idéalisme transcendantal de Kant comme un modèle dont il faut rejeter le projet. Il met alors énormément d’énergie à problématiser tout discours qui s’appuie, pour se justifier, sur la figure d’un sujet originaire. Selon lui, les phénoménologies de Husserl et de Sartre, qui centrent leur philosophie sur la constitution du monde dans son apparition pour le sujet, sont de tels discours, tout comme les philosophies qui défendent une évolution nécessaire de l’histoire comme celles de Marx ou de Hegel2. Il affirme que tous ces discours poursuivent en dernière instance le projet kantien d’une épistémologie s’articulant sur un sujet originaire source de toute vérité. Foucault tente alors de remettre en question l’héritage du projet kantien dans la modernité. Alors que dans les années 60 le rapport de Foucault à Kant est négatif, dans les années 80 Foucault présente Kant, ou plutôt un court texte de Kant, Was ist Aufklärung?, comme un modèle pour une pratique philosophique pertinente à laquelle les intellectuels modernes devraient encore aujourd’hui s’attacher. Les références multipliées à ce court article de Kant deviennent un leitmotiv pour Foucault dans les années 80. Il s’y réfère à différentes reprises, dans des articles, des entretiens et dans ses cours au Collège de France. Il avoue d’ailleurs dans l’un de ceux-ci qu’il prend cet article pour modèle dans sa propre pratique philosophique : « C’est un texte pour moi un peu blason, un peu fétiche, dont je vous ai parlé déjà plusieurs fois, et que je voudrais regarder d’un peu plus près aujourd’hui. Ce texte, si vous voulez, il a à la fois rapport à ce dont je parle, et je voudrais bien que la 2 Voir FOUCAULT, Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, 1966, pp. 329-333. 3 manière dont j’en parle ait uploads/Philosophie/ la-methode-genealogique-foucaldienne-et-l-x27-ouverture-de-l-x27-actualite.pdf
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- Publié le Aoû 21, 2022
- Catégorie Philosophy / Philo...
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