Le yogA des Œuvres dIvInes KARMA YOGA 1 Les quatre aides C’est par l’action com
Le yogA des Œuvres dIvInes KARMA YOGA 1 Les quatre aides C’est par l’action combinée de quatre grands auxiliaires que la siddhi du yoga — la perfection qui vient de la pratique du yoga — peut être le plus aisément atteinte. En premier lieu, la connaissance des vérités, des principes, des pouvoirs et des procédés (shâstras) qui gouvernent la réalisation. Ensuite, un travail patient et persévérant suivant les lignes tracées par la connaissance : c’est la force de l’effort personnel (utsâha). Troisièmement, pour que notre connaissance et notre effort puissent s’élever jusqu’au domaine de l’expérience spirituelle, il faut qu’interviennent la suggestion directe, l’exemple et l’influence de l’Instructeur (guru). Enfin, le temps (kâla) nous apporte son aide, car pour toute chose il est un cycle d’action et une période dans le mouvement divin. Le Shâstra suprême du yoga intégral est le Véda éternel caché dans le cœur de tout être vivant et pensant. Le lotus de la connais- sance et de la perfection éternelles est un bouton fermé et replié en nous. Il s’ouvre rapidement ou graduellement, pétale après pétale, par des réalisations successives, dès que l’intelligence de l’homme se tourne vers l’Éternel et que son cœur, n’étant plus comprimé et confiné par l’attachement aux apparences finies, s’éprend, à quelque degré que ce soit, de l’Infini. Toute vie, toute pensée, toute énergie issue de nos facultés, toute expérience passive ou active, deviennent dès lors autant de chocs qui brisent les téguments de l’âme et suppriment les obstacles à son inévitable efflorescence. Celui qui choisit l’Infini a été choisi par l’Infini. Il a eu un premier contact avec le divin, sans lequel il n’est pas d’éveil, pas d’ouver- ture de l’esprit ; mais une fois reçu, l’accomplissement est certain, soit par une conquête rapide au cours d’une seule vie humaine, soit par une poursuite patiente à travers les nombreux stades du cycle de l’existence dans l’univers manifesté. Rien ne peut être appris à l’intelligence qui ne soit déjà secrè- tement connu en puissance dans l’âme qui s’épanouit. De même, toute la perfection dont l’homme extérieur est capable n’est que la réalisation de l’éternelle perfection de l’Esprit qui est en lui. Nous connaissons le Divin et devenons le Divin parce que nous sommes déjà Cela dans notre nature intime. Tout enseignement est une révélation, tout devenir un dévoilement. La découverte de soi est le secret ; la connaissance de soi et une conscience toujours plus large sont le moyen et le procédé. L’intermédiaire habituel de cette révélation est le Mot, cela qui est entendu (shruta). Le Mot peut venir à nous du dedans ; il peut venir aussi du dehors. Mais dans les deux cas, il sert seule- ment à rendre active la connaissance cachée en nous. La parole intérieure peut être celle de l’âme au- dedans qui est toujours ouverte au Divin, ou celle de l’Instructeur universel qui demeure secrètement dans le cœur de chacun. Il est des cas exceptionnels où nul autre que Lui n’est nécessaire, car tout le reste du yoga se déploie sous le contact constant de ce Guide intérieur : le lotus de la connaissance s’ouvre au-dedans par le pouvoir du rayonnement resplendissant de Celui qui a établi sa demeure dans le lotus du cœur. Ils sont grands autant que rares, en vérité, ceux à qui suffit ainsi la connaissance intérieure et qui peuvent se passer de l’in- fluence dominante du livre écrit ou de l’instructeur vivant. En tant que représentant du Divin, le Mot reçu du dehors est généralement l’aide nécessaire dans le travail d’épanouissement de soi ; ce peut être une parole venue du passé ou la parole plus puissante d’un guru vivant. En certains cas, le Mot représentatif n’est qu’un prétexte, en quelque sorte, pour que le pouvoir inté- rieur s’éveille et se manifeste ; c’est pour ainsi dire une concession du Divin omnipotent et omniscient à la loi générale qui gouverne la Nature. Ainsi est-il dit dans les Upanishads que Krishna, fils de Dévakî, reçut le mot du rishi Ghora et qu’il obtint la connaissance. De même Râmakrishna, ayant atteint par son effort intérieur l’illu- mination centrale, accepta plusieurs instructeurs sur les différentes voies du yoga ; mais toujours, par la manière et la rapidité de sa réalisation, il montra que ce n’était qu’une concession à la règle générale selon laquelle toute connaissance effective doit être reçue, comme le disciple la reçoit du guru. Mais d’habitude, l’influence du Verbe représentatif occupe une bien plus grande place dans la vie du sâdhak. Si le yoga est guidé par un Shâstra écrit — quelque Parole du passé incarnant l’expé- rience des anciens yogis — il peut se pratiquer