- 1 - Albert Einstein dixit entre science et engagements Présenté par Pierre Ma
- 1 - Albert Einstein dixit entre science et engagements Présenté par Pierre Marage Université Libre de Bruxelles - 2 - Quatrième de couverture : Albert Einstein fut sans doute le plus grand savant du XXème siècle. Il fut aussi le témoin des tragédies qui traversèrent ce siècle, et le porteur d’un idéal humaniste qui continue de nous convoquer. Celui qui fut désigné par le magazine américain Time, dans son numéro du 31 décembre 1999, comme la « personnalité du siècle » nous le confie : « Il faut partager son temps entre la politique et les équations ». Et il ajoutait : « Mais pour moi, ce sont nos équations les plus importantes ». Ce livre évoque ce double itinéraire d’Albert Einstein, scientifique et politique, qui le mena notamment en Belgique pour plusieurs étapes mémorables, certaines heureuses, d’autres tragiques. On y découvre, à côté du savant à l’extraordinaire originalité et de l’anticonformiste qui ne portait pas de chaussettes, un homme engagé, lucide, réaliste, courageux. Ce livre donne surtout la parole à Einstein lui-même, afin que le lecteur puisse entendre la voix du savant, du penseur, de l’humaniste, – sans complaisance sans simplifications. Remerciements Cet ouvrage est publié avec le généreux soutien de l’Université Libre de Bruxelles, à l’occasion de l’Année de la Physique 2005 et de l’exposition « E = m c2 », présentée à Bruxelles de décembre 2005 à mars 2006. - 3 - Comment je vois le monde Comme notre situation est étrange, à nous, enfants de la Terre ! Nous ne faisons que passer. Nous ne savons pas pourquoi nous sommes là, même si parfois nous croyons le sentir. Mais par notre vie de tous les jours, sans qu’il soit besoin de beaucoup réfléchir, nous savons une chose : nous sommes là pour les autres – pour ceux, tout d’abord, dont le sourire et la santé sont la condition de notre propre bonheur, et ensuite pour la multitude des inconnus au sort desquels nous rattache un lien de sympathie. Il me vient chaque jour, à d’innombrables reprises, la pensée que ma vie sociale et intime repose sur le travail des hommes d’aujourd’hui et de ceux qui sont maintenant disparus, et que je dois m’efforcer de donner dans les proportions dans lesquelles j’ai reçu et je reçois encore. (…) Je ne crois aucunement à la liberté de l’homme au sens philosophique du terme. Chacun de nous agit non seulement sous la contrainte des événements extérieurs, mais également sous l’emprise d’une nécessité intérieure. Le mot de Schopenhauer « L’homme peut faire ce qu’il veut, mais il ne peut pas vouloir ce qu’il veut » m’habite intensément depuis ma jeunesse et, dans le spectacle ou dans l’épreuve des difficultés de la vie, j’y ai toujours trouvé un réconfort et puisé une infinie tolérance. Une telle pensée atténue salutairement le sentiment quelque peu paralysant que nous avons de notre responsabilité et fait que nous ne nous prenons pas nous-mêmes ni les autres trop au sérieux ; il en découle une conception de la vie qui donne en particulier toutes ses chances à l’humour. La question du sens ou de la finalité de mon existence et de l’existence en général m’a toujours paru, d’un point de vue objectif, dénuée de signification. A cet égard, le plaisir et le bonheur n’ont jamais constitué à mes yeux une fin en soi (…). Mes idéaux à moi, ceux qui ont toujours éclairé mes pas et aiguisé mon appétit et ma joie de vivre, s’appellent bonté, beauté et vérité. (…) Mon idéal politique est la démocratie. Chacun doit être respecté dans sa personne et nul ne doit être idolâtré. Une ironie du sort a voulu que l’on m’ait voué une admiration et un respect exagérés. (…) Je sais fort bien que, pour que réussisse l’organisation d’une entreprise humaine, il faut quelqu’un qui pense, ordonne et assume globalement la responsabilité. Mais ceux qui sont dirigés ne doivent pas être contraints, ils doivent pouvoir choisir leurs dirigeants. Je ne peux pas imaginer un régime autocratique, reposant sur la contrainte, qui ne dégénère en un temps bref. Car la violence attire inévitablement les êtres de peu de moralité et c’est une loi, me semble-t-il, que les despotes de génie ont pour successeurs des crapules. C’est la raison pour laquelle je me suis toujours farouchement opposé à des systèmes tels que ceux que nous connaissons aujourd’hui [1930] en Italie et en Russie. (…) A mon sens, la seule véritable valeur que renferme la société humaine réside non dans l’Etat mais dans l’individu doué de pouvoir créateur et de sensibilité, dans la personnalité : elle seule produit ce qui est noble et sublime, tandis que la foule, en tant que telle, reste stupide et insensible. Voilà qui m’amène à parler de la pire émanation du grégarisme : l’armée, que j’exècre. Si quelqu’un peut prendre plaisir à marcher en rangs aux sons d’une musique, cela suffit pour que je le méprise : c’est par erreur qu’il a reçu un cerveau, puisque sa moelle épinière lui suffirait amplement. Nous devrions nous débarrasser au plus vite de cette tare de la civilisation. L’héroïsme sur ordre, la violence sans raison et le déplorable patriotardisme, avec quelle ardeur je les hais, comme la guerre me paraît vulgaire et méprisable ! (…) La plus belle expérience que nous puissions faire, c’est celle du mystère de la vie. C’est le sentiment originel dans lequel tout art et toute science véritables plongent leurs racines. Quand on ne le connaît pas, quand on ne sait plus s’étonner, être émerveillé, c’est comme si l’on était mort, le regard éteint. L’expérience du mystérieux – même mêlée de crainte – a également donné naissance à la religion. Ce que nous savons de l’existence d’une réalité impénétrable, des manifestations de la raison la plus profonde et de la beauté la plus éclatante, qui ne sont accessibles à la raison humaine que dans leurs formes les plus - 4 - primitives, ce savoir et cette intuition nourrissent le vrai sentiment religieux ; en ce sens, et seulement en ce sens, je puis me considérer comme un esprit profondément religieux. Je n’arrive pas à me représenter un Dieu qui récompense et punisse ses créatures, et qui possède une volonté analogue à celle que nous nous connaissons à nous-mêmes. Je ne peux pas davantage ni ne veux imaginer un individu qui survive à sa mort corporelle ; je laisse aux âmes faibles de telles pensées, dont elles se bercent par crainte ou par un égoïsme ridicule. Il me suffit, quant à moi, de songer au mystère de l’éternité de la vie, d’avoir la conscience et l’intuition de la merveilleuse construction de ce qui est, et de m’efforcer humblement de comprendre une parcelle, si minime soit-elle, de la raison qui se manifeste dans la nature. (1930, Comment je vois le monde, SEP 54-57) - 5 - Les années de formation C’est le 14 mars 1879, quelques années après l’unification allemande réalisée par Bismarck, qu’Albert Einstein naquit à Ulm, dans une famille de la petite bourgeoisie juive qui s’établit bientôt à Munich. Il était le fils de Hermann Einstein (1847-1902) et de Pauline Koch (née en 1858 et décédée chez son fils à Berlin en 1920). Hermann fut associé sans beaucoup de succès à différentes entreprises industrielles. Le frère de Pauline, Caesar (1854-1941), s’établit à Anvers comme marchand de grain vers 1890 ; il apporta à Albert un soutien financier lors de ses années d’étude à Aarau et à Zurich. Albert eut une sœur cadette, Maria (« Maja »), née en 1881 et décédée en 1951 après avoir passé les douze dernières années de sa vie auprès de son frère à Princeton. On raconte sur l’enfance d’Einstein diverses anecdotes, rapportées notamment par Maja. Ce qui est sûr, c’est que le jeune garçon était d’un tempérament concentré, qu’il fut très tôt intéressé par les sciences, et qu’il était d’un esprit indépendant. La famille n’était guère religieuse, et le jeune Albert commença par fréquenter l’école primaire catholique, avant de recevoir des éléments d’éducation religieuse judaïque. Bien plus tard, il racontera que, s’il connut vers l’âge de douze ans une crise de mysticisme, la véritable révélation fut bientôt pour lui celle des sciences, à travers la lecture d’Euclide puis de traités de physique. A partir de l’âge de six ans, Einstein reçut aussi des leçons de violon, mais il ne fit de réels progrès que quand il s’y appliqua tout seul, durant son adolescence. C’est sans doute dans ces années de jeunesse que commença à se construire chez Einstein cette haute spiritualité qui devait toujours l’habiter – une spiritualité qui transcendait Eglises et religions, mais en laquelle le savant voyait le souffle qui anime la science et l’art. La découverte des sciences Bien qu’élevé par des parents (juifs) ne se souciant guère de religion, je fus animé d’une profonde piété, qui cessa toutefois brusquement dès l’âge de douze ans. En lisant des ouvrages de vulgarisation scientifique, je fus bientôt convaincu qu’une bonne part des récits de la Bible ne pouvait être uploads/Philosophie/ pierre-marage-albert-einstein-dixit.pdf
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- Publié le Dec 13, 2022
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