Séq. 1 : La question de l’altérité Lecture analytique n°1 : « Des cannibales »
Séq. 1 : La question de l’altérité Lecture analytique n°1 : « Des cannibales » de Montaigne I N T R O DU C TI O N : - Fin XVIe siècle, humanisme mis à mal par guerres religion - Montaigne se retire dans sa librairie, lectures des auteurs antiques et de son temps font naitre les Essais - centrés sur question : que sais-je ? Socrate affirmait: «Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » - 1er livre Essais, 1580, regard Europe sur indigènes du Nouveau Monde, qualifés de « sauvages » « barbares » - Montaigne remet en cause cette vision européenne de l’Autre sans voyager, avec témoignages En quoi ce passage des Essais, par l’éloge paradoxal des Cannibales, critique violemment les Européens et leur culture. I - Él oge p a r a d ox a l d e s C a nnib a l e s a) T h èse d e Mon tai g n e « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation : sinon que chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son usage » - Essayiste refuse d’établir hiérarchie entre Européens et Indiens - Remise en question des valeurs, attitude humaniste : développement esprit critique guidé par le libre arbitre cette attitude va jusqu’à mettre en doute la confiance dans la culture de la société de son temps - Montaigne en balaie les certitudes et ouvre l’ère du doute avec de concepts humanistes b) D esc r i p tion d es c a n n i b a l es r a pp e ll e u n m y t h e loin t a i n : le qu el ? - Mythe âge d’or d’Hésiode, poète grec du VIIIe Av.J.C., qui suppos origines homme vivait dans un état paradisiaque, bonheurs de la nature et éternelle jeunesse. Suppose régression de l’humanité à cause des progrès techniques - Comparaison âge d’or/monde amérindien c) Ter m e s fa i san t l’ é l o g e d e s In d i e n s (C omp a r a i son â g e d ’ o r / mond e a m é r i nd i e n ) – n a tu re génér e u s e : « la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût même excellente […] sans culture » – r è g n e d e la v e rtu : « Leur guerre est toute noble et généreuse» « n’a autre fondement que la seule jalousie de la vertu » – a b o nd a n ce et la s u f i s a n c e : « ils jouissent encore de cette uberté naturelle, qui les fournit sans travail et sans peine » – co n cor d e e n tre l e s êt r es : «Ils s’entr’appellent généralement ceux de même âge frères […] sont pères à tous les autres» – a b se n ce d e p r op ri é t é : « Ceux-ci laissent à leurs héritiers en commun cette pleine possession de biens par indivis » II - C r i t iqu e v i o l e nt e e t p o l ém iqu e c o n t re l e s E u r o p ée n s a) Mon tai g n e r e m et en c a u se l es d éf i n i tio n s h a b i t u e ll e s d e s t e r m e s q u ’ i l e m p l o i e , c r i tiqu e é te n d au lan g a g e Montaigne propose redéfinir mots; répétition verbe appeler, sens « nommer » « désigner » souligne doute au langage : – « chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son usage » – « Ils sont sauvages de même que nous appelons sauvages les fruits, que nature de soi et de son progrès ordinaire a produits : […] ceux que nous avons altérés par notre artifice, […] devrions appeler plutôt sauvages » - répétition mot sens différent (antanaclase), bousculer les assurances occidentales - lecteur appelé remettre en cause conceptions définition barbarie, dépouiller connotation principale, d’Antiquité, la violence - Montaigne introduit réflexion philosophique, langage = instrument de notre subjectivité, non comme une certitude divine Remettre étymologie des Essais + le scepticisme b) O ppo s i tion en t r e sa u v a g es e t c iv i li sés - Comparaison Européens (culture, art, inventions, artifce, goût corrompu, vaines et frivoles entreprises, guerre, conquête, propriété, altérés, détournés…) avec les Indigènes (nature, guerre noble et généreuse, vertus, pureté, vives, vigoureuses…) - Vivant selon la nature, sauvages nous rappellent nature = mère nourrice des h, auteur dit suivre la nature = bien et la raison - Besoins naturels limités, en les satisfaisant, hommes se rendent heureux et gardent en toutes choses la mesure et la modération : « Ils sont encore en cet heureux point, de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent » - Le mode de vie qui semble le mieux convenir aux hommes est donc celui de l’état de nature. (cf EPICURISME) c) T y p e d e r a i s o nn e m e n t Mon t a ig n e L’organisation générale du chapitre suit une organisation rhétorique classique : – 1 e r m o me nt , Montaigne expose sa thèse sous une forme paradoxale: « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » ; il réfute également le préjugé européen : « il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation » – Suite du 1er paragraphe développe opposition nature/culture, qui se fait aux dépens de la complexité de la culture – 3e t e m p s : confirme proposition théorique soutenant supériorité état nature/culture, oxymore «une merveilleuse honte» Montaigne adopte ici une démarche déductive : il expose sa thèse, puis en démontre la validité. d) R e l e v e z l e s p r o c é d é s d ’i n s i sta n c e ( l e x i q u e, f i g ur es d e s t yl e, r e gi st r e) Montaigne adopte ton certitude, modalisateurs « Comme de vrai » ; « à la vérité », « toujours ». Montaigne utilise l’emphase : – rythme ternaire : « toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses » – rythme binaire renforce l’antithèse : « avons altérés par notre artifice, et détournés de l’ordre commun », « sans travail et sans peine », « vives et vigoureuses », « la saveur même et délicatesse », « noble et généreuse », etc. – Procédés renforce degré de conviction et mise en ordre de la pensée C O NCLUSI O N : - Représentation Nouveau Monde pour Montaigne réflexion : le contre-pied des préjugés de que indigènes = sauvages et barbares, ET poursuit en réfutant supériorité de la culture sur l’état de nature - Ce passage des « cannibales » une remise en cause valeurs européennes, et entrée pensée dans champ du scepticisme. - Pensée de Montaigne sera riche d’héritiers : Rousseau, II siècles plus tard, crée « mythe du bon sauvage », ainsi Lévi-Strauss qui, II siècles encore plus tard, XXe, développe pensée ethnologique en récusant l’ethnocentrisme européen uploads/Philosophie/ synthese-texte-1-montaigne-des-cannibales.pdf
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- Publié le Mar 06, 2022
- Catégorie Philosophy / Philo...
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