par le seul effort personnel ou avec l’aide d’un guru. La connaissance spirituelle s’ac- quiert alors par la méditation sur les vérités enseignées et devient vivante et consciente lorsque ces vérités se réalisent dans l’expé- rience personnelle ; le yoga suit les résultats des méthodes prescrites et enseignées par l’Écriture ou la tradition en les renforçant et les illuminant par les instructions du Maître. C’est une pratique plus étroite, mais sûre et efficace dans ses limites, car elle suit un sentier bien connu et mène à un but depuis longtemps familier. Le sâdhak du yoga intégral doit se souvenir que toutes les Écritures, si grande soit leur autorité, si large soit leur esprit, ne sont et ne peuvent être rien autre qu’une expression partielle de la Connaissance éternelle. Il se servira de l’Écriture mais ne se laissera jamais lier par elle, quelle que soit sa grandeur. Dans la mesure où elle est profonde, vaste, universelle, elle peut exer- cer sur lui une influence bienfaisante et d’une immense impor- tance. Elle peut participer à son éveil aux vérités suprêmes, à sa réalisation des plus hautes expériences. Son yoga peut être gouverné pendant longtemps par une Écriture ou plusieurs suc- cessivement — la Gîtâ, par exemple, les Upanishads, le Véda, si sa voie est celle de la grande tradition hindoue. Il se peut aussi qu’une bonne partie de son développement utilise comme maté- riaux l’expérience variée des vérités de nombreuses Écritures et enrichisse ainsi l’avenir de tout ce que le passé a de meilleur. Mais en fin de compte, ou même dès le début s’il le peut, et toujours, c’est dans son âme qu’il doit prendre position et vivre, par-delà toutes les Vérités écrites — shabdabrahmâtivartate —, par-delà tout ce qu’il a entendu et tout ce qu’il doit encore en- tendre — shrotavyasya shrutasya ca. Car il n’est pas le sâdhak d’un livre, ni même de beaucoup de livres ; il est le sâdhak de l’Infini. Il est un autre genre de Shâstra, qui n’est pas à proprement parler une Écriture mais un exposé de la science et des méthodes ou des principes d’exécution et des modalités du chemin de yoga que le sâdhak choisit de suivre. Chaque chemin a son Shâstra, écrit ou traditionnel, que les Instructeurs transmettent oralement à travers les âges. En Inde, une grande autorité, et même une haute vénération, s’attachent d’habitude à l’enseignement écrit ou traditionnel. Toutes les voies de yoga sont considérées comme fixées une fois pour toutes, et l’Instructeur, qui a reçu le Shâstra traditionnel et l’a réalisé concrètement, guide le disciple au long des sentiers immémoriaux. On entend même souvent cette objection contre les pratiques nouvelles, les enseignements yoguiques nouveaux ou l’adoption de quelque formule nouvelle : « Ce n’est pas en accord avec le Shâstra. » Mais en réalité, et dans la pratique habituelle des yogis, jamais on ne rencontre une telle rigidité, une telle opposition farouche à toute vérité, toute révélation nouvelles, à toute expérience plus large. L’enseignement écrit ou traditionnel exprime la connaissance et les expériences accumulées au cours des siècles, systématisées, organisées, rendues accessibles au novice. Il a donc une importance et une utilité immenses. Mais une grande liberté de variation et de développement reste toujours possible. Même un système aussi hautement scientifique que le Râjayoga peut se pratiquer sur d’autres lignes que la méthode élaborée par Patañjali1. Chacune des trois voies, ou trimârga2, se divise en de nombreux sentiers latéraux qui se rejoignent tous au but. La connaissance générale sur laquelle le yoga s’appuie, est fixe, mais il faut que l’ordre, la succession, les procédés et les formes puissent varier, car les impulsions et les besoins particuliers de chaque nature individuelle doivent être satisfaits, même si les vérités générales demeurent inébranlables et constantes. Plus que tout autre, un yoga intégral et synthétique exige de n’être lié par aucun Shâstra, écrit ou traditionnel, car tout en embrassant la connaissance reçue du passé, il cherche à l’organiser nouvellement pour le présent et pour l’avenir. Une liberté absolue d’expérience et de formulation de la connaissance en des termes neufs et des combinaisons neuves, est la condition de sa formation. S’efforçant d’embrasser la vie entière, sa position n’est pas celle d’un pèlerin qui suit la grand-route vers sa destination, mais, sur ce point tout au moins, d’un pionnier qui fraie son chemin dans la forêt vierge. Car depuis longtemps le uploads/Philosophie/ sri-aurobindo-synthese-des-yogas-karma-yoga.pdf
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- Publié le Mai 11, 2022
- Catégorie Philosophy / Philo...
